26/06/2007Pas tout à fait- T’as une copine ou pas ?
- Euh… pas tout à fait.
Quatre mois. Il aura fallu quatre mois, jour pour jour, pour qu’on me pose la fameuse question. Et comme un con pris au dépourvu, j’ai répondu de façon trop vague pour que ce soit clair. Depuis des mois je comptais dire « pas exactement » sur un certain ton pour indiquer la signification de mes relations… Pas exactement une « copine ». Au lieu de ça, je ne suis « pas tout à fait » en couple. « Hétéro » je suis, « hétéro » je resterai. 24/06/2007La passion ou la raison ?Etonnant comme des questionnements ancestraux continuent de nous hanter des siècles après leur postérité originelle. Les clichés balisent nos vies, les dilemmes sont foison, les maximes les plus connues nous touchent parfois avec la force de la nouveauté qu’elles semblent alors revêtir.
Je l’attends justement, cette maxime, ce proverbe, ce bon sens qui va me permettre de choisir avec un minimum de certitudes la direction que ma vie va prendre.
Je ne cesse de mettre les divers choix raisonnés que j’ai faits en parallèle avec mes folies contrôlées. Nos vies à tous dépendent de cet équilibre précaire entre le cœur et l’esprit. Il y a parfois les sages d’un côté et les inconscients de l’autre. J’ai très souvent fait partie de la première catégorie, faisant ce qu’on attendait plus ou moins de moi, me conformant à une sorte de normalité. Et je l’ai, je crois, souvent regretté.
Régulièrement, la phrase d’un prof d’anglais résonne dans mon esprit comme un mode de vie à appliquer : « faites toujours ce dont vous avez envie ». C’est terriblement banal et évident, et pourtant quand j’ai choisi mon mémoire, j’ai préféré la sécurité au désir. Je m’en suis rongé les ongles pendant deux ans.
Je crois que je fais une sorte de crise d’adolescence, ou plutôt une crise de jeune adulte, de celle que j’ai pu voir chez mes ex à cette période de leur vie. Au moment d’intégrer la vie active, je me sens étouffé par le monde du travail, par les engagements, les obligations matérielles et sentimentales. Je sais que je n’y louperai pas, qu’il faudra bien un jour sauter le pas, faire comme tout le monde, être sérieux… Et quelque part j’en ai envie. Mais pas tout de suite. D’abord, j’ai envie, une dernière fois, d’être jeune. De faire semblant de ne pas être névrosé et de jouer à l’insouciant. De partir, une fois dans ma vie, dans une direction à laquelle on ne s’attendait pas. Bref, de vivre ma vie un tout petit peu différemment, la décaler d’un cran. J’ai envie de me mettre en danger, de confronter mon identité aux affres d’une autre vie, tenter une nouvelle expérience, juste essayer, pour une période indéterminée, mais au moins essayer.
Quand stage et obligations académiques seront tout juste derrière moi, il m’aura donc fallu choisir. Commencer un boulot, comme celui qu’on me propose actuellement, dans un domaine qui m’intéresse mais mal payé ? Ou partir quelques mois à l’étranger pour réapprendre une langue étrangère ? Saisir l’opportunité professionnelle ou l’aventure humaine ? Dans les deux cas, c’est intéressant. Dans les deux cas, il y a des risques. Dans les deux cas, la solution qui ne sera pas choisie ne sera certainement plus possible par la suite. C’est quitte ou double.
J’ai à peine quelques semaines pour me décider. Une poignée de temps dans une vie. Et beaucoup d’angoisse d’ici-là. 14/06/2007DivinitéUne simple photo. Une simple rumeur. « Il ressemble à Tom Cruise ». Oui, l’homme est photogénique. Sur une fiche de présentation officielle, pour animer des événements institutionnels et autres, il vaut mieux être présentable et donner envie. Ce n’est pas si difficile de bien passer en photo, a fortiori quand on fait un tel métier et qu’on a la possibilité d’avoir une armée de coiffeurs et de maquilleuses derrière soi.
Une simple rumeur. « C’est vrai qu’il ressemble à Tom Cruise, mais il n’est pas aussi beau que je le croyais. Il a du charme ». Bah voilà, je le savais.
