Le roi du monde
Emprisonnement. J’ai l’impression que, quoiqu’il arrive, c’est à ça que se résume ma vie. Emprisonnement scolaire, professionnel. Emprisonnement relationnel, amical, amoureux, familial. Emprisonnement mental, nocturne, physique, médicamenteux.
On vogue sur les flots, occupés à gérer les vagues tumultueuses et les vents capricieux. Et quand enfin l’horizon redevient cette ligne droite à l’infini qui marie le ciel à la mer, la rose émerge des abysses et nous enveloppe comme un asile. Prisonnier du bateau, prisonnier des mers, prisonnier du temps.
J’ai beau vouloir vivre mon rythme de croisière irresponsable, j’ai beau espérer sans cesse atteindre la ligne d’horizon, il reste toujours quelques pétales au fil de l’eau pour me ramener à la réalité : la mort.
Il faudra bien, qu’un jour, je l’embrasse à pleines mains, il faudra bien, qu’un jour, je respire son parfum, il faudra bien, qu’un jour, j’accepte son chagrin.
Je ne pourrai rester indéfiniment dans la cabine, aussi confortable soit-elle, regarder par le hublot… Peut-être qu’un jour je partirai, me dresserai avec crainte face au temps, cueillerai cette rose qui me nargue et retirerai ses pétales, un à un :
il m’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, plus du tout.