Soirée en amoureux...
Me voilà seul au milieu de la nuit, seul dans une pièce éclairée par l'ordinateur pendant que le reste de la maisonnée est dans l'obscurité de la télé ou des pleurs. J'ai l'impression d'être Carrie dans 'Sex and the City' ou plutôt Jenny dans 'The L Word'… Je ne résiste pas à l'appel des mots, aussi déstructurés soient-ils, car j'ai besoin de m'épancher, besoin de garder une trace de cette soirée et des réflexions qu'elle a engendrées.
C'est la fête de la musique dehors. Comme à mon habitude, j'ai du mal à me laisser pénétrer par cette ambiance et à partager ce bonheur plus ou moins mélodique. Bien que plusieurs bonnes nouvelles tombent dans ma vie professionnelle, ce soir je me suis laissé gagner par mes problèmes existentiels.
Comme à mon habitude, donc, j'ai fait la gueule. Les contacts avec Angelounet ne m'ont guère aidés à me sentir mieux et c'est donc tout naturellement que je lui ai bien fait sentir le poids de mes états d'âmes. Il faut dire que ce garçon est d'une bonne humeur à toute épreuve et que, depuis qu'il a cru comprendre qu'il ne peut pas me la communiquer, il est heureux dans son coin pendant que je rumine face à lui.
Mais ce soir, c'est ma soif de destruction qui a gagné. Et je réalise un peu comme le fils de Bree dans 'Desperate Housewives' que la victoire a parfois un goût amer.
La soirée tournant au vinaigre, nous sommes vite rentrés à la maison. Nous nous sommes faits des reproches, nous nous sommes engueulés jusqu'à ce qu'on boude. Mais il fallait que ce que j'avais sur le cœur sorte, il fallait que je vide ce sac trop rempli depuis longtemps. On a beau essayer de se voiler la face, essayer d'être heureux, chez moi, la mauvaise humeur, c'est inné.
Je lui ai bien fait comprendre que mes reproches ne sont en fait que les symptômes d'un mal plus profond ; je sais pertinemment qu'avec un minimum de communication claire il fera des efforts pour me convenir. Mais rien n'y fait, rien ne change ; dans mon cœur c'est le vide.
Je l'ai déjà expliqué, mais ce garçon presque parfait, je ne l'aime pas assez. Ca me bouffe, ça me fait mal ; soit ça me déprime, soit ça me révolte. Et comme je ne suis pas d'humeur à me morfondre en ce moment, ce sentiment négatif est sublimé en agressivité tournée vers Angelounet.
Il fait mine de ne pas le prendre trop mal, il envisage une solution. Une solution finale. Faire une pause, une pause draconienne, une pré-rupture durant laquelle nous n'aurons quasiment aucun contact. C'est douloureux, mais j'accepte. Après tout, il a l'air de bien le gérer.
On se met à pleurer. On se laisse aller dans les bras l'un de l'autre. Mais on survit, on avance. On se prépare à aller se coucher, mes larmes sont essuyées, mon nez est mouché… et là je l'entends, derrière moi, qui s'écroule. Il fond littéralement en larmes, impossible d'effectuer un geste quotidien sans être rongé par la douleur. Voir son cœur réduit à presque néant a une forte résonance en moi. C'est comme s'il venait d'avoir un accident, comme s'il venait d'être renversé par une voiture, comme si un être cher était mort. Quelque chose de grave est arrivé. Le vase est tombé. Les souffles ont retenu leur respiration. Le monde a arrêté de tourner.
Je me jette sur lui, me colle à lui, le serre dans mes bras. Voir ce garçon qui m'aime souffrir autant par ma faute me fait mal… et me soulage à la fois. Car si mon cœur est ébranlé, il envoie des litres de sang à mon cerveau. Et je crois que je commence à comprendre.
Si je ne suis pas amoureux du garçon parfait pour moi, c'est parce qu'il incarne trop le bonheur. Je suis attiré par les garçons sombres, névrosés, faibles. Si j'étais amoureux de B., c'est parce que ce mec d'ordinaire si fier me montrait ses faiblesses. Parce que quand je l'ai rencontré, il a sombré dans la dépression, il a pleuré devant moi, il m'a fait partager ses souffrances. Alors qu'Angelounet, il est fort et heureux. Quand ça ne va pas, il prend sur lui, et ça va mieux.
Autre élément important. Mon premier copain était névrosé, pourtant je ne l'aimais pas. Il n'était pas très câlin, ne montrait pas ses sentiments. Alors de mon côté, rien ne s'est développé et quand je l'ai quitté, j'ai appris avec surprise qu'il m'aimait. Angelounet, j'ai beau
savoir qu'il m'aime, je ne le
ressens pas. Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. J'ai besoin de voir dans les yeux de l'autre qu'il m'aime. Besoin de sentir dans son étreinte qu'il m'aime. Angelounet, il ne l'exprime pas tant que ça… Alors au final, je ne ressens rien.
Ce soir, j'ai donc peut-être compris comment fonctionnait mon cœur. Il se délecte de la souffrance de l'autre. Il a également besoin de distance, besoin de se sentir désiré. Dans cette relation, je me sens étouffé : on s'appelle tous les jours, on passe nos week-ends ensemble, on se voit en plus deux à trois fois dans la semaine. Ma vie, seul, est quasi-inexistante. Mon mec n'a pas le temps de me manquer parce que je le vois tout le temps !
Je ne le blâme pas pour ça. Je fais juste le constat, par rapport à ce que j'ai vécu avant, de ce qui n'a pas l'air de convenir à mon cœur. J'ai besoin de souffrir et de languir, besoin de voir et de sentir l'amour de l'autre, besoin d'avoir accès à ses souffrances pour le protéger. Voilà peut-être la recette de mon cœur… Peut-être…
Le cœur a ses raisons que ma raison apprend.
22/06/06 - 01:44
:(
procellus