Ne pas aimer
Et si ne pas aimer signifiait en fait aimer ?
Je me définis énormément par ce que je n'aime pas, les gens me remarquent à travers ces particularités : Jona n'aime pas les filles, Jona n'aime pas le fromage, Jona n'aime pas untel. Et souvent je me demande comment il est possible que je n'aime pas telle ou telle chose, telle ou telle personne. On est souvent choqué quand on m'entend dire que je n'aime pas mes parents. Que ce soit parce que nos relations sont tendues ou juste parce que nous sommes différents, je suis désolé mais je n'Aime pas mes parents. J'aime bien ma mère, oui, je lui reconnais des qualités certaines, mais l'Amour profond dont j'entends parler à gauche et à droite, moi, je ne le ressens pas.
De même, quand on a le mec presque parfait pour soi ("presque" parce que plus le temps passe et plus on se rend compte que certaines choses chez l'autre sont loin d'être parfaites pour nous) on se regarde en pensant : qu'est-ce qui cloche chez moi ? Et les autres de se demander également : mais comment ne peux-tu pas l'aimer ?
Dans les deux cas, toujours cette même réaction : ce n'est pas possible, tu les aimes, mais tu ne t'en rends pas compte. Eh bah ça me fait une belle jambe. Aimer sans s'en rendre compte, pour moi, ça n'existe que dans les fictions. Quand on aime, on le sait. Si on doute, c'est qu'on n'aime pas.
Et soudainement je prends conscience de l'ambiguïté de mes sentiments. J'avais déjà remarqué que le comportement et les "sentiments" que j'ai envers mon père se rapprochent de plus en plus de ceux que j'ai envers mon mec. Or mes parents, malgré nos différends, ils ont, de par leur statut de parents, un caractère immuable. On sait très bien que même si on venait à se disputer, perdre contact ou mourir, ils existent toujours dans notre esprit en tant que parents. Serait-il alors possible que, dans mon inconscient tordu, cette assurance les rende si accessibles qu'il ne vaille même pas la peine de les aimer ?
J'ai toujours eu tendance (comme beaucoup) à brûler de passion pour les garçons que je ne saisissais pas, pour ceux qui étaient inaccessibles et qui donc me faisaient souffrir. En amitié (masculine) pareil, dès que je savais que j'avais gagné les sentiments du mec, dès qu'il me disait qu'il voulait que je fasse toujours partie de sa vie ou que j'étais son meilleur ami ou n'importe quel autre témoignage d'éternité, je fuyais aussitôt. Comme si l'amour, chez moi, s'apparentait à une conquête et, sitôt la montagne grimpée, il ne reste plus qu'à redescendre.
Alors dans le fond, si je reprends toutes ces pensées, ne pas aimer la personne qui est évidente pour soi revient peut-être à l'Aimer. Sa place devenue si naturelle dans ma vie produit un amour si intense qu'il en devient transparent. Un peu comme le prisme des sept couleurs produit une lumière pure, toutes les expressions de haine, d'agacement, d'énervement ne sont en fait que le témoignage d'un amour ? Un amour infini, si infini qu'il ne fait qu'atteindre le néant ?
Au final, j'ai alors peut-être un cœur fucked-up, mais à part ça, je suis peut-être normal. Peut-être que, à ma manière, et parce que je sais qu'ils ont pris une place réelle et immuable dans ma vie, j'aime mes parents et mon copain comme si je ne les aimais pas du tout. On dit que de l'amour à la haine il n'y a qu'un pas. Alors peut-être que de l'Amour au non-amour il n'y a rien.
28/12/06 - 14:48
t toqué oui
cindylia (visiteur)