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Malgré le manque de confiance qui m’envahit régulièrement, il y a certaines qualités que j’estime faire partie de moi. Je pense ainsi être quelqu’un d’authentique. Plus qu’un trait de caractère, c’est finalement une valeur à laquelle je ne pense pas toujours, mais qui me permet de garder une certaine forme d’intégrité et qui est, à coup sûr, une qualité que j’apprécie fortement chez les autres.
J’ai toujours détesté l’hypocrisie. Je ne comprends pas comment les gens faux peuvent se regarder dans la glace en se jouant des autres. Certes, la manipulation est jouissive ; on se sent maître du monde et supérieur. Mais on ne doit au final que lier des relations superficielles et être bien seul.
C’est bien beau de se vouloir entier en toutes circonstances, mais même le mec le plus sage du monde se retrouve un jour ou l’autre dans une position ambiguë. C’est bien connu, l’être humain n’est composé que de multiples facettes et il tente de montrer celles qui le mettent le plus en valeur en fonction de qui l’entoure. Je ne fais malheureusement pas exception à la règle.
Ainsi, je veux toujours montrer que je suis un garçon sérieux et organisé, mais qui sais aussi être taré. M’étant toujours senti très différent des autres (que ce soit pour la nourriture, la sexualité, la conception des relations…) j’ai pris le parti de faire une force de ma singularité plutôt que de la subir. Ce n’est pas toujours facile de clamer qu’on n’aime pas les enfants, qu’on n’absorbe ni alcool ni fromage, qu’on n’aime pas ses parents… Cela ralentit plus ou moins la possibilité de l’intégration dans une communauté. Mais je pars du principe que se changer soi-même pour mieux y parvenir ne me rendra pas heureux. J’ai déjà essayé, avec la sensation, à chaque fois, de me fourvoyer. Ca n’empêche pas de se dépasser et de se surprendre par moments, de faire comme tout le monde juste une fois de temps en temps ; mais seulement parce que le désir vient de moi – et de moi seul.
Malgré mon caractère bien trempé sur certains aspects, j’ai tout de même du mal à accepter les étiquettes. Je suis le premier à en mettre, à souhaiter que chacun ait une sexualité aussi claire que la mienne par exemple (stupide, j’en ai totalement conscience). C’est parfois un avantage : on dit parfois de moi que je suis cultivé. J’ai l’air tellement sérieux, je bosse dans la culture, j’ai fait de longues études, je fais peu de fautes, je porte des lunettes… A l’opposé, j’apparais comme une tapette volante superficielle qui n’aime que les musiques pour adolescents et les émissions de téléréalité. En fait j’ai une étiquette typique de pédé ! Bien que l’aspect cultivé de ma personne soit une supercherie (ayant grandi dans un foyer inculte jamais je ne pourrais considérer le peu de savoir que j’ai comme suffisant), je me complais dans cette double description : je veux être un garçon superficiel et profond à la fois. Quand les gens me font remarquer que j’ai des goûts de merde mais que mon sens de l’analyse est fin (tiens, ça n’est pas arrivé depuis longtemps), je me sens complet. Je me dis que la personne en face a su aller plus loin que la première impression qu’elle a eue et a su me cerner un minimum.
Cependant, on ne peut contrôler son image. A fortiori si on veut être authentique ! Je remarque que, plus les gens vieillissent autour de moi, et plus ils prennent un rôle. Je faisais le compte l’autre fois dans ma tête et je me suis aperçu que j’étais gêné par les grossiers traits de caractère de la plupart des gens que je côtoyais. Il y a les sérieux, les logiques, les maniaques, les râleurs, les superficiels, les fous, les sociables, les coincés, les dévergondés… Et malgré la richesse que je souhaite obtenir de toutes mes relations, chacun est devenu trop entier, indivisible, résumable. Fini. Une seule direction de caractère, totalement prévisible et donc nettement moins intéressant. Mais quand a-t-on cessé d’être fait de nuances ? Quand on se trouve soi-même, on cesse de tergiverser dans ses personnalités ? Ou au contraire est-ce parce qu’on a été incapable de savoir qui on était qu’on a dû adopter un rôle ? S’intégrer à une communauté suppose-t-il nécessairement la réduction à un seul trait caractéristique de l’individu ?
Tellement de gens deviennent ce que j’appelle des personnages de dessins animés. A mes yeux, ils en sont risibles tant ils sont une caricature d’eux-mêmes. Où est la limite entre soi et l’image de soi ? A vouloir parfois m’intégrer, parfois me démarquer, est-ce que je ne vais pas trop loin dans ce que je suis au point de me perdre ? Quand je râle sans cesse et que je refuse obstinément de faire la même chose que le commun des mortels, est-ce qu’à un moment je me suis vraiment demandé si c’était ce que je voulais ? Quand je suis sociable et flexible, ne vais-je pas à l’encontre de certaines valeurs ? Ne suis-je pas finalement devenu un personnage de dessin animé ? Un ersatz de moi-même ?