Je suis subjugué par sa voix. Il est au téléphone avec ma collègue, elle a mis le haut-parleur et je suis scotché à ce qu’il dit. Son timbre n’est pas spécialement beau, son propos pas du tout intéressant pour moi, mais son intonation de British pure souche me fait fondre. Oui, son accent, quand il parle français, est mignon. Mais la perfection de ses mots, ces diphtongues pleinement prononcées et assumées, ces syllabes appuyées, ces /r/ si doux à l’oreille à l’opposé de l’américain, en quelques secondes toutes mes études d’anglais se mélangent pour produire dans le combiné du téléphone ce vers quoi j’aimerais tendre au maximum. Entendre la perfection de la prononciation britannique, la messe de mes oreilles.
C’est lui ! Je croise son regard et son sourire, dans les escaliers. Trop brièvement. Mais assez pour être intrigué par son regard. Rien à voir avec sa photo.
C’est sur écran que l’homme prend tout son sens. Il le crève et touche ma rétine de ses longs cils. Il me mord le cœur avec son sourire de beau gosse. Ses sourcils arqués soulignent son tempérament. Je suis conquis. Je passe la journée à l’admirer sur l’écran, à boire ses paroles comme si ma vie en dépendait.
Il n’est pourtant pas si beau que ça. C’est effectivement un Tom Cruise en mieux, avec des traits parfaitement dessinés, en adéquation avec mon idéal. Mais quand j’y pense, ce n’est même pas sexuel. C’est plus fort que ça. Ca dépasse la bite. Je ne peux pas apprécier son corps dans ce costume qui ne le met absolument pas en valeur, dans cette chemise emprisonnée par une vulgaire cravate. Je ne m’imagine pas tant que ça coucher avec lui. Je suis en revanche envahi par des visions Allymcbealesques de jetage sur la scène. Intérieurement hystérique. Extérieurement frissonnant. Je me fous de me sentir moche, je me fous du reste de ma vie. Tout ce que je veux, pleinement veux, c’est le toucher, partager son intimité, confronter son image sur piédestal avec la réalité de son corps terrestre. Son visage divin posé sur une simple carcasse. Un contact, une communion. J’en ai besoin. J’en ai mal.
A la fin de la journée, il parle avec mes collègues. Toutes les filles sont autour de lui. Il doit avoir l’habitude de cette basse-cour, il n’en paraît pourtant pas imbu. Tout le monde ne cesse de lui dire qu’il a été bon, qu’il a été beau. On fait des photos. Figer pour l’éternité une rencontre aussi exceptionnelle. J’arrive même à échanger quelques mots avec lui. Il paraît d’une gentillesse inhumaine. Quand il me regarde, je me sens possédé par lui. J’ai l’impression qu’il lit en moi, qu’il lit toutes mes pensées démoniaques, qu’il lit la corruption que je veux lui imposer. Sa langue, en ne me caressant pas, inflige à mon cœur une blessure digne d’une collégienne en fleur.
Mais l’homme a une alliance. L’homme a trois enfants. L’homme a dix ans de plus que moi. Je me demande s’il n’a pas un peu de botox pour avoir un regard si unique. Mes collègues me croient jaloux. Même pas. Juste frustré. J’ai l’impression d’avoir commencé à faire l’amour et d’avoir été arrêté dans mon élan. Sa présence provoque ainsi une incroyable décharge de désir stagnant dans l’ensemble du corps. Stagnant pour toujours.
Je ne peux m’empêcher de chercher des signaux gays. Son mouvement de main n’est-il pas un tout petit peu trop expressif ? Son regard un peu trop pénétrant ?
Il est parti. Je suis rentré. Je n’ai pas pu me défaire de son emprise. Et la nuit est passée. J’ai rêvé de lui. Au petit matin, il n’était plus là. Impossible de me rappeler pleinement son visage. C’est comme si je me souvenais de la perfection du plan de la maison, je peux regarder à loisir sa photo, sans être capable de la former dans mon esprit.
Une journée passée en une seconde, une étincelle devenue éclair, un regard mué en sourire. Un ange passé, un dieu au bout des doigts. 05/06/2007Les gays au travail
Je ne travaille pas à Disneyland, et pourtant, je suis entouré de spécimens à la sexualité douteuse. A croire que les RH, en plus des morues, attirent les tapettes.
