...Blog à ne pas lire...

11/12/2009

11/12/09 - 01:05

Trash

Il touche mon cœur avec son doigt. Je le sens battre contre sa peau, le sang qui gicle sur lui, mes poils coincés dans la poitrine.

Deux doigts pour me pénétrer, puis la main, puis deux mains. Mes entrailles s'ouvrent avec fracas, mes os éclatent, mes boyaux pendent. Il arrache tout avec ses doigts, ne laisse que quelques organes et filaments frémissants de chaleur.

L'autre enfonce une lame dans mon dos. Elle brille du même éclat que ses yeux à l'insertion, pleure en ressortant comme des larmes de sang coulent sur son visage. Il pèle chacun de mes muscles comme un fruit tendre et juteux. Il aiguise son arme contre mes omoplates et me coupe les bras.

Je ne suis qu'une tête posée sur une colonne vertébrale branlante. Ma bite et mes couilles se balancent à la vue de tous. Tout le monde rit de voir cet être fragile dégingandé offrant le peu d'intimité qui lui reste sur la scène. Je ne suis qu'un déchet dont plus personne ne veut.

Je suis un chien sur la route des vacances. Je souffre de la chaleur, le transport me donne la nausée. Mes maîtres me sortent pour un petit pipi. On me fait des câlins, me caresse, me donne des bisous. Je t'aimerai toujours.
Je me dégourdis les pattes, la voiture démarre et s'éloigne, sans moi. Pendant qu'ils sont à la plage, qu'ils s'amusent et dorment paisiblement, moi je lutte sur la route.

Jusqu'à ce qu'on me recueille dans un refuge où il y en a des milliers d'autres comme moi. La banalité de l'abandon estival.
Je ne suis ni le plus jeune, ni le plus beau et j'ai été blessé par mon chemin sur l'autoroute ; je finis mon périple après une injection de sommeil éternel. Ce n'est pas le vétérinaire que je vois pour la dernière fois, ni les instruments de torture métallisés. Je repense à mes maîtres, à ceux que j'ai aimés, jusqu'à cette dernière seconde embrumée.

Leur image hante encore mon cerveau de chien mort alors qu'ils vivent pleinement et que mon corps sec et froid chute lourdement au fond de la poubelle.

"Je t'aimerai toujours."

commentaires

11/12/09 - 01:44

-Trés beau texte.............. -dérangeant et donnant matiére,si on le peut,à réfléchir............

11/12/09 - 03:47

"Je t'aimerai toujours."

Le plus sot est d'y croire car pratiquement inconcevable pour l'humain et même pas imaginable pour des latins. :)

11/12/09 - 06:37

Tu es vraiment dans la délectation morose tu sais....
Bizoux.

11/12/09 - 11:38

Brrr mais c'est horrible cette métaphore... :-(

11/12/09 - 18:38

Ca peut sembler absurde un chagrin d'amour : on ne peut s'empêcher d'aimer celui qui nous fait tant souffrir... et nous traite tôt ou tard comme de la m***, mais ça ne suffit pas pour nous guérir...

Rare qu'un texte le rende aussi bien !

12/12/09 - 04:32

Lucolivier > C'est de la sublimation, et vu à quel point tu fais dans le "trash", j'aurais pensé que tu comprendrais !

Didier > Le "Je t'aimerai toujours" est aussi une métaphore, il ne m'a jamais dit ça, mais c'est plus parlant et universel que "Tu es la personne la plus importante de ma vie". Même si, ça aussi, c'est débile d'y croire...

12/12/09 - 23:43

@ Jonathan > Certes, tu manies aussi bien l'allégorie que la métaphore. :)

14/12/09 - 00:24

Je connaissais et je déteste. Parce que criant de vérité et ça, ça fait mal...

20/12/09 - 13:12

c'est très beau, criant de vérité et de vécus.

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Jonathan, 27 ans, consultant éditorial.
Diable névrosé, chieur, chouineur, tapette volante, superficiel, profond, humain et tout un tas d'autres choses.

Je n'aime pas les fautes d'orthographe, je n'aime pas les fautes de grammaire, de conjugaison, de frappe, de concordance des temps (que je fais trop souvent) ou d'expression. Je n'aime pas non plus ceux qui ne savent pas lire. Afin de satisfaire ma maniaquerie et me permettre d'avoir le blog le plus propre possible, merci de me signaler toutes les fautes que vous pourriez y trouver. Quant aux lecteurs de travers, il n’y a malheureusement rien à faire, je ne peux pas les balayer.