01/11/2004L'Heure du CrimeIl a tiré. La balle a atteint le centre de mon corps. J’ai mis du temps avant de comprendre qu’elle me pénétrait. Elle est entrée, m’a traversé, puis elle est sortie, vite, presque sans bruit, laissant derrière elle le lourd écho de ma chair carbonisée.
Le temps s’est arrêté. Je me suis écroulé dans une chute qui ne cessait de finir. Je tombais, m’écrasais sur les rochers qui, sous le poids de mon sang, éclataient comme les crânes des innocents, se désagrégeant en me noyant, et toujours, pour toujours me laisser tomber, m’éventrer sur le sol, disparaître, et recommencer.
La lame est entrée, tout doucement, en deux temps. D’abord un coup sec, dans le poumon gauche, pour m’empêcher de respirer. Puis un deuxième, pour entrer complètement, pour bien profiter de cette sensation. Le sang a perlé, coulé, s’est déversé. Masochiste, j’ai demandé à mon bourreau de toucher ma plaie ; j’avais besoin de la sentir pour pouvoir en délimiter la douleur. Elle est plus que vive. Il peut facilement y passer le bras. J’ai un gros trou dans le torse, dans lequel je sens l’air glacial et sa main coupable. Ma plaie devient béante, et mon corps, petit à petit, perd toutes ses forces par litres de sang.
Je suis de plus en plus blanc, trop vide et trop plein à la fois. Mon corps commence à pourrir. Par endroits, je suis rouge, baignant dans mes viscères ; autrement, mes membres sont secs, granuleux, noircis. Ils se décomposent petit à petit. Pour se défendre, mon cerveau envoie de quoi anesthésier, mais il est bien trop faible face aux malheurs humains.
Seul, crevant sur le trottoir, je vois autour de moi ces objets familiers qui aggravent mon état. La peluche qui m’étouffe, le verre qui se brise sur mes yeux. Ses mots et mon cerveau m’assènent le coup final.
Un chien, pour marquer son territoire après avoir pissé sur les autres, me lèche et m’apaise quelque peu. J’en ai besoin car c’est le seul secours que je peux avoir, en pleine nuit, dans ce pays étranger. Mais sa langue, chaude, rocailleuse, baveuse, m’écoeure. Son haleine sent encore la pâtée de luxe que son maître lui a donnée.
Nous ne sommes pas seuls. Il est là, lui aussi. Il nous regarde, mais il ne nous voit pas. Nous sommes bien trois dans ce moment intime. Trois, alors que nous ne devrions être que deux. Je ne peux pas me battre pour garder ce chien, je suis mort. Qu’il retourne à son maître.
Tout à coup, je me rends compte que ce chien, c’est le mien. Il a fait la fête à cet étranger qui m’a tué, puis est revenu vers moi pour vaguement réparer les dégâts. Toutou, il est dans le même état que moi : patte cassée, œil crevé, rein écrasé. C’est pour ça qu’il est encore là, parce que les chiens ont certaines caractéristiques qui sont censées les ramener toujours, pour toujours, vers leur maître.
Moi aussi, je caresse mon Toutou. On panse nos blessures mutuelles, tout en s’interrogeant sur l’avenir. Car cette nuit, à l’heure fatidique, nos chemins sont arrivés à un carrefour. Et je ne sais pas encore lequel emprunter. Il a de la chance que j’aime les bêtes. Mais puisqu’il semble vouloir changer de maître, je peux très bien le déposer à la SPA et repartir avec un chat. Certes, ils peuvent être cruels, mais maintenant, je suis vacciné. Et en plus, ils sont moins cons. Sauf que, Toutou, il ne veut pas me lâcher.
Heureusement, j’ai toujours ce qu’il me faut sur moi. Une pilule pour se relever, écrire, et dormir.  |
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Jonathan, 25 ans, assistant de rédaction en recherche de sens et de soi.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.
Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.  |
01/11/04 - 21:00
Fascinant.
pyram