Entre deux
Depuis tout petit, je marche à mon rythme. Quand ma mère voulait que j’avance plus vite, je refusais d’allonger mes jambes d’enfant pour atteindre une vitesse adulte. Lorsque mes amis traînent, je les pousse en avant. Et quand les parisiens font leurs provinciaux, je peste contre la lenteur des autres tout en remettant en cause cette vie trop bourdonnante.
Il est parfois difficile de savoir quel chemin prendre, comment l’emprunter et à quelle vitesse. Les tergiversations sont toujours présentes en de telles occasions mais je crois qu’en grandissant, je me prends tout de même un peu moins la tête. Et je me dis que, quoiqu’il arrive, je saurai y trouver du positif.
Le bonheur, je le touche. Etrange comme une période particulièrement trouble me permet de m’épanouir. Avoir été acculé dans des situations inconfortables et douloureuses m’a forcé à évoluer, à me poser les questions différemment pour aboutir à des réponses existentielles ou à de bonnes pratiques.
Rétablir le lien avec le corps, avec les autres, avec soi. Essayer, puis essuyer.
Il en résulte que je vis de plus en plus fréquemment des moments de sérénité. Quand, il y a peu, je me retrouvais en larmes sans aucune raison, je suis à présent frappé par des moments de grâce qui me laissent penser que, putain, j’ai de la chance dans mon malheur. Je me sens alors à la fois absent et plus présent que jamais. Tout est clair sans être éblouissant. J’entre en résonance avec tout ce qui m’entoure à ce moment-là, que ce soit le métro, les feuilles, l’ordinateur ou les gens. Chaque chose est à sa place.
Et j’avance à une vitesse différente. Personne d’autre ne peut le voir – c’est subtil. C’est comme si tout autour de moi était en accéléré, ou alors au ralenti ; en fait, je ne sais pas. Mais je suis là, comme connecté. Je deviens illuminé.
La sérénité, le sens, la grâce… peuvent être atteints par l’art, les émotions, les réflexions, les contacts : une voix angélique, une image hypnotique, une musique entraînante, un baiser.
Et puis un élément perturbateur survient. Interne ou externe. Il me ramène à la réalité. Le métro ne me semble plus évocateur du destin, les arbres sont des cadavres, je travaille sur une machine aliénante et l’autre n’est qu’un corps sans âme.
Le gun est armé, la roulette a tourné, le viseur est pointé.
Je prends le pouvoir.
Dois-je tirer ?
07/12/08 - 00:18
;o) Très joli texte !
Marg. (visiteur)