Entremetteurs
Lorsqu’on bascule dans le célibat après des années de couple, les gens s’imaginent qu’on plonge du même coup dans la solitude, la tristesse, la dépression, et toute une panoplie de sentiments négatifs qui font passer les cimetières pour des dancefloors. Certes, on ne peut être heureux juste après une rupture. Mais ça ne veut pas pour autant dire qu’on veut de suite se remettre en couple. Beaucoup ont du mal à croire qu’on puisse s’épanouir seul. Pourtant, comme je le dis depuis toujours : pour être heureux à deux, il faut d’abord être heureux seul.
C’est dans cette optique que je suis, celle de me reconstruire comme un grand, afin de devenir meilleur et cesser de proposer à l’autre les plus sombres abysses de mon âme. Et bien que cela soit noble, les gens ne supportent pas cette vision de la solitude. Alors, à chaque fois qu’ils apprennent que je suis seul, ça ne loupe pas, ils veulent me caser.
« Et Artémis alors ? Il te plaît pas ? Hein ? »
Forcément, le plus beau de mes collègues est gay et on s’entend bien, alors les questions ne loupent pas à l’occasion. Même s’il ne me laisse guère indifférent, parce que j’aime la beauté en soi, je ne suis pas plus perturbé que ça… Son physique n’est pas aussi parfait qu’il semblait l’être au début et son tempérament, s’il s’accorde bien avec moi en tant que pote, ne m’attire pas en tant que mec. Ajoutez à cela le fait qu’il ait les yeux qui brillent dès qu’il parle de son copain et mon cerveau le classe de suite dans la catégorie « ami ». Bon, d’accord, je suis en manque et s’il dormait dans mon lit, je n’irais pas dans la baignoire, c’est vrai. Mais son amitié me convient. Et puis, il y a le stagiaire hétéro taciturne avec des lèvres de suceuse qui a détourné mon attention.
Au-delà de ces pseudo-crushs qui servent juste à pimenter la vie de bureau, il y a les copines qui veulent absolument vous présenter leur ami gay « super sympa » avec qui on s’entendrait « super bien ». Alors là ma cocotte, je t’arrête tout de suite : je n’ai pas renoncé à mon ange pour me lancer dans des
dates aussi foireux que dans Sex and the City. Les gens comprennent-ils ce que signifie « je veux être célibataire » ?
Certaines sont tenaces. La semaine même où nous avons rompu, et alors que nous n’avions pas encore totalement officialisé la chose, je me suis retrouvé avec un couple de collègues et leur ami gay récemment célibataire. Et deux semaines plus tard, un dîner a été organisé avec, comme par hasard, le même garçon. Pourtant je les avais prévenus, mais je me suis trouvé un peu malgré moi embrigadé là-dedans.
Ledit garçon est très sympa et, effectivement, nous avons le même genre d’humour. Comprendre par là qu’il parle de cul sans arrêt, même plus que moi ; j’étais limite choqué par ses questions indiscrètes. Du genre, il évoque la sodomie en me demandant ensuite de préciser si je la pratique, et si l’anulingus me rebute ou pas ! Perturbant, car d’habitude c’est moi qui contrôle ce genre de sujet et qui met les autres mal à l’aise. A travers ses questions et son comportement, je crois percevoir qu’il est intéressé. Du coin de l’œil, je remarque qu’il m’observe attentivement. Surtout, ses amis ne manquent de me demander le lendemain : « Alooooooooooors ? Il t’a plu ? Tu veux son numéro ? ».
Que je lui ai plu ou pas importe peu. Le fait est que, moi, non, je ne me suis pas senti attiré du tout. De toute façon, pour qu’un mec me plaise vraiment, il faut attendre un alignement planétaire. Alors d’ici-là, je reste confronté à tous ces couples qui vomissent leur bonheur éphémère sur vos chaussures et qui veulent absolument ne plus ressentir de pitié pour vous.
En fait, tout ce qu’ils veulent, c’est ne pas culpabiliser lorsqu’ils se lèchent la gueule devant vous, pauvre petit être solitaire. Parce que ça, c’est vrai que c’est très chiant. Casé ou pas casé, heureux ou déprimé, je n’ai jamais aimé les couples. Ca se bécote, ça se dit des mots doux, ça se colle l’un à l’autre et surtout ça perd son individualité au point de devenir des frères siamois ridicules, un monstre à deux têtes, incapable de se tenir en public. Si au moins ils baisaient devant mes yeux, m’offrant la seule expression intéressante de leur amour : une bonne bite en érection. Mais non, on vous montre qu’on s’aime, mais pas notre intimité. Super.
Je hais les couples. Et je les hais tout court.
03/04/08 - 23:26
Faut-il écouter William Sheller?^^
heimdall