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Je cite : "Je refuse de choisir entre l'intelligence et les paillettes" (Thierry Ardisson)
(mis à jour mercredi 22 novembre 2006 à 15:34)

08/09/2005

08/09/05 - 22:30

Coiffure et déconfiture

Coiffure et déconfiture

« (…) [J]’irai me faire couper les cheveux avant ce soir. » Comment lui avouer le sacrifice que ce sera, non pas d’abandonner quelques poignées de foin blanchi sur le carrelage, mais d’affronter ma frousse des coiffeurs mâles ou femelles, l’appréhension qui me saisit lorsqu’il faut m’asseoir dans un fauteuil de dentiste et qu’un inconnu me dévisage, ciseaux et rasoirs en main, puis, m’ayant passé autour du cou un lacet étrangleur ainsi qu’un lourd carcan de caoutchouc noir, s’adresse à mon reflet dans la glace et demande : « Qu’est-ce qu’on fait ? »

Gilles Leroy, Champsecret


Tout comme Gilles Leroy, j’ai développé au fur et à mesure des années un énorme malaise rien qu’à l’idée d’aller chez le coiffeur. Quand j’étais petit, je n’aimais pas ça parce que ça me faisait perdre du temps et que je n’appréciais pas rester assis sans rien faire ni pouvoir lire parce qu’il faut coller son menton sur la poitrine lorsque le monsieur s’occupe de vous raboter le haut de la nuque. Je me souviens encore de ma mère disant : « bien dégagé derrière les oreilles. » Il me semble avoir été plusieurs fois infect, et quand j’étais sage, c’était un soulagement pour tout le monde.

Jusqu’au jour où le drame arriva. Alors que depuis toujours j’allais chez le coiffeur en face de chez moi, il a fallu en changer pour des raisons financières et sociales : mon père s’est engueulé avec le coiffeur pour une histoire d’argent. Alors ma mère m’a emmené quelques rues plus loin. Si le nouveau coiffeur était gentil (et manifestement très pédé) il avait cette fâcheuse tendance à ne pas vouloir me couper les cheveux. Il se contentait de les raccourcir légèrement, me laissant avec mes mèches à la Roch Voisine (et ma petite queue de travers) dans le cou. Nous lui avons laissé sa chance, mais il n’a jamais fait ce qu’il fallait, nous obligeant à en trouver un autre, d’autres rues plus loin.

Et là, bienvenue dans le salon de coiffure uniquement masculin tenu par trois hommes (un gros, un chauve et un brun) qui n’avaient pas spécialement l’air homos. Les premières coupes ont été très satisfaisantes. C’est aussi arrivé à l’âge où j’ai cessé d’être un enfant et où j’ai alors pris conscience de mon apparence. Parallèlement à ça, j’ai commencé à aller seul aux rendez-vous… et c’est là que me rendre chez le coiffeur est devenu la source de mes angoisses.

Allez savoir pourquoi ; je ne le sais pas moi-même. Pour l’expliquer, on peut tout de même imaginer que c’est, entre autres, parce que je déteste prendre rendez-vous et avoir une heure bloquée dans la semaine pour quelque chose de pas spécialement agréable mais nécessaire, un peu comme un rendez-vous médical. J’ai toujours détesté ça parce que comme pourrait l’énoncer la loi de Murphy, à chaque fois que j’ai ce genre de rendez-vous, on me propose une autre activité mille fois plus intéressante… Ensuite, il y a le fait que je n’aime pas payer pour un service. Je suis mal à l’aise que quelqu’un s’occupe de moi de la sorte et devoir le payer en retour. Enfin, et c’est peut-être là le plus important: j’ai peur qu’on me rate.

