Oeufs de Pâques
Chassez le naturel, il revient au galop. Une vie soudainement illuminée, devenue plus facile grâce à toutes ces choses qui m’empêchent de déprimer… Quand tout devient plus facile, quand tout glisse… Je croyais avoir parcouru assez de chemin, être arrivé à destination. Mais non. La vérité a fini par me rattraper.
Les angoisses sont revenues. Ca a été étrange de stresser à nouveau après plusieurs semaines de tranquillité. Non pas que j’aie été exempt de toute forme d’inquiétude, mais au moins j’avais une bonne raison à chaque fois. Sauf que là, rien de bien concret, juste l’idée de passer une soirée avec mon chéri et des inconnues dans un endroit nouveau. Ce ne sont malheureusement pas quelques pilules qui peuvent tout annihiler (surtout quand on les oublie régulièrement…) mais quelques baisers et caresses qui ne pouvaient, à ce moment-là, malheureusement pas être administrés. Toujours cette peur de ne pas compter, de ne pas être désiré, de ne pas être désirable.
Je me suis alors retrouvé dans sa voiture, l’autre soir, avec eux, et je ne savais pas où j’allais. Je suivais leur chemin. Je ne me sentais pas en adéquation avec leur monde ; non pas qu’il ne me corresponde pas (bien au contraire, d’où la frustration) mais parce qu’on allait peut-être un peu trop vite. J’avais une place privilégiée, celle du passager près du conducteur. Pour autant, je n’avais aucun contrôle sur la destination, et je me sentais emporté malgré moi, enfermé par les loquets, surprotégé par la ceinture. Il faisait chaud dedans, il pleuvait dehors. J’avais peur d’être à la place du mort sans en être digne.
La dure réalité m’avait rattrapé : je suis et resterai toujours ce mec timide et asocial, coincé, incapable de me lâcher dès que j’ai un pet de travers alors que j’ai tout pour me sentir bien, alors que les gens qui m’entourent ont tout pour plaire.
Et alors que je pleure intérieurement, que je sens que je me referme par réflexe de protection mais avec une amertume douloureuse parce que j’ai peur de m’être trompé, il se passe un petit rien qui défait tout petit à petit. Je prends sur moi (tu te souviens, Jona, tu devais devenir adulte) et j’analyse pour mieux désamorcer la bombe. Et, surtout, je réalise que je ne suis pas seul dans mes épreuves, que même s’il ne sait pas exactement ce que je traverse au moment où je le vis (enfin, il s’en doute puisqu’il me répète : « T’es sûr que ça va ? ») il est là à sa manière. Il ne répond pas nécessairement ce que j’attends au moment où je le souhaite, mais il a sa manière à lui de me faire du bien quand je ne m’y attends plus. C’est un Kinder surprise ce mec.
Et j’ai compris (pour la millième fois, c’était donc plutôt une confirmation) ce que je savais déjà : je suis casanier. J’ai besoin de moments tranquilles avant de m’exposer au monde. Besoin de me ressourcer au nid. Si je n’ai pas cette ceinture de sécurité derrière moi, j’ai du mal à affronter les nouveautés. Quand j’ai eu ma dose, quand je suis plein de lui, rien n’est impossible. Et quand en plus il m’offre un passeport au Pays de la Magie, je tombe des nues d’avoir été aussi naïf et de ne pas l’avoir vu venir, et je suis touché au plus profond de mon être… J’ai envie de lui, physiquement, moralement, amoureusement. Et j’ai les larmes aux yeux, mais pas de tristesse cette fois.
C’était donc un long week-end de Pâques bien agréable. Comme toujours, les moments avec mon canard sont précieux. Mais il faut que fasse attention à ne pas manger trop de chocolat… J’ai besoin d’autres nourritures, mais comme j’adore ce chocolat, j’en mange sans fin. J’vais manger du mouton, tiens. Et un peu de grec aussi.
Et ça ne fait qu’une semaine aujourd’hui. Une semaine que j’ai repris ma vie… Non, que j’ai pris une nouvelle vie, une nouvelle voie. J’ai choisi de devenir plus adulte il y a un mois ; je me retrouve plongé dans un vrai rêve, parce que j’ai découvert la Maison du Bonheur. Et c’est lorsque je dors que j’entrevois mon ancienne réalité…
« Moi j'ai besoin d'amour
Des bisous, des câlins
J'en veux tous les jours »
(Lorie, J’ai besoin d’amour)
29/03/05 - 17:25
Nous sommes hommes,
Car nous pouvons pleurer.
evrat