L'amour au travail
Le Garçon papillon - Pierre et Gilles
Aimer son boulot, je n’y croyais plus. J’avais une sombre image de l’avenir : bosser plus de quarante ans, vendre mon âme à une entreprise et gâcher mes journées… J’avais oublié qu’on pouvait partir bosser en se sentant bien.
C’est ce qu’il se passe. Je suis content de partir le matin, je suis même frustré le soir en rentrant chez moi. Je suis intéressé par ce que je fais, il y a des tâches assez basiques, d’autres plus enrichissantes intellectuellement, c’est exactement ce que j’aime, un mélange de choses simples et compliquées. On m’a cependant donné beaucoup de choses à faire. J’apprécie énormément la confiance que la rédac chef place en moi, je réalise chaque jour la chance que j’ai, mais le défi est tout de même ardu. J’ai repris trois postes, certes allégés, mais ça ne rentre pas dans un emploi du temps normal. Et même en faisant des heures sup’, je ne m’en sors pas ! Du coup j’ai un mal fou à penser à autre chose quand je sors du boulot, j’en rêve même la nuit… En tout cas je me rends compte que j’ai fait le bon choix : je ne pouvais pas trouver un poste qui me corresponde plus que celui-là.
En plus j’adore les gens avec qui je bosse. Il y a une super ambiance, on a tous entre 25 et 30 ans, tout le monde connaît mon humour libidineux et mon penchant pour la bite. Pour une fois dans ma vie, je me sens à ma place. En retournant bosser pour ce site, j’ai la sensation de rentrer dans mes propres vêtements. Quand j’étais à la
Forteresse, j’avais l’impression de me travestir, je me suis perdu moi-même à trop vouloir une expérience différente de moi. Là, je suis chez moi.
Et je me révèle même à moi-même. D’habitude plutôt timide, je suis tellement de bonne humeur que j’en deviens sociable. Constatant avec effroi que beaucoup prenaient leur pause déjeuner en restant devant leur ordinateur (super la pause), j’ai proposé qu’on déjeune tous ensemble dans la salle de réu, comme à l’époque où j’étais en stage. Résultat, je sens que les gens m’apprécient. C’est ça qui est agréable : d’être aimé. Ce que je vais dire va paraître exagéré et particulièrement décalé par rapport à la personnalité que j’affiche depuis des années, mais j’ai l’impression de faire partie d’une famille. Quelle autre explication donner à l’attachement que nous avons les uns pour les autres alors que nous sommes si différents ? En arrivant, la rédac chef me fait la bise, de nombreux hétéros aussi ; c’est tout bête mais j’ai compris que prendre le temps de dire vraiment bonjour aux gens pouvait apporter du bonheur. Du coup, j’applique le même procédé : je fais la bise à tous ceux dont le bureau est proche du mien (je ne peux pas le faire à toute la rédac vu que nous sommes une trentaine) et je sens que la journée commence bien.
Et puis, je suis entouré de beaux garçons. Où que je pose le regard, il y a un beau gosse dans mon champ de vision, c’est loin d’être désagréable. L’un deux, le secrétaire de rédaction, est le petit ami pas totalement officiel de la rédac chef. Ca a un peu été un choc quand je l’ai appris parce que je l’ai toujours soupçonné d’être, sinon bi, tout du moins hétéro flexible. Je n’ai jamais réussi à savoir s’il plaisantait ou pas quand il me disait des trucs bizarres il y a deux ans…
M’enfin ce n’est pas grave du tout, parce que j’ai un nouveau crush. A ma gauche, le plus beau mec de la rédaction, j’ai nommé Artémis ! Quand je l’ai croisé pour la première fois en septembre, j’ai complètement été troublé par sa beauté. De beaux cheveux, des épaules bien carrées, un regard pénétrant. Quand ce mec me regarde, je suis transporté. Alors quand j’ai appris qu’il était gay, je n’en pouvais plus ! Dès qu’il s’est mis à parler, il m’a de suite moins plu car ses dents ne sont pas aussi parfaites que mes critères l’exigent. Mais je reste troublé par lui, par la perfection de ses traits. C’est un vrai plaisir de l’admirer du coin de l’œil. Et quand je rentre dans la rédac après l’une de mes cinquante pauses pipi de la journée, mon cœur s’emballe à la vue de cet éphèbe à deux mètres de moi. En fait, ce qui me plaît en lui, c’est son indifférence. Je sens qu’il n’en a rien à foutre de moi. Il a un copain, il peut se lever n’importe quel mec vu son physique, il est overbooké, du coup jamais il ne me regarde avec désir, je le sens. Et ça m’attise. Je me complais totalement dans cette frustration. C’est nouveau pour moi, d’habitude je déteste mater, quel est donc l’intérêt de regarder un gâteau au chocolat si on ne peut le manger ? Mais là, j’ai tellement conscience que cette pâtisserie est plus appétissante que goûteuse, j’aime tellement l’idéaliser que je ne voudrais surtout pas qu’il se passe quoi que ce soit entre lui et moi, même si nous étions célibataires. Je sens que moralement il ne me correspond pas. Et puis, dans le fond, il s’avère moins beau qu’
Angelounet. Alors il restera ce fantasme à côté duquel je me sens moche avec mes lunettes et mes cheveux mal coiffés. Je continuerai à lui donner un coup d’œil de temps en temps à défaut d’un coup de bite.
20/01/08 - 17:47
Je suis très heureux de voir que tu as repris l'initiative dans ta vie, et heureusement.
Le reste me fait bien sourire. A quand une procédure de recrutement des stagiaires spécialement conçue pour te trouver un petit ami ? ;-)
fanougreenboy