Le tout premier spécimen m’a littéralement fait flipper dès les premières minutes. Grand, brun, lunettes subtilement design, costumechemisecravate impeccable, chaussures de marque, un stylo plume dans une main, un cahier, un mac et un portable dans l’autre… Gérard Gontran est entré dans la salle de réunion sans un sourire pour qui que ce soit et sans un regard pour le nouveau stagiaire. A chaque fois qu’il a pris la parole, c’était pour se montrer sûr de lui et rabaisser les autres. Mais son timbre ne laissait aucune équivoque.
Quand, un mois après, j’ai appris que je devais passer une heure seul avec lui pour travailler, je me suis chié dessus. Moi, seul avec un pédé ? Moi, seul avec un mec qui n’a probablement aucune pitié pour un débutant ? Il ne faut pas se fier à sa première impression, ne pas juger le moine sur son habit, etc. Car il s’est avéré très gentil, qualité par la suite confirmée et couplée d’un sens de l’humour qui m’a séduit. Depuis, je ne peux m’empêcher de le regarder différemment, un peu comme une possible évolution pour moi. D’autant plus qu’un CDI correspondant parfaitement à mon profil est créé dans son service.
J’ai ensuite fait la connaissance de Puppy Dinche. Homme plus âgé, maniéré, costume trop large et dépareillé, particulièrement gentil avec moi. Tellement bavard que quand je le croise aux toilettes, il déblatère sur le boulot pendant que j’essaie désespérément d’égoutter ma nouille que, bien sûr, je suis incapable de presser sans une bonne dose d’intimité et de concentration. Son orientation sexuelle ne faisait pas l’ombre d’un doute avant d’apprendre, non seulement qu’il était marié, mais en plus qu’il était parent ! J’avais bien vu l’anneau à son doigt, je le pensais en couple avec un homme, mais quand j’imagine son extension génitale pénétrant une fouffe poilue, je débande pour lui. Bon, je sais que ça existe de ne pas s’assumer, de se convertir à la norme sociale, tout ça, tout ça, mais de là à en croiser en vrai de nos jours… Je pensais qu’on ne les voyait que chez Delarue ces gens-là. Ou alors, c’est que mon gaydar est totalement déréglé.
Fil Hounet, j’ai eu l’occasion de le voir un peu plus ces derniers temps. Avant, je n’avais pu remarquer que sa voix de Porcinet (c’est l’hôpital qui se fout de la charité, je sais) et surtout son incroyable grosse bite. Non pas que j’aie pu la voir en vrai, mais quel que soit le jean qu’il porte, il y a toujours cette bosse énorme qui attire mon attention. Sérieux, c’est très difficile de se concentrer dans ces conditions. Quand il nous parle de budget, signalétique, invitations, moi, je me dis qu’il doit porter un caleçon large pour être si mal contenu, mais en même temps je ne parviens pas à savoir si elle penche du côté gauche ou du côté droit (ce qui laisse donc penser slip ou boxer) avant d’envisager que ce n’est pas sa bite qui est si grosse, mais ses couilles. Non, quand on a d’aussi grosses couilles, on ne les met pas en valeur de la sorte. Grosse bite dans caleçon large.
Ce n’est que quand je l’ai au téléphone (et donc qu’il a toute mon attention) que je réalise qu’il me vouvoie. Bonjour M. Diabolito, c’est M. Hounet, vous allez bien ? Euh… oui, merci et… vous ? VOUS ? Nous avons participé ensemble à un déjeuner-test durant lequel nous nous sommes goinfrés comme des cochons, et lui me vouvoie ? C’est quoi ces gens ? C’est quoi ces pédés qui, sous prétexte d’instaurer une distance parce qu’on regarde trop leur entrejambe, nous vouvoient ?
