Bending time
La vie quotidienne poursuivait son petit bonhomme de chemin. Je continuais à beaucoup travailler, à sortir presque tout autant, à prévoir mille choses à faire dans tous les domaines. Je participais au vernissage d’une expo à la Grande Arche. Je dînais avec des amies en réalisant que ce moment n’était guère fait de réel partage, plus de voiles de différences. Les mois sans être proches les uns des autres éloignent indubitablement.
Et le temps s’arrêta. Pas brusquement, comme dans les fictions, mais progressivement. C’est d’abord ma peau qui m’a alerté : sensible avec la chair de poule. Puis mon ventre, retourné. Enfin mon front, brûlant. Je continuais donc à travailler malgré les symptômes, je voyais quand même mes amis et quand j’ai retrouvé ma chambre je me suis (presque) écroulé. S’en sont suivis plusieurs jours où je n’ai plus eu de prise ni sur le temps, ni sur la nature. Impossible de retourner travailler, impossible de sortir, j’avais même parfois du mal à me déplacer chez moi tant mes organes tentaient de s’échapper.
J’ai une gastro par an et pourtant à chaque fois je suis surpris par sa violence. J’ai beau me dire que demain je retournerai bosser, que je pourrai de nouveau manger normalement, je ne me souviens jamais que la nature déjoue mes plans en me laissant cloué.
Etrangement, elle a eu quelques effets bénéfiques, cette gastro.
Elle m’a fait maigrir. Je crois que le
gourmand goinfre que je suis n’avais jamais aussi peu mangé de sa vie.
Alors que j’étais absent de la
Forteresse, mes collègues m’ont envoyé plusieurs traductions à faire. Ah ce n’était pas la joie pour moi, mais ça m’a au moins permis de me rendre compte que, malgré cette absence, j’ai pris ma place dans cette entreprise. Quand je ne suis pas là, on a besoin de moi. Et ça, c’est tout de même très agréable.
Elle m’a permis de me réconcilier avec mon corps. J’ai été obligé d’être à l’écoute du moindre gargouillement pour être capable de savoir quel médicament administrer. Au-delà de ça, je me suis rendu compte que sur certains aspects je négligeais peut-être un peu mon corps, que je forçais dessus (je l’oblige à être en forme quand il est fatigué et je le fatigue quand il est en forme). Peut-être était-ce une manière pour lui de faire sonner l’alarme, de me demander un autre mode de vie.
Je ne peux pas contrôler les autres, ni le temps, ni la nature. Je ne peux que me soumettre à leurs lois. Mais je peux peut-être plus les écouter et tenter de les comprendre afin d’accepter au mieux d’en être prisonnier.
03/05/07 - 23:38
Nos prisons, nous-nous les construisons nous-mêmes, c'est bien connu. :)
Soigne-toi bien!
Didier (visiteur - site web)