Dormir un jour
Je n’attends jamais la nouvelle année pour prendre de bonnes résolutions. C’est une coutume qui, comme beaucoup d’autres, est assez superficielle. Par contre il y a des moments dans l’année où j’ai envie de prendre des décisions, de faire bouger les choses, d’avancer. C’est l’état d’esprit dans lequel je suis depuis quelques semaines. Au-delà de ma quête identitaire et de ma recherche d’exploitation par une entreprise, j’ai surtout décidé de tout faire pour guérir de mes insomnies. Tâche ô combien difficile quand on sait que je suis insomniaque depuis… toujours en fait. C’est l’occasion de témoigner sur tout ce que j’ai fait pour tenter (en vain), de m’en sortir.
15 mars 2005. Sous les conseils d’
Angelounet, j’appelle le centre du sommeil de Paris, situé à l’Hôtel-Dieu. Comme j’ai toujours de la chance, j’ai alors appris que je les contactais le jour de l’année où ils sont le plus chargés de travail : c’était le jour officiel du sommeil. L’attente sera longue, il y a beaucoup de demande m’annonce-t-on. Effectivement, j’ai presque attendu un an vu que mon premier rendez-vous a eu lieu le 19 février 2006 (oui, j’ai une bonne mémoire des dates). C’était d’ailleurs particulièrement douloureux car on m’avait donné rendez-vous vers 8h du matin… horaire que je trouve étrange pour des patients souffrant d’insomnie. Mais bon.
La doctoresse qui s’occupe de moi est assez jeune, je la trouve agréable, bien que réservée. Lors des premières séances, elle semblait plutôt optimiste quant à la suite des événements. J’ai tout de même été surpris par sa volonté de traiter mes insomnies par rapport à mon environnement proche sans prendre en compte le fait que mes problèmes datent et sont assez variés. C’est-à-dire que, quand je l’ai vue les premières fois, j’ai exprimé le fait que j’étais plutôt déprimé et elle a direct associé ça aux insomnies. Mais que je ne dorme pas non plus quand ça va, elle s’en fout. C’est pratique.
Elle m’a prescrit ce que je prenais déjà, à savoir du Lexomil, mais elle m’a fait passer au bout de quelques mois du Noctran au Stilnox, médicament que j’avais arrêté de prendre à Londres vu que c’est celui-là qui me faisait complètement délirer. L’avantage du Stilnox (par opposition au Noctran), c’est qu’il ne fait effet que quatre heures et est préconisé pour les problèmes d’endormissement (donc en gros, quand je me réveille la nuit après ces fameuses quatre heures, je n’ai plus qu’à me toucher jusqu’à en saigner).
Elle m’a fait faire des tests. La prise de sang n’a rien révélé. J’ai rempli un agenda de sommeil qui m’a marqué parce qu’il a prouvé, d’une part, la différence entre mon rythme « naturel » et celui imposé par une personne travaillant « normalement ». En gros, le week-end, je peux me coucher à l’heure à laquelle je me lève le lundi… D’autre part, je devais également noter sur cet agenda quand j’étais fatigué. Résultat : je suis tout le temps fatigué. Le papier était rempli des petits ronds symbolisant mes coups de barre.
J’ai également porté une sorte de montre (actimetrie) pendant 10 jours. Celle-ci a permis de mesurer mes périodes d’activité, de calme et de sommeil. Intéressant, mais Mme Dodo en a conclu que je dormais assez, puisque souvent aux alentours de six ou sept heures par nuit. Sauf que moi, bordel, après sept heures de sommeil, je suis crevé ! C’est quand même pas compliqué de comprendre qu’on n’a pas tous les mêmes besoins dans ce domaine-là, si ? Elle m’a aussi appris que j’étais plutôt du soir. Ah ouais, sans dec, j’avais pas du tout réalisé ça avant dis donc. Petit détail qui m’a amusé sur les résultats, elle ne m’en a pas parlé mais je l’ai déduit tout seul, on peut voir les périodes d’activité sexuelle puisque on distingue très nettement une forte activité physique juste avant le coucher et le sommeil… ;)
Avec le rythme du stage, mon sommeil a commencé à se réguler un peu. Je supportais à peu près la fatigue de la semaine et je récupérais le week-end (le quotidien de nombreux mortels, quoi). J’ai même commencé à réduire la posologie de mes somnifères et je croyais vraiment, à ce moment-là, que le fait de travailler était le remède miracle à mes soucis nocturnes. Jusqu’à ce que ça bascule dans
l’horreur. Comme à Londres, j’ai senti que plus j’étais fatigué, moins je dormais. Un cercle vicieux intolérable qui a malheureusement eu des répercussions sur ma vie professionnelle. Je me souviens même avoir appelé, à 3h du matin, complètement shooté et désespéré, le centre du sommeil, comme si c’était une écoute pour âmes en détresse. Je n’ai trouvé au bout du fil qu’une voix pâteuse qui m’a dit de rappeler de jour, quand le médecin serait là.
