Régression
L’évolution logique de tout être humain serait de grandir, de s’épanouir, de petit à petit laisser tomber ses peurs et ses préjugés pour s’ouvrir au monde. D’être de plus en plus à l’aise avec les gens, de prendre de l’assurance. De chrysalide, devenir papillon.
Ainsi, j’ai suivi cette évolution. Du petit adolescent moche et coincé, j’étais devenu le jeune homme mignon bien dans ses pompes. Et que s’est il passé ensuite ? Au lieu de devenir un homme, je suis redevenu un ado complexé et coincé. C’est un peu comme si j’étais devenu riche, et que j’avais tout perdu au Poker.
J’ai passé la nuit avec les amis de Bertrand. La conclusion de cette soirée est pour moi douloureuse : je ne suis pas à l’aise avec eux. Tout le monde est sympa avec moi, mais je ne me sens pas bien. Je me sens étranger, à part, je ne trouve pas ma place parmi eux. Je ne pense même plus que ce soit dû à l’alcool. J’ai même réussi à apprécier cette salope de Miss Whore. Mais nan, rien à faire. Après un an de sorties diverses et variées, allant de plan lose en dîner tranquille, en passant par les nuits dansantes, je ne suis pas à ma place.
Ce qui est terrible en fait, c’est que je me sens à ma place nulle part. Car pour me rapprocher de Bertrand et ses amis j’ai dû m’éloigner des miens. Il faut dire qu’eux aussi ont beaucoup changé ces derniers temps, et je crois que la vie est en train de nous séparer petit à petit. Nous avons de moins en moins de choses en commun. Résultat, je me sens mal à l’aise avec mes amis aussi. Je suis pris entre deux eaux qui ne me conviennent pas.
Enfin, quand j’y pense sérieusement, je me sens quand même mieux avec mes amis qu’avec les siens. J’arrive au moins à les faire rire en faisant une référence obscène toutes les deux secondes. Rien à voir avec le Jonathan coincé de Bertrand & Co.
J’ai aussi compris quelque chose de triste : il y a une facette de Bertrand que je n’aime pas. Je n’aime pas le Bertrand sociable. Je n’aime pas ce qu'il est aux soirées. Je ne pense pas non plus que ce soit uniquement à cause de l’alcool. Avant même qu’on sorte ensemble je n’aimais pas cette partie de lui. Et de toute évidence je ne l’aimerai jamais.
J’ai donc essayé de faire semblant toute la nuit. J’avais tellement pas envie d’être encore désagréable que j’ai essayé tant bien que mal de faire comme si tout allait bien, comme si moi aussi je m’amusais, comme si j’étais des leurs. On ne se sent jamais plus seul que dans un groupe. Eux qui s’amusent et qui rient, moi qui souris sans éclat. J’avais mal aux yeux (fumée ? fatigue ? tristesse ?) alors je me suis isolé. J’avais parfois envie de pleurer. J’ai fini par aller me coucher, bercé par leur musique, leur voix, leur monde. Monde dont je ne ferai jamais partie. J’ai broyé du noir, remué par mes pensées négatives, qui semblent ne plus vouloir partir depuis quelques jours. C’est le retour de mes doutes et de ma pensée mortelle. Seul, je n’ai même pas réussi à pleurer.
Un jour, je serai grand. En attendant, ça s’achète où des nouveaux amis ? Et un nouveau caractère ?
11/07/04 - 17:24
T'attends quoi pour le laisser tomber ?
mcmambmy