Lumière
Vacances. Je ne pensais pas que ce mot trouverait une résonance aussi tôt dans ma tête. Après stage et mémoire, je me dis que je ne les ai pas si mal méritées, mes vacances. Je voulais bosser encore et toujours plus, et puis finalement… Ce n'est pas si mal, d'être en vacances.
C'est l'occasion de se focaliser sur ce qu'on a parfois dû mettre de côté. C'est le moment de durcir un (tout petit) peu le régime. C'est la période idéale pour passer du temps dehors, le moment parfait pour renouer contact.
C'est ainsi que j'ai déjeuné avec mes anciens collègues du site culturel. Ca m'a bien fait plaisir, et je me disais que si les circonstances avaient été différentes (en quoi ?) j'aurais peut-être pu devenir ami avec certains d'entre eux.
Sauf que. Sauf que je suis exigeant, trop exigeant, bien trop exigeant. Susceptible, trop rancunier, bien trop idéaliste. Bref, inadapté au monde et aux gens, en somme. Il suffit donc d'un petit rien pour que cela empêche tout contact dans ma tête. Et tout à coup, à côtoyer à nouveau le monde, je me souviens pourquoi je me suis enfermé dans ma grotte.
J'ai l'incroyable chance de pouvoir lire, gratuitement, un grand nombre de nouveautés littéraires. Il me suffit de passer commande par mes anciens collègues et environ une fois sur deux j'obtiens ce que je souhaite. Dernièrement, j'ai demandé un livre sur une certaine pratique sexuelle. Je trouvais ça intéressant, réellement, pas du tout obscène, certes cru, mais dans le fond, le cul, je préfère qu'il soit abordé de la sorte. Le site culturel ayant une rubrique érotique, je ne voyais pas où était le problème.
Première phrase d'une de mes collègues préférées : "Ton livre de cul, tu te l'achèteras." Elle ne l'a pas dit méchamment, je le sais bien, mais je me suis senti rabaissé. Elle ne voulait pas me blesser, mais elle l'a fait. La sexualité tantrique, le Kama-Sutra, des descriptions osées ou des photos un peu olé-olé, ça ne la gênait pas, mais là, des dessins un peu originaux, tout de suite, c'est porno.
Qu'elle ait eu cette impression, ça peut se comprendre. Ce qui me dérange profondément, ce sont les jugements péremptoires. Je suis venu, elle n'a pas lu, elle m'a vaincu. Juste parce que ça ne correspond pas à son mode de vie, elle a décrété que ce n'était pas adapté. Ce qui me gêne, c'est que je ne pouvais rien répondre. J'aurais pu argumenter, lui prouver qu'elle se faisait de fausses idées, mais je sentais, comme je l'ai senti des centaines de fois au cours de mon stage, que c'était vain. Parce que les gens, dans les métiers culturels (pas uniquement dans ces métiers, bien sûr, mais en tout cas ça y est très présent), les gens qui se sentent un tant soit peu cultivés sont persuadés d'être les gardiens du bon goût, de la raison, de la vérité. Ce sont eux qui décident ce qu'est la culture et ce qui ne l'est pas. Et moi, ça me choque. De nos jours, ce n'est pas la culture qu'on cultive, c'est l'intolérance.
Voilà pourquoi je dis toujours que je ne suis pas cultivé. Parce que savoir qu'on ne sait rien, c'est ne pas considérer comme acquis le peu de connaissances qu'on a ingurgitées, c'est se remettre en cause encore et toujours, mais surtout c'est rester ouvert au monde, au monde entier, à la moindre parcelle d'émotion, de technique innovante, de concept bien caché qui pourrait transiter par l'un de nos sens. Voilà pourquoi je refuse de renoncer aux musiques commerciales et émissions de télé réalité. Parce que me poser en tant que souverain de la culture revient à être le roi de l'arène qui dresse ou abaisse son pouce dans les airs, obligeant ou privant ainsi les autres de ce qui pourrait les toucher ou pas.
Je veux d'un monde qui vit, bouge et nous touche. D'où qu'il vienne.
Le problème, c'est justement qu'à force d'être trop touché par ce genre de micro événement (névrose, quand tu me tiens), si je ne me ferme pas à l'art, je me ferme alors aux gens. Il faut que je trouve un moyen de réconcilier les arts et les cons. Dans les deux cas, ils ne sont pas toujours où l'on croit.
08/06/06 - 14:53
Bon courage alors... la tâche est ardue^^
lemarquis