Quand la vie donne la mort
Les gens que je côtoie sont à peu près à la même étape sociale que moi. Ils finissent leurs études ou ont entamé depuis peu leur vie professionnelle. Sont plus ou moins en couple. Se posent plus ou moins les mêmes questions existentielles. Cette proximité est importante pour se comprendre, pour se soutenir. Quant aux différences, elles permettent évidemment de prendre du recul et d’envisager autre chose pour soi. Se laisser gagner par l’innocence des « plus jeunes », écouter les conseils des « vieux cons ». Ou l’inverse.
Mais à la
Forteresse, c’est moi le plus jeune. Et même celle qui n’a qu’un an de plus que moi me paraît à des années lumière parce qu’elle, elle est maman. Et c’est dingue comme ces
filles femmes-là, on ne les regarde pas de la même manière que les autres. Celle qui a reçu une grosse graine dans la chatte au point de se faire exploser le ventre se transforme en une sorte de vache laitière, au détriment de la pétasse qu’elle a peut-être été un jour. Pour moi, ce sont toutes les mêmes. Bouffies, obsédées par leur progéniture, elles deviennent des poules bonnes à couver pour l’éternité. Et le coquelet que je suis est bien différent.
Jusqu’à présent, je me suis senti loin de la parentalité. Ma position de sodomite ne me laisse aucun choix, mais le fait est que, même si je l’avais, je ne voudrais pas d’enfant. Je ne me considère pas comme fini en tant qu’être humain, loin d’être assez stable (à tous les niveaux) pour avoir la possibilité de mettre de côté ma vie et la donner à un mini-moi. Bien sûr que si l’un de mes baigneurs donnait lieu à un être, si l’enfant biologique d’un autre atterrissait dans mon foyer, bien sûr que mon cynisme irait se noyer dans sa couche, mais je me sens tellement mal à l’aise avec un gosse près de moi. C’est inutile, ça n’est que l’expression permanente de besoins insatiables qui obligent à ignorer ses propres besoins.
On Je ne peux pas parler avec un enfant, je ne vois pas l’intérêt de parler de bisounours ou de petites copines de l’école. Ca m’ennuie. Ca m’indiffère. Ca m’exaspère.
Puis, il y a quelques mois, j’ai réalisé. Mes amis sont en couple, certains depuis longtemps, il est donc légitime que le besoin d’engendrer se fasse de plus en plus présent chez eux. Mais que devient l’amitié après l’arrivée d’un enfant ? Je me souviens des réflexions de mon adolescence qui m’avaient mené à cette conclusion : l’amitié, préliminaire de l’amour ? Quand elle était loin, la parentalité des autres semblait envisageable car si peu probable. Mais elle se fait de plus en plus présente et je ne peux qu’imaginer mes amitiés avec un pied dans la tombe. Comment pourrais-je supporter chez les autres, mes autres, ce que je n’accepte pas chez moi ? Comment accepter que mes amis deviennent des parents avant tout autre statut ? Qu’ils soient amoureux avant d’être mes amis, pourquoi pas (et encore !), mais qu’ils soient parents envers et contre tout.
Ce sera le mioche ou moi.
Moi qui ne suis pas du tout Marais et compagnie, cette perspective me réjouit plus aujourd’hui. Quand les autres auront construit une famille, j’aurai peut-être moi aussi réussi à me construire une famille d’adoption.
Je savais que cela arriverait un jour, mais j’espérais repousser le temps au maximum. Alors que le temps s’arrête pour certains d’entre nous, il s’accélère pour d’autres. Sur le quai, un train passe à toute vitesse et me surprend. Il y a plus rapide qu’un train : un mail. Un message anodin en apparence, pour donner des nouvelles. Mon amie d’enfance (la seule qui me reste) est enceinte. On a fait les quatre cents coups ensemble, elle a été ma meilleure amie, ma sœur spirituelle, et bien que nos chemins aient fortement divergé ces dernières années, cette annonce a bouleversé mes souvenirs : elle et moi, c’est bel et bien fini.
16/05/07 - 00:31
Arf, je te comprends, mon amie d'enfance m'a fait le même coup à 22 ans....je ne l'ai pas revue depuis.
Pheel (visiteur)