En effet, les cheveux représentent à mes yeux une grande partie du capital beauté d’une personne. Si l’on prend quelqu’un de moche, avec une bonne coupe de cheveux cette personne peut devenir moins moche. Et quelqu’un de beau avec un choucroute sur la tête devient plus laid que n’importe qui… Je le confesse : je suis capillo-maniaque. Depuis tout petit je fais une fixation sur les beaux et longs cheveux des filles et fantasme sur telle ou telle coupe des mecs (quand je ne suis pas répugné par les cheveux longs de la gent masculine : il n’y a rien de plus repoussant à mes yeux…)

Un drame capillaire m’est un jour arrivé. L’un des trois coiffeurs de mon salon de coiffure m’a totalement raté : je me suis retrouvé avec les cheveux rasés derrière et sur les côtés et avec une très nette démarcation entre les cheveux du dessus et les autres. Le pire moment a été celui où j’ai dû faire semblant d’être satisfait parce que j’étais bien trop timide pour oser protester. Je voulais en finir au plus vite. Je suis rentré chez moi en larmes. J’étais déjà une drama queen : je me sentais défiguré, dénaturé, privé de mon identité. Et parce que ma vie était une série télé américaine, la photo de classe allait avoir lieu trois jours plus tard. Heureusement pour moi, j’ai été béni par Sainte Jenifer Aniston, et par miracle la démarcation s’est considérablement estompée de sorte que ma laideur disparaisse en un temps record.

Dans mon malheur, j’en ai profité pour changer de coupe. Je me suis laissé pousser les cheveux à la Leonardo Dicaprio (qui venait de devenir une star grâce à Titanic). Ca me plaisait beaucoup d’avoir les cheveux dans les yeux, sauf que j’ai découvert à ce moment-là que j’avais une nature de cheveux assez chiante. Ils gonflent. Certaines femmes (comme ma mère) veulent avoir autant de volume que Mel B. des Spice Girls, mais moi, j’aime qu’ils soient tout plats. Parce qu’à chaque fois que je me les lavais, j’avais une coupe de champignon. J’avais donc tendance à les laisser graisser pendant une semaine et à les enfermer dans du gel pour contenir cette horreur. Jusqu’au jour où je suis revenu à mon ancienne coupe. Et j’en ai profité pour changer de coiffeur.

Et là, j’ai découvert un des éléments qui me gênait : j’avais toujours été coiffé par des hommes. Si me faire brosser la bite m’a toujours plu, je ne supporte pas qu’un homme me coiffe. Allez savoir pourquoi… Nouveau salon de coiffure, nouvelle coiffeuse, et visagiste de surcroît : je ne voulais pas prendre le risque d’être raté de nouveau. Après ça, j’ai donc parfois expérimenté quelques fantaisies : une année, j’ai utilisé le produit ‘Cristal Soleil’, censé blondir progressivement les cheveux. Le résultat m’a bien plu, sauf que c’était plus roux que blond… Une autre année, je me suis fait faire un glaçage : on vous décolore uniquement les pointes des cheveux. J’ai beaucoup aimé aussi et j’ai testé en allant au ‘Queen’ pour la toute première fois.

Depuis, rien. Si j’ai eu tendance ces derniers mois à couper mes cheveux moins courts, j’ai eu du mal à retrouver le courage de leur faire une petite folie. Aidé par la vie épanouissante que je mène en ce moment (un travail qui me plaît, de nouveaux amis, un chéri aimant, un moral plus zen…) je me suis lancé. Je voulais me faire des mèches blondes et cuivre/cacao pour faire un dégradé de couleur avec ma couleur naturelle. Très pédé, mais tellement sympa… Mon chemin a été parsemé d’embûches. Il a d’abord fallu trouver un moment pour aller chez ma coiffeuse : je travaille tard ! Heureusement, le salon est ouvert une soirée par semaine. Ensuite, je me suis aperçu que mon projet capillaire était très onéreux : 80 euros !!! Une telle somme pour des cheveux qui poussent très rapidement, faut pas pousser le bouchon trop loin non plus (Maurice). Après avoir changé mes idées au profit d’un résultat beaucoup plus abordable, je me suis présenté au moment de mon rendez-vous pour m’entendre dire que la coloriste était malade. Je m’étais préparé psychologiquement pendant des jours à ce changement, et j’ai dû abandonner. Je ne pouvais pas reporter ce rendez-vous car je vais être très occupé dans les jours qui viennent vu que je pars dans dix jours en vacances… La déception fut grande, mais tant pis : me voilà à nouveau avec une touffe réglementaire. Parce qu’après trois mois de croissance, je commençais à ressembler à Dave, que je déteste. Et dire que pour la première fois depuis longtemps j’avais réussi à voir ce moment comme l’occasion de me détendre… Je crois que je ne suis pas fait pour me faire coiffer. Mon inconscient essaie peut-être de me dire quelque chose en me rendant anxieux : « Jonathan, tu es pédé, c’est pour une bonne raison. Tu dois être coiffeur. » OK mon coco, demain, je m’inscris en CAP. Et puis quoi encore ?