Alors on a fait d’autres tests. En septembre, j’ai passé une nuit avec des électrodes branchées partout sur moi pour analyser mon sommeil. Ce n’était pas franchement génial de dormir avec ça, j’avais l’impression d’être un cobaye mais j’espérais vivement qu’on trouverait quelque chose, qu’on me découvrirait une maladie et donc le traitement qui irait avec. Ne plus être un insomniaque anonyme parmi tant d’autres, mettre un nom sur mon ennemi pour enfin pouvoir le combattre.
« Vous avez un bon sommeil ». Je mets des heures à m’endormir et j’ai besoin de nombreuses heures de repos mais, une fois que je dors, j’ai un sommeil réparateur.
Lors des dernières consultations, j’ai senti que Mme Dodo était un peu perdue face à mon cas. Je n’ai pas de raison physique, mis à part mon décalage de phase, de ne pas dormir, je ne réagis pas bien aux traitements… Alors j’ai décidé de tenter le tout pour le tout. Sachant que c’est le problème principal de ma vie, mon handicap personnel et professionnel, je me suis dit que je devais mettre à profit mon chômage pour tenter de régler ça.
Tout d’abord, j’ai adopté une nouvelle
hygiène de vie. Je m’interdis de m’allonger la journée (chose que j’adore faire pour lire ou regarder la télé) afin que mon corps différencie plus facilement le jour et la nuit. Je fais du sport tous les jours pour être sûr d’être fatigué. J’éteins tous les écrans (ordinateur, télé…) au moins une demi-heure avant de me coucher car toute cette luminosité est énergisante.
Surtout, j’ai enfin accepté de suivre une cure de luminothérapie. Tous les matins pendant trois semaines, il faut s’exposer à une lampe très vive qui libère de la sérotonine pour ensuite, le soir, mieux libérer la mélatonine (hormone du sommeil). Je n’avais jamais réussi à le faire avant parce que me lever une heure plus tôt pour rester planté devant une lampe alors que j’ai déjà un mal fou à me lever à temps pour bosser, c’était irréalisable. Mais étant au chômage, tout devient possible (!). Tous les jours à 10h donc, j’ai pris un bain de lumière. Cela ne m’a absolument pas fait dormir le soir, mais il est vrai que c’est énergisant et que j’ai mieux vécu les journées qui ont suivi (et, en prime, ça met de bonne humeur !). La troisième et dernière semaine, cependant, j’ai eu un mal fou à me lever, la fatigue s’accumulant, et le jour qui a suivi le traitement je me suis retrouvé, une fois de plus, avec mon décalage de phase de merde qui m’empêche de dormir avant 4h du mat’. Mon corps est vraiment mal foutu !!!
Dernière étape pour mieux dormir : cinq séances de sophrologie du sommeil. Ca a été une révélation pour moi. Je voulais, depuis des années, travailler sur mon souffle, faire de la relaxation, canaliser mon énergie : c’est chose faite grâce à ces séances. Malheureusement, aucune amélioration du point de vue du sommeil non plus. Cela dit, ça m’a permis de rencontrer des gens ayant les mêmes troubles, les mêmes difficultés dans la vie, et ça a donc été un « soulagement » de se sentir moins seul ainsi que d’avoir enfin une écoute compréhensive loin des « mange une pomme et bois un verre de lait ».
Après presque un an de traitements divers et variés, j’en arrive à une triste conclusion : le centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu n’a pas réussi à me guérir. J’ai tout testé et j’en suis toujours au même point.
Cependant, il est possible aussi que tous ces efforts, cette nouvelle hygiène de vie, ne portent leurs fruits qu’avec le temps. Car plus l’insomnie est installée, plus il est long de rééduquer son corps.
Alors, je ne m’avoue pas vaincu. Je vais continuer à faire de la sophrologie, car il est incontestable que cette discipline, malgré sa simplicité d’application, m’a beaucoup apporté en très peu de temps. Ensuite, je vais tester l’acupuncture et probablement me tourner vers un spécialiste du sommeil. J’ai une copine de classe qui s’est retrouvée par erreur chez un acupuncteur alors qu’elle voulait voir un nutritionniste, et, après la séance, elle n’a plus eu faim pendant trois jours !
Malheureusement, tant que je n’aurais pas fait de progrès dans ce domaine, j’aurai une vraie barrière face au travail. Barrière que je vais peut-être bientôt défoncer à mes risques et périls… En attendant, j’oriente ma psychothérapie là-dessus. « Vous retrouverez le sommeil », m’a affirmé Mamie Vital. J’espère le trouver tout court.
Flèche vers le bas = moment du coucher ; flèche vers le haut = moment du lever ; hachures = sommeil ; cercle = fatigue ; note de qualité de la journée et de la nuit sur dix ; médicaments éventuellement pris pour dormir.
21/12/07 - 19:38
Aaaaaaaah les fiches de sommeil... J'ai toujours oublié de remplir les miennes... Sinon manger un yaourt avant de dormir (un laitage sucré) est apparemment pas mauvais pour s'endormir. Et ne pas hésiter à faire des siestes dans la journée (selon mon médecin) quand on se sent vraiment fatigué.
anaximandre