Mon père, ce crado
Avant de partir vivre à Londres, je me sentais très bien chez mes parents. Je ne voyais pas l'intérêt, pour moi, d'être indépendant alors que j'étais encore étudiant. Depuis mon retour, je ne supporte plus la présence de mon père. Outre le fait que, contrairement à ma mère, il est tout le temps là, ses conceptions et ses manières de vivre me gênent au plus haut point. Notamment, il a sa propre définition de la propreté.
Je crois que mon père, en vieillissant, est retombé en enfance. Et il croit, comme un gamin, que l'eau nettoie tout et nettoie bien. Ca commence par son propre corps. Il dégage en permanence une odeur de vieux, une odeur de déchetterie et une odeur de poivrot. Un vrai régal au petit déjeuner. Quand il daigne utiliser la salle de bain, il faut absolument aérer derrière lui pour éviter l'asphyxie. Et je vous passe les détails. Il est persuadé qu'il sent bon puisque les chattes aiment son odeur. Régulièrement, on retrouve Lulu qui se frotte avec hystérie sur sa veste. Ce qu'il n'a pas compris, c'est qu'elle aime ce qui pue.
Lors d'une discussion, j'ai appris qu'il se lavait tous les jours. Quelqu'un de normalement constitué ne peut pas sentir le rat crevé s'il se lave tous les jours. Renseignement pris, il m'a avoué qu'il se lavait tous les jours "à l'eau". Le savon ? "C'est mauvais pour la peau." Bah oui, vous comprenez, dans le temps, on se lavait peu. Et au temps de Louis XIV, on se lavait une fois par trimestre. Sauf qu'à l'époque, ils avaient des grandes pièces pour éviter d'avoir à se sentir les uns les autres. Au secours.
A la limite, son corps, ça ne regarde que lui. Mais la vaisselle, on la partage. D'une part, je ne comprends pas pourquoi il s'obstine à l'entasser dans l'évier alors qu'on a un lave-vaisselle. D'autre part, il arrive régulièrement qu'après avoir traîné dans l'évier, la vaisselle se retrouve rangée alors que point de savon n'a été utilisé. Eh oui, parce que mon cher père considère que rincer la vaisselle suffit à la nettoyer. Une fois, il a fait tremper un bout de pain réchauffé dans l'eau croupie d'un bol qui avait servi douze heures avant. Dorénavant, je prends mon petit déjeuner dans des mugs qu'il n'utilise pas. Pitié.
Parfois je me demande s'il ne le fait pas exprès. Un jour que je devais manger des crêpes salées, je trouvais qu'il régnait une odeur maritime écoeurante au moment de la cuisson. Au moment de manger ma crêpe au jambon et au gruyère, elle avait plus un goût de poisson qu'un aliment que je consomme. Mon vieux père avait fait cuire une truite dans cette poêle et, à son habitude que je ne connaissais pas encore, l'avait simplement rincée. Tuez-le.
En attendant de quitter cet appartement où je me sens envahi par le plus irresponsable des pères, j'ai établi quelques règles : toujours nettoyer les ustensiles de cuisine avant de m'en servir ; dans la mesure du possible, ne pas utiliser les mêmes que lui ; ne pas m'approcher de lui à moins d'un mètre. Mon père, les clochards : même combat.
Je veux vivre seul !
27/10/06 - 19:28
Es -tu certain qu'il ne te fait pas le coup de TANGUY pour que tu te casses de chez lui ;-)))
Ils sont rusés à cet âge là .
PS : content de te relire
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