commentaires

08/09/05 - 22:49

J'ai moi aussi les cheveux qui gonflent, dés qu'ils sont un peu long, j'ai la choucroute sur la tête !

Passionnant non ;)

08/09/05 - 23:29

moi j'aime quand c'est vite expédié et surtout qu'on evite de faire la "coiffeuse" avec moi : cad m'infliger une conversation...beurk
j'ailme quand c'est vite fait bien fait et tres court lol

09/09/05 - 00:29

Moi j'ai les cheveux tout plats (misère) et j'adorerais qu'ils gonflent tout seuls. Grrrrrrrr c'est mal foutu la vie quand même. On échange ?

09/09/05 - 08:19

Il est pas si méchant que ça Dave :-)

09/09/05 - 11:53

Un point commun de plus ! Moi j'aime pas qu'on me touche les cheveux (même pour des caresses) : ça me fait pleurer. Alors se faire tripoter la tête par un inconnu (même s'il connaît ma vie) c'est plutôt un calvaire pour moi aussi !

09/09/05 - 15:09

Je lis depuis un petit temps et première fois que je commente ...

Finalement, j'ai eu la même blague, une fois j'ai été raté, et je n'avais oser parler pour dire mon insatisfaction.

Le retour chez le même coiffeur une heure plus tard fût horrible, j'étais critiqué de toute part parce que je n'avais oser le dire ...

Bah je lui ai péter un pneu, na !

09/09/05 - 18:45

Pas allé chez le coiffeur depuis 1998. Merci la tondeuse, merci les ciseaux, merci les miroirs.

11/09/05 - 23:27

Je trouve que les coiffeurs sont des arnaqueurs.

Ils te font un tête toute belle et le lendemain matin, après une nuit, tu n'arrives plus à les remettre dans le pli et, il faut y repasser...

Je n'ai jamais aimé me faire coiffer car je ne supporte pas les odeurs des produits (les parfums en général) ni l'ambiance des salons.

Les coiffeuses ne m'aiment pas non-plus car j'ai les cheveux très épais et elles chopent des ampoules à chaque fois.

15/09/05 - 12:55

Coiffeur ? Pas de gros mots, s'il te plaît !

15/12/05 - 15:59

Ouais, ça peut être marrant d'essayer de tout faire soi-même! Mais bon, faut évidemment pas s'attendre à quelque chose de rare du premier coup (surtout si l'on n'ose se donner à fond dans son nouvel art(izannah?)).

Pour le Cristal Soleil, la rousseur m'étonne, sur des cheveux qui me paraissent châtain. Peut-être aurais-tu dû réitérer la chose, ou choisir un gel décolorant plus efficace style sh. Blonde (mais je ne garantis pas la non rousseur!!!).

Pour un dégrédé de nuances ou camaïeux, chacun peut trouver dans des boutiques spécialisées produits adaptés (style boutiques du coiffeur, entouka y en a à Lille). & puis bon, dans le pire des cas, on tente juste sur les bouts, on coupe et on attend que ça repousse (hem)!

Cha (pas le temps d'approfondir le sujet!)*

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Jonathan, 25 ans, assistant de rédaction en recherche de sens et de soi.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.

Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.