25/04/2004Education, art et lectureQuand je regarde certaines des personnes qui m’entourent, je me surprends parfois à mépriser quelque peu leurs raisonnements. C’est terrible, car je n’aime pas faire ça, mais malgré la rigueur des arguments qu’on leur présente pour leur démontrer que ce qu’ils disent ne tient pas debout et le fait qu’ils soient incapables de défendre leurs idées par des propos un tant soit peu cohérents, organisés, et illustrés, ils restent sur leurs positions.
Il y a quelques temps, il m’est arrivé d’envoyer des mails communs à toutes mes connaissances pour organiser des débats. Le premier portait sur l’amour et l’amitié, et je l’avais trouvé très intéressant et enrichissant. L’avantage de ce thème est qu’il n’y a pas à avoir tort ou raison : chacun a fait part de son vécu, de son ressenti et des ses réflexions. Le deuxième (et dernier) questionnait les causes des différences entre l’homme et la femme. Bertrand y avait participé et avait terminé son intervention part « vous souhaitant une bonne réflexion stérile. » Hautain et méprisant : insupportable !
Et pourtant, aujourd’hui, quand je regarde certains débats, quand j’écoute les gens parler, c’est ce même mot qui me vient à l’esprit pour les qualifier : stériles. Je vois très vite que tel sujet n’est pas nécessairement le meilleur support pour une discussion, et, surtout, que les gens n’ont pas les capacités de la mener à bien.
C’est bien dommage, car les gens ne sont pas forcément bêtes. Dans mon entourage, je côtoie des gens ouverts, intéressants, intelligents, mais qui manquent cruellement de ce petit quelque chose qui permet d’avancer et de développer une véritable intellectualité.
C’est là que je vois à quel point l’éducation est importante. Les gens dont je parle ici sont des personnes qui n’ont pas suivi de scolarité rigoureuse et qui, par conséquent, n’ont pas acquis de bagage intellectuel solide. Quand je pense à tous ceux qui ont décroché après le collège, alors que l’esprit que je possède à présent a été formaté par les différents apprentissages que j’ai reçus en première et en terminale, ça me fait peur. Et je ne parle même pas de l’éducation que j’ai reçue en formation supérieure, qui m’a appris à baser mes réflexions sur des auteurs et des données concrètes.
Et pourtant, mon éducation, à moi aussi, laisse à désirer. Si je n’ai pas à rougir des mes résultats scolaires, je n’ai rien appris de culturel venant de mes parents. Ils ne lisent pas, ne connaissent rien à l’art et ne jurent que par ce qui peut les faire rire. Je ne leur jette pas la pierre car ils n’ont pas eu la chance de pouvoir suivre une scolarité aussi longtemps que moi. Mais résultat, tout ce qui ne s’apprend pas à l’école me fait cruellement défaut. Comme je l’ai déjà évoqué, je ne m’intéresse absolument pas aux actualités, préférant largement regarder la télé-réalité plutôt que la réalité via la télé. De plus, je ne connais rien aux arts graphiques et visuels, que ce soit la photographie, le dessin, la peinture… Les seules choses qui me touchent sont les œuvres contemporaines, comme cette photo d’un cadavre de poulet entre les jambes d’une femme au Tate Modern à Londres, ou la photo d’un banc de sable sur le littoral de l’île de Whitsunday à Queensland en Australie, dans La Terre vue du Ciel de Yann Arthus-Bertrand (je n’oublierai jamais cette impression du sol se dérobant sous mes pieds alors que me revenait mon cours sur le beau et le sublime devant cette simple carte postale.)
On me propose de temps en temps d’aller dans une expo, mais cette activité m’est si étrangère que je n’ose jamais me lancer. J’ai peur d’être largué, de me sentir nul à côté de ces autres si cultivés, d’avoir la terrible sensation, une fois de plus, de perdre mon temps (et mon argent accessoirement.)
Je ne suis pas non plus un expert du cinéma rejetant quasiment en bloc tout ce qui a précédé ma naissance. Mais j’arrive tout de même à avoir un avis. Je suis censé m’y connaître en littérature, et pourtant je ne sais (et encore) que ce qu’on m’a enseigné et que j’ai bien voulu apprendre. Néanmoins, et bien que je ne sois pas le Speedy Gonzalez de la lecture, je crois qu’il y a peu de choses aussi agréables qu’un bon livre. Certes, le livre exige que celui qui le tient ne soit pas aussi passif que devant un écran, mais quand les mots me touchent, je suis transporté par les phrases, et les pages s’envolent au fil des pensées.
Aujourd’hui, donc, je suis bien content d’être un tant soit peut littéraire. Il y a certains livres qui m’ont touché, qui m’ont fait rire, qui m’ont fait pleurer, qui ont eu une réelle influence sur ma vie comme quasiment aucun autre support n’a su le faire. Le cinéma, c’est bien gentil, mais une heure et demie ne peut pas me marquer à vie. Un livre, c’est un contact quotidien pendant plusieurs jours, plusieurs semaines ou mois. C’est aussi pour ça que les séries télé me touchent autant : elle s’étalent sur des années, laissant au téléspectateur la possibilité de vivre une autre vie et de penser une autre réflexion au fil du temps. C’est puissant.
Mais avec un livre, on entretient une véritable relation : il y a une couverture et des mots à voir, des feuilles à caresser, de l’encre à sentir, on peut même s’écouter tourner les pages. C’est ce qui le rend si particulier et qui fait qu’on aimera toujours les livres. Regarder la télé, c’est se masturber, alors que lire un livre, c’est faire l’amour avec soi-même.  |
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Jonathan, 25 ans, assistant de rédaction en recherche de sens et de soi.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.
Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.  |
26/04/04 - 00:20
"Le cinéma, c’est bien gentil, mais une heure et demie ne peut pas me marquer à vie." Certains livres d'Amélie Nothomb se lisent en 1h30. Mais c'est vrai qu'elle est bien gentille la Nothomb.
Plus sérieusement, je trouve (mais ce n'est que mon point de vue) qu'il y a beaucoup de mauvaise conscience dans ce billet. En d'autres temps, on ne faisait pas tant de manières. On méprisait sans scrupules tous ceux qui ne méritaient pas qu'on les regarde en face, qu'on les écoute ou qu'on leur réponde... On peut très bien s'entendre avec des gens qu'on méprise, du moment qu'ils restent à leur place. Tout le problème est qu'ils n'y restent pas. Ils ont pris le pouvoir.
Les médiocres, eux, n'ont pas mauvaise conscience quand ils nous disent qu'on devrait avoir honte de leur être supérieur.
Népomucène a bien raison de recopier ta dernière phrase. Tu as le sens de la formule :-)
oliviermb