Un instant
Il est dans une boîte enfumée. Ils sont tous entassés, chantent, dansent, boivent, transpirent. La musique rythme plus ou moins leurs mouvements. Tous ont le sourire aux lèvres, tous oublient tout, l’espace d’un instant. Tous sauf lui. Autour, c’est bruit et vitesse. Dedans, c’est silence et lenteur. C’est ce mec, accoudé au bar, qui noie son chagrin dans un verre, seul. C’est cet autre, entouré d’amis, qui fait semblant de s’amuser alors qu’il n’en a pas envie. Ou celui qui s’éloigne de la boite pour prendre l’air, et qui s’en va, sachant qu’il ne les verra plus jamais.
C’est quand on est deux qu’on est seul au monde. J’adore regarder les couples qui, en soirée, s’enlacent chaudement et font abstraction du monde autour. Je les ai toujours détestés car jalousés. Et je me suis retrouvé à leur place. Des lèvres dans le cou qui remontent pour se frayer un chemin dans la bouche de l’autre. De baiser en léchouille, de caresse en frottement, le désir monte et mouille. Ils peuvent bien nous voir, tout autour, je m’en fous, je vis.
Je me souviens surtout de ces instants uniques, ceux du premier baiser, donné dans l’intimité. J’aime me souvenir du dernier, le premier donné à Angelounet. J’aime m’y raccrocher. Il fait noir, nous sommes dans son lit, dans les bras l’un de l’autre. Je sens son cœur qui bat, et je décide de l’embrasser, de faire basculer notre relation d’amitié à amour. C’était la première fois que je faisais le premier pas, et je n’oublierai jamais cet instant d’hésitation, celui où l’on retient son souffle avant de s’unir à l’autre. Un baiser d’éternité.
« Et Rose, elle a vécu ce que vivent les roses l’espace d’un instant. »
05/07/05 - 04:52
Oups! Un cierge...
Drôlement bien écrit en tout cas!
Tu t'es trompé de i, c'est un circonflexe qu'il faut à "boîte".
Didier (visiteur - site web)