Le dernier, c’est le stagiaire. Jamais de costume, souvent un haut coloré d’ailleurs, une voix douce et nasillarde, une coupe entre Peter Petrelli et Dave, une cicatrice de piercing à l’arcade vaguement masquée par une paire de lunettes. Il est très discret, ne parle jamais de lui et cela joue probablement en sa défaveur puisqu’il a ainsi bien du mal à s’intégrer. Tout ça parce qu’il n’avoue pas son homosexualité. De plus, il passe ses journées à faire des allers-retours aux chiottes, boit et mange sans arrêt, arrive le dernier le matin mais n’est pas le dernier le soir, manque cruellement de confiance en lui et en devient donc empoté et incompétent. Du genre, je me trompe de destinataire de mail, j’oublie systématiquement la pièce jointe, je ne sais jamais répondre aux questions sur les projets en cours et je cours à l’autre bout du bâtiment pour rejoindre une collègue qui était dans le bureau d’à côté. Des moments de solitude qui ne font qu’empirer. Si j’étais lui, je songerais à changer de job. Ah bah ça tombe bien, parce que c’est moi.
Le comble du pédé, c’est d’en être entouré, sans l’avouer soi-même. 02/06/2007Les travaux du vide
Ces derniers temps, j'ai décidé de baisser le rideau. Malgré les ouvriers qui astiquent les murs de mon appartement, je me retranche dans ma chambre. Chez moi, les travaux sont moins glamours que dans D&CO. Comme quand j’étais petit, dès qu’un étranger pénètre dans ma demeure, je fuis, j’ai peur, je me cache, ne sors presque pas. J’essaie d’aller le moins possible aux toilettes et, comble du pire, d’aller dans la cuisine où je les retrouve. Mais l’appel du ventre ne peut jamais attendre.
Je crois que je n’ai pas tellement changé depuis mes 8 ans. A l’époque, on disait que j’étais sauvage ; aujourd’hui, que je suis asocial. En vérité, je n’ai toujours pas été apprivoisé. Will I ever be ?
Voilà pourquoi aujourd’hui je suis perturbé par cette irruption d’hommes en blanc qui tentent de masquer les tâches de sang sur les murs. De plus en plus souvent, je suis tout seul. J’éprouve ce besoin depuis quelques années, à l’opposé de celui que j’avais en arrivant dans cet appartement (il y a 7 ans). A l’époque, j’étais dans un besoin affectif énorme, je passais tout mon temps avec mes amis, que ce soit en live, au téléphone, par courrier (avant que ce dernier point ne soit supplanté par Internet). Je me rappelle que tous les lundis, ma prof d’italien nous demandait de raconter notre week-end et que je répondais systématiquement : samedi, j’ai passé 4 heures au téléphone avec Nico et dimanche 6 heures avec Manu. Ca me paraissait presque normal. C’était tout le temps comme ça.
Le week-end dernier, j’ai vu des « jeunes » de 18 ans lors d’une soirée, et les similitudes de nos vies m’ont frappé. Deux mecs, notamment, a priori hétéros et très perturbés par le sexe, passaient leur temps à se prendre dans les bras et à se témoigner une affection sans bornes, devant tout le monde, devant leur famille, devant des inconnus, sans que cela gêne qui que ce soit. Je crois qu’il n’y avait que moi pour guetter leur baiser alors qu’il ne devait y avoir qu’une forte amitié entre eux. Et je me suis souvenu que c’était pareil pour moi, qu’à leur âge je vivais la même chose. L’adolescence est vraiment l’époque des amitiés éternelles qui ne durent qu’un temps.
Il faut prendre le temps de se ressourcer. Ma manière à moi de le faire, c’est de rester cloîtré chez moi la journée entière, de ne même pas prendre la peine de me préparer (à quoi ?), de me retrouver seul face à moi-même, dans la plus grande simplicité, sans aucun masque. Ce qui est étrange, c’est que ça ne me procure pas que du plaisir. Cette solitude d’anachorète est un peu douloureuse car je m’ennuie, je ressasse tout et rien, je songe aux travaux de ma vie, aux emprisonnements dont je n’arrive pas à me défaire… Il suffirait de sortir un peu, d’accepter les invitations pour que cela cesse, mais je dis non à tout, sauf à moi-même. C’est comme si j’avais besoin de ce moment de solitude pour apprécier à nouveau faire des efforts et voir les gens. Parce que sortir de ma carapace ne m’est jamais facile. Et que ce genre de journée est comme une méditation. Mais je me fais chier à trop penser.  |
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Jonathan, 30 ans.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.
Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.  |