Union sacrée
Un couple. Je les surprends par la fenêtre. Ils s’embrassent et se caressent. Je ne distingue pas leur visage. Les bras de la femme autour du cou de son homme ; un dos légèrement cambré qui me laisse penser qu’il est sportif.
Ils vont faire l’amour. Et moi pas. Cette vision intime réveille un désir. Je suis, ces dernières semaines, entré dans une nouvelle phase de célibat : celle qui pousse à sortir, de chez soi et de sa zone de confort, celle qui donne envie de surprendre. J’ai donc osé plus souvent, accompli de nouvelles choses, allant jusqu’aux limites de moi-même.
Alors oui, j’aimerais être une pute, sucer des bites dans des cabines d’essayage, gober des inconnus en soirée, consommer le sexe comme n’importe quel autre produit essentiel, jouir sans entraves et profiter de la liberté qui m’est due. Etre un pédé comme les autres, en somme. Mais ce n’est pas moi. Si la vision me séduit, c’est qu’elle me transmet une image idéalisée, sans barrières – soit l’opposé de ce que je suis vraiment. Et bien que certaines soient difficiles à vivre, d’autres sont mises en place pour me protéger et me permettre d’avancer plus sûrement. Malgré le poids d’une génération (?) qui banalise la sexualité, je suis dans l’incapacité de céder à cette culture – pour moi, l’attirance n’est pas innée, elle se construit. Il convient donc de continuer à sacraliser le corps sans pudeur abusive, en adéquation avec mes valeurs. Débauché, enivré, désinhibé, je peux gober un village people lors d’une fête. Mais ce n’est pas parce que je le peux, que je le veux et que je le dois. Je n’ai pas à me travestir pour me prouver quoi que ce soit.
La vraie liberté n’est pas d’enchaîner les conquêtes ; c’est accepter de faire ce dont j’ai envie, au moment où cela se présente, avec la personne qui convient. Même si cela apporte des surprises.
La liberté n’est pas que dans le corps, elle est aussi dans le cœur. Progressivement, je m’autorise de nouveau à aimer. C’est effrayant et douloureux mais en m’affranchissant des systèmes préconçus je prends de nouveau contact avec mon âme, me sens vivre. Or, n’est-il pas plus sain d’être régulièrement en soi-même que dans les orifices de nombreux inconnus ?