C’est la position que j’occupe au sein de la
Ruche qui a fait germer cette interrogation. En effet, j’y suis à la fois assistant de rédaction et responsable éditorial. Pour mon premier poste, je dois jouer à la parfaite petite secrétaire et obéir à ma rédac chef. Pour le second, je dois gérer une petite équipe de stagiaires, prendre des décisions éditoriales, former les gens, les accompagner. Tout au long de la journée, je dois faire le grand écart entre ces deux fonctions et je sens que le regard des gens s’y perd. Il y a ceux qui me prennent un peu de haut, parce que je suis une lavette. Et ceux qui semblent impressionnés par ce qu’ils imaginent être une importance hiérarchique. Pour ne pas avoir à affronter le problème, et parce que depuis la
Forteresse j’ai un souci avec cette débile grandeur qu’on attribue aux gens dans le cadre de l’entreprise, j’ignore la notion. Il n’y a pas de hiérarchie qui tienne ; seule la validation éditoriale compte. Ma rédac chef n’est pas une déesse et mes stagiaires ne sont pas des larbins. Si j’ai une maxime dans le travail, c’est celle-ci : faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
Mais à force de ne pas me prendre au sérieux, est-ce que les gens n’en viendraient pas à faire de même ? C’est moi ou ma stagiaire passe son temps à aller à l’encontre de mes décisions, au point d’aller directement voir le rédac chef adjoint pour faire accepter ce qu’elle veut au lieu d’en discuter avec moi ? Je suis parano où on ne me donne plus aucune responsabilité éditoriale ?
L’autre jour, je disais à une collègue que j’avais très bien vécu ma période de « chômage » parce qu’elle m’avait laissé le temps de faire plein de choses comme aller au musée. Et là, elle me rit au nez : « depuis quand t’aimes ça toi ? ». Dans la mesure où elle est entrée dans ma vie après ma révélation culturelle londonienne, je suis tombé des nues. Si quelqu’un que je pensais connaître (et vice-versa) me réduit à des paillettes, qu’en est-il des autres ? Artémis ne me propose plus jamais aucune critique ; et pour commenter la dernière réalisée, il m’a avoué qu’il avait peur que je m’enthousiasme trop pour des oeuvres qu’il jugeait peu dignes d’intérêt. En gros, il croit que je n’aime que les trucs de merde et que je n’ai aucune objectivité, moi qui ai toujours eu à cœur de modérer mes propos au maximum.
Ce n’est finalement peut-être pas à cause de mon potentiel culturel que le bât blesse. J’ai tellement eu l’impression de respirer et de pouvoir être moi-même au sein de la
Ruche que j’ai bien trop mis en valeur un aspect de ma personnalité : celui du sexe. J’ai cette faculté d’avoir non seulement l’esprit très mal placé, mais en plus de le faire savoir à tout le monde. L’équipe étant particulièrement jeune, les mecs plutôt mignons, mon quotidien consiste à faire des propositions indécentes à tous les pantalons qui passent, à parler de ma vie sexuelle et amoureuse avec la même facilité (et dans les mêmes détails) que de mon dernier repas. Je suis le pédé obsédé de service. C’est ce rôle-là que je joue dans mon groupe d’amis aussi, mais on a tous tellement partagé de choses que je pense être plus reconnu pour mes autres qualités que pour celle-là. Alors que dans la
Ruche, à force d’évoquer le cul, j’y suis resté coincé. J’ai même fait l’expérience d’éviter d’en parler ; tous y font alors référence à ma place, viennent vers moi dès qu’un jeu de mots douteux est possible. Je me suis transformé en guignol de service. Si la rédac chef est la reine du site, moi je suis son bouffon.
Je ne supporte pas d’être cantonné à un rôle. Et je refuse également les étiquettes des relations. C’est très pratique de classifier les choses, de ranger les gens dans des petites boîtes, c’est rassurant : voici ma meilleure amie, mon ex, mon collègue. Sauf que les sentiments ne sont pas catégorisables et délimitables. On peut aussi être comme membres d’une même famille, bosser et s’aimer, coucher ensemble sans être en couple. Si j’aime l’ordre, j’apprécie encore plus les nuances. Mais les personnages de dessins animés ne les comprennent pas. La plupart des gens qui ont su, quand je me séparais d’Angelounet, que nous avions décidé de rester proches, ont pris un air de je-sais-mieux-que-toi-je-suis-passé-par-là : ça ne marchera jamais. Dans leur esprit, un couple qui rompt doit nécessairement voguer sur des eaux différentes. Ce n’est pas viable, le jour où l’un de vous refera sa vie, il faudra rompre une deuxième fois. Moi je dis fuck. Je me fous de savoir que les autres n’ont pas réussi à rester amis avec leur ex, qu’il faut une période réglementaire avant de se revoir, et pour autant je ne suis pas certain de la réussite de notre branlante décision ; mais je refuse de croire que les règles relationnelles sont immuables et scientifiquement prouvées.
Il faut gérer ses craintes, prendre des décisions, se justifier auprès des autres. C’est épuisant. Je devrais certainement apprendre à faire abstraction des avis de l’entourage. Me consacrer à moi plus qu’à leurs yeux. Etre indépendant sans pour autant me couper des autres. Encore une nuance.
Pour appliquer les conseils de mon nouveau psy et prendre mon indépendance, il va pourtant falloir que je montre patte blanche et que je colle une étiquette de recevabilité sur mon dossier d’agence : je compte emménager dans un appartement prochainement. Et c’est dans celui de mon ex.
18/05/08 - 20:35
...la vie peut sembler bien compliquée sous le prisme de notre cher Diabolito !
Je crois que l'on commence à devenir heureux et à profiter de la vie quand on arrête de se poser des questions car de toutes façons on s'est apperçu que l'on ne pourra jamais y apporter les réponses satisfaisantes que l'on espère !
Il faut peut être envisager de s'intéresser un peu à la philosophie...pour moi ça été le déclic !
hyperion