Ordre ?
L’inadaptation est toujours là, les plaintes forcément présentes, mais j’ai comme l’impression que certains éléments commencent à rentrer dans l’ordre. J’aime cette sensation que les choses s’imposent d’elles-mêmes et que la vie trouve des petits moyens de vous surprendre. C’est un peu comme l’encastrement de l’étoile ou du cube quand on est petit : on ne s’attend pas forcément à ce que ça rentre et, pouf, ça marche. (Et non, pour une fois, pas de métaphore sexuelle – alors que j’aurais pu).
Ma démotivation est évidente au boulot, je réduis mes horaires de jour en jour, m’absente de plus en plus souvent (à cause des insomnies, des entretiens…). Alors mes collègues m’ont parlé pendant plus d’une heure. Qu’est-ce qui se passe ? Tu veux arrêter le stage ? Pourquoi t’es démotivé ? Ca m’a fait un bien fou. Je gardais en moi depuis trop longtemps cette frustration. Je leur ai expliqué qu’au-delà de mon aversion grandissante pour la Défense et le travail, je vivais une crise existentielle et que je ne me sentais pas à ma place à la
Forteresse. Pas évident, avec un profil culturel, de se retrouver dans une grosse entreprise. Je souffre de ne pas avoir d’autonomie (le poids de la hiérarchie est très fort), de ne pas me sentir compétent, de ne pas plus travailler sur de l’éditorial alors que ma compétence, justement, se situe-là. Un recadrage qui m’a permis de vider mon sac et de le remplir de choses à faire. Parce que j’en suis reparti avec du boulot jusqu’à la fin du stage.
Je regrette de ne pas avoir provoqué plus tôt cette discussion. Je me suis laissé noyer par ma crise et vu que je ne me confie pas à mes collègues, qu’
elles ne savent pas que je suis gay, j’ai fait passer le reste de ma vie à la trappe aussi. C’est très con, mais je suis persuadé que si j’avais été outté, je me sentirais mille fois mieux. Il ne me reste plus que six semaines de stage, donc ça ne sert plus à rien, mais maintenant je sais que ça fait partie de mon épanouissement.
Je suis donc soulagé, mais je vis quand même tout ça comme un échec. Un stage longue durée, selon moi, permet normalement de prendre totalement possession d’un environnement de travail et je croyais vraiment qu’au bout de cinq mois je serais opérationnel… Il faut accepter que non ; j’essaie de me consoler en me disant que ce n’est pas que ma faute, c’est aussi parce que c’est la
Forteresse en soi. C’est une question de rencontre. A moi d’être capable, dans le temps qui reste, de faire mieux.
A côté de ça, on me laisse quand même entendre que si je le souhaite je peux être embauché par la suite. Je ne compte pas accepter, mais c’est agréable de savoir qu’on nous veut. J’avais également un mail de
Gérard Gontran qui me proposait de postuler chez lui. Une ancienne collègue d’il y a deux ans, sachant que j’entame des recherches, m’a conseillé de candidater dans sa nouvelle boîte. Et sur l’une des trois candidatures envoyées il y a peu, j’ai déjà eu un entretien pour un autre site très connu… De ce point de vue-là, j’ai de la chance d’avoir autant de propositions (même si aucune n’est à la hauteur de mes prétentions…).
J’ai refusé une offre intéressante pour le site pour lequel j’écris de temps en temps. Autant le poste correspond à ce que je veux, on me proposait un contrat d’auteur (donc moins avantageux qu’un CDD ou CDI) et bien en deçà du salaire que je mérite. Me considérant, malgré mes doutes, en position de force (vivant chez mes parents, je n’ai pas à me précipiter sur le premier boulot précaire venu), je prends le temps de choisir le meilleur poste au meilleur prix. J’ai beau vivre en crise existentielle, autant en voir les bons côtés : j’ai le droit de prendre quelques mois pour chercher ce que je veux faire de ma vie, les sacrifices que je suis prêt à effectuer, et ensuite prendre ma décision.
Entre
la passion et la raison, j’ai donc fini par choisir la déraison. J’ai tout refusé, mis en stand by la possibilité de partir à l’étranger. Ca aussi, ça attendra que je sois plus sûr de moi. J’ai quelques mois devant moi.
Et parce qu’un bonheur n’arrive jamais seul, mon père est parti en vacances pour deux semaines (c’est le paradis, je n’ai jamais vécu dans un lieu aussi propre) et mes cheveux, après seulement deux mois de
traitement, commencent à repousser ! Je devrais peut-être jouer au loto.
«
Soyons réalistes, exigeons l’impossible. »
18/07/07 - 00:18
Si tu abandonnais la culture pour la finance, celle-ci y gagnerait peu et la culture y perdrait incontestablement beaucoup. :-/
Cette heure de discussion avec tes collègues t'a été visiblement bénéfique mais voilà que tu écris comme ils parlent. :))
Didier (visiteur - site web)