Chevalier des temps modernes
Un élément très important pour moi dans le choix de mon stage : le feeling. Il fallait que, dès l’entretien, je sente un courant qui passe entre mes futur(e)s collègues et moi. J’ai refusé des opportunités intéressantes professionnellement parce que je ne « sentais » pas la personne que j’avais en face de moi. De même, si d’un côté je voulais apprendre et me perfectionner, de l’autre je souhaitais arriver comme le messie au sein de mon service, bluffer tout le monde par ma pratique de l’anglais, ma capacité d’organisation, mes qualités rédactionnelles, mon contact facile, la rigueur de mon travail et mes idées innovantes. Jésus, c’est moi. J’arrive.
Sauf que, dans la réalité, quand on débarque à la
Forteresse, on ne peut décemment pas être placé sur le trône dès le premier jour. La
Forteresse, elle est si grande et si complexe que mon esprit de tapette volante a bien du mal à en faire le tour. La
Forteresse comprend tellement de Donjons qui sont autant de ministères ayant bien du mal à cohabiter que même en étant placé au centre, elle est bien difficile à gouverner.
Alors quand un pédé débarque tous les matins shooté (une demi-heure après tout le monde) et passe pas mal de temps à faire autre chose qu’à travailler, il n’est pas aisé de s’intégrer pleinement. Au risque de se faire appeler Arthur.
Mon premier mois était surtout un mois d’appréhension de mon environnement. Comment s’appellent les Donjons, que font-ils, comment sont-ils construits, etc. J’ai été présenté comme bilingue, du coup je n’arrête pas de dire que noooooooooooooooooooooon je parle COURAMMENT, c’est pas pareil hein, je n’ai pas la science infuse. Si le jeune chevalier que je suis manie bien l’épée, je ne suis pas celui qui a la plus grosse. N’empêche : il ne se passe pas une journée sans qu’on vienne me réclamer une traduction. C’est marrant, tout le monde m’aime bien.
Et puis, après un mois plutôt cool, il a fallu changer la donne. Devenir vraiment sérieux (et pas qu’en apparence) et montrer une autre
fesse face à mes collègues. Parce que le feeling, c’est une chose, mais dans les relations professionnelles, il faut être un gladiateur.
Alors que je sentais très bien Nif-Nif lors de l’entretien, qu’elle avait l’air cool et sympa (ce qu’elle est), une distance s’est creusée entre nos bureaux. Il n’y a rien eu à faire, c’était comme si nous n’étions pas convertis à la même religion. Elle, c’est boulot, bébé, réseau. Très vite, j’ai compris que nous n’avions pas le même credo. Outre mes
moments de solitude qui n’ont fait que s’enchaîner, il a été difficile de s’entendre. En même temps, quand le silence règne dans la pièce, que je pousse un cri d’étonnement parce que j’ai entendu quelqu’un se poster à côté de moi alors qu’il n’y a absolument personne, Nif-Nif a bien le droit de me regarder bizarrement… A clouer au bûcher !
On a bien tenté, au début, de parler. Du CPE. Elle m’a confié qu’elle ne comprenait pas ces étudiants qui se rebellent pour ça et qui refusent de travailler. Sachant que j’étais contre le CPE, je me suis un peu senti étranger à sa pensée et n’ai pas voulu me lancer dans un débat. Ne réveillons pas le peuple rebelle, laissons la Reine en haut de sa tour.
Non-dits. Point de discussion mène à la destruction ?
Non. Parce qu’il suffit d’apprendre qu’elle adore la Nouvelle Star pour se réconcilier idéologiquement avec sa collègue. Un peu de paillettes dans les yeux.
Après un mois de distance, je me suis jeté dans l’arène du travail. Je laisse au pilori mes soucis personnels et je fonce dans mes tâches quotidiennes. Après avoir pris mon temps, je prends de l’assurance, je prends les choses en main et je prends du plaisir à faire les choses. Avec un changement anodin mais qui a son importance : je change de bureau. Nous étions deux, nous sommes maintenant quatre. Et un mec seul face à trois filles, bien qu’il y ait une lesbienne dans le tas, ça fait son effet : un coq dans la basse-cour. Il faut bien ça pour faire face au stress des nouvelles responsabilités.
29/04/07 - 23:51
Toi en coq de basse-cour c'est une image plutôt savoureuse héhé... ^^
manu_luna