Il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des moments d’amitié
Quand je suis parti à Londres, j’étais persuadé que j’allais me faire des tonnes de supers amis, des gens de toutes contrées auxquels je penserais sans cesse comme mes chers amis du bout du monde. J’étais en couple depuis pas mal de temps et je m’étais quelque peu enfermé dans cette relation au détriment des autres.
Au final, je n’ai gardé contact qu’avec deux Françaises et, deux fois par an, avec deux Américaines. Socialement, ça n’a pas été l’expérience la plus profitable… Depuis, j’ai tenté de rééquilibrer ma vie, d’être plus sociable, de sympathiser facilement. Oui mais voilà, c’était sans compter sur les diverses déceptions que j’ai eues, et surtout sur mon incroyable exigence humaine.
Déjà, je ne raffole pas des mecs hétéros. Très vite, pour je ne sais quelle raison, je me sens mal à l’aise avec eux. Ensuite, je me suis rendu compte que les pédés n’étaient pas nécessairement les garçons les plus profonds… Il m’est plusieurs fois arrivé d’apprendre que le super ami que je m’étais fait à une époque avait en réalité des vues sur moi, et donc que notre amitié était caduque. Enfin, les filles, mes alliées de toujours, finissent par me lasser également. Le rapport à leur corps et à tous ses accessoires est parfois si poussé qu’il me donne l’impression que je suis devenu moi-même hétéro.
Le fait est que je suis extrêmement difficile… J’ai compris qu’il n’y avait que certaines personnes, réunissant des qualités bien précises, qui pouvaient me convenir : lucidité, tolérance, capacité d’écoute et de confiance pour n’en nommer que quelques unes. Et surtout, plusieurs éléments sont totalement incompatibles avec moi. Quand on sait que je ne vais pas « prendre de verre » et que je ne supporte pas qu’on me le propose, que je n’aime pas non plus les gens qui boivent (qui représentent donc 99 % de la population), que me reste-t-il ? La solitude… Devenir anachorète. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé de me dépasser et de m’adapter aux convenances sociales dominantes.
Heureusement, il y a des moments qui me laissent penser que tout n’est pas perdu. Passer plusieurs week-ends avec de plus ou moins vieux amis à partager des délires simples mais efficaces. Disserter et rire pendant des heures avec mes meilleures amies. Sympathiser avec mes plus jeunes collègues. Retrouver une amie avec qui je n’avais pas eu de contact depuis des années et se rendre compte qu’on s’entend encore mieux qu’avant.
J’aime tous ces instants, trop fugaces, parce que ce sont les seuls où j’oublie le temps.
01/09/06 - 19:22
Définition de l'Amitié selon Ambroise Bierce : "Bateau suffisamment grand pour transporter deux personnes quand il fait beau, mais une seule en cas de mauvais temps"
gawoul