Trésor
Amitiés éternelles. On se découvre et on aime en apprendre sur les autres autant que sur nous-mêmes. On sort de plus en plus, c’est excitant, presque transgressif. Le monde s’ouvre à nous. On sait qu’on va aimer, qu’on va baiser. Incertain, le futur est écrit, rythmé par nos quotidiens lycéens.
Indépendance. Je fais ce que je veux avec qui je veux. Premier été de sexe, de découvertes, de vacances lointaines. Les chrysalides se transforment en papillons. Les seins et les jambes se dénudent, les piercings scellent nos juvénilités. Nos vies sont différentes mais sans cesse nous les relions dans nos sorties privées, délires ou fashion. Nous sommes grands.
Notre élan est freiné. Ruptures, tromperies, départs, déceptions. Qui sont nos amis ? Que sommes-nous devenus ? C’est quoi ce monde ? On ne peut plus s’amuser à refaire ce qui se révèle méprisant. De loin, c’est chouette le monde adulte.
De près, c’est dégueulasse. On a beau l’attendre, il n’est que désillusions, exploitation, aliénation. On nous promettait l’indépendance ; c’est la solitude qui gagne. Ils travaillent, se mettent en couple, emménagent, se marient, font des enfants, avec ou sans amour peu importe, mais ils poursuivent ce chemin tout tracé. Ils se referment sur leurs projets. Et les autres, indécis, deviennent de plus en plus de marginaux incompris, dont la seule issue est de faire semblant. Collaborer en apparence à ce monde de chimères, toucher du doigt les paillettes qu’on n’a plus dans les yeux et quitter chaque personne de son entourage, chaque inconnu révélé, avec le goût amer de ce qu’on a perdu.
Les trésors étaient sous nos yeux. Nous regardions ailleurs.
26/10/07 - 19:27
Bonne compréhension de la vie...et exprimé avec beaucoup d'élégance !
hyperion