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(mis à jour vendredi 10 octobre 2008 à 19:32)

17/01/2007

17/01/07 - 04:00

Comme les rillettes, nous n’avons pas les mêmes valeurs


Je monte dans le bus à 09h00 pour quitter Emei. Sept heures de route officiellement (dix heures officieusement) m’attendent pour rejoindre Chongqing, port fluvial sur le Yang Tze. De là je devrais prendre le lendemain un speed boat pour rejoindre Yichang et ainsi découvrir les fameux paysages des Trois Gorges. La route est défoncée sur une bonne moitié du trajet. Des nids de poules secouent constamment le bus. On avance à deux à l’heure.
Je rêvasse un peu à la fenêtre.
Madame porte des bottines à talons en cuir noir. Il y a des petites perles cousues à même le cuir qui scintillent au gré de ses mouvements. Les montants de ses chaussures recouvrent un pantalon noir moulant. Il fait assez frais (dans les 10°C) alors elle a sortit sa longue veste matelassée d’un rose fushia flamboyant. Tout ça dégage une certaine présence. Elle pourrait intimider. Le seul hic, c’est qu’elle est habillée ainsi uniquement pour chasser la boue que les camions, bus et autres voitures projettent sur le trottoir de son immeuble. Et comme il pleut beaucoup, que le ballet incessant des véhicules dure toute la journée, elle doit probablement passer son temps à nettoyer. Un jogging basket ferait l’affaire, mais non, il faut savoir rester élégante en toute circonstance. Dans le bus, Monsieur, lui est toujours habillé pareil. Pas de chichi, couleurs toujours très sombres, chaussures dégueulasses. Il fume dans le bus et jette son mégot à même le sol sans prendre le soin de l’écraser. Il mange des graines de tournesol et recrache ses déchets autour de lui. Il se racle bien le fond de la gorge pendant quelques secondes avant d’expulser son mollard droit dans le couloir (à noter que Madame fait de même).
Je suis au milieu du bus, j’ai mes écouteurs d’iPod vissés dans les oreilles, je fuie un petit peu tout ça. J’ai une petite faim, je fouille rapidement dans mon sac pour voir ce que j’ai à grignoter. Deux clémentines, waouh, quel butin ! J’arrive finalement à Chongqing à 18h30. Un mec de l’agence de voyage qui m’a vendu la mini croisière m’attends à la gare routière pour m’emmener à son bureau.
J’y apprends que si je le souhaite je peux partir ce soir pour le même tarif et ainsi économiser une nuit d’hôtel. Par contre il ne s’agit plus d’un speed boat mais d’un bateau de croisière classique et la visite durera quatre jours au lieu de deux. OK je ne suis pas pressé. Moi qui rêvais fort d’un McDo en arrivant à Chongqing pour caler mon ventre agonisant, c’est râpé. Au lieu de ça, j’ai le droit à la traditionnelle soupe de nouilles épicées. Au moins, j’ai moins froid, mais j’ai toujours faim.
J’embarque.
Je suis dans une cabine pour 4 personnes avec salle-de-bain privée. Grand luxe ! J’ai deux Chinois en guise de colocataires. Ils ne parlent pas anglais, ça tombe bien, je n’ai pas trop envie de discuter. J’ouvre la porte de la salle-de-bain, et là… Surprise ! 80cm² pour un lavabo, une douche dont le trou d’évacuation de l’eau n’est rien d’autre que celui des WC turcs. OK. Pas de douches pendant quatre jours.
En pleine nuit, il stagne dans la chambre une odeur de pisse et de merde tellement forte que ça arrive à me réveiller. J’ai l’impression de suffoquer. Je blottis ma tête aux creux des couettes et finis par me rendormir. Ce sera comme ça tout le reste du temps. A noter que mes colocataires fument aussi clopes sur clopes et n’ouvrent jamais la fenêtre. L’un d’entre eux avait acheté des crevettes séchées et m’en propose une pleine poignée. Je décline gentiment avec un grand sourire de dégoût, je n’ai pas vraiment envie de manger la bouffe que je filais à mes tortues quand j’étais petit. Et puis ça pue. Je retourne vite au bar pour continuer « Les Bienveillantes ».
Je bois constamment du thé, ce qui m’oblige à faire quelques aller-retour aux WC collectifs (non, je n’irai pas faire pipi sous la douche). Les WC collectifs en Chine c’est assez déconcertant. Ici, il y a une rangée de quatre compartiments séparés par un petit mur d’un mètre de hauteur et pas de portes pour s’isoler si on a éventuellement envie de faire caca (non, je ne ferais pas non plus caca sous la douche). Entre ces quatre compartiments coule une petite rivière d’eau afin d’évacuer les excréments dans un trou principal, direction le fond du fleuve. Inutile de préciser que le désodorisant « fleurs des champs » n’était même pas en option.
Retour au bar où j’y passe les ¾ du trajet. La température extérieure est approximativement la même que la température intérieure. au lieu d'avoir 37°C dans le corps, j'ai du chûter à 34. J’ai eu le temps de lire la moitié du bouquin. Emmitouflé dans mes trois manteaux et mon pull en laine, je discute quelques fois avec les trois new-yorkais et l’australien qui se sont retrouvés ici comme moi. Enfin je les écoute discuter car je ne comprends pas grand-chose de ce qu’ils disent. Je me dis que je suis bien nul en anglais, et eux aussi sûrement. On se partage nos biscuits secs sans saveur, quelques fois une bière. Je vais fumer une clope à la fenêtre pour ne pas les gêner de ma fumée (à la différence du chinois lambda) et manque de peu de me recevoir sur la tête un sceau rempli d’un liquide verdâtre. Soupir.
Les Trois Gorges c’est bien joli, des montagnes partout, un paysage de fjords, mais bon ça va bien 5 minutes. De temps en temps, le bateau accoste dans des petits villages. On a le droit de faire une visite d’un temple à chaque fois si on accepte de payer entre 5 et 7€. Sinon on peut toujours faire les boutiques dans le shopping-village.
Arrivé enfin a Yichang. Bus pour Wuhan. Retour à l’appart’ à 23h00 avec la cousine. C’est bon de se sentir chez soi dans un meublé à 2°C. J’y reste deux nuits seulement le temps de réserver le billet d’avion pour Kunming (77€ quand même, mais ça évite trente heures de train), de me délester à la China Post de 10Kg de bagages, de récupérer les shorts et pantalons en lin que je me suis fait tailler il y a deux semaines chez la couturière, quelques courses, et hop, départ pour l’aéroport.
Naturellement, le jour où je décolle il neige à gros flocons, les routes sont dégueulasses, je suis trempé. Le taxi driver trouve la bonne idée de faire des petits détours dans la ville pour me facturer un peu plus cher. Je lui fais remarquer bien gentiment que je connais Wuhan et qu’il est inutile de me promener pendant trois plombes, il faut que je sois dans l’avion dans une heure et demie et l’aéroport est à une heure de route d’ici. Alors accélère et va tout droit OK ? OK.
Je rate mon avion. Merde. Heureusement, si j’attends deux heures je peux prendre le prochain et c’est gratuit, pas besoin de racheter un billet. Cool.
Je viens d’arriver à Kunming, je sors de l’aéroport. J’ai juste une veste et un petit pull, la température est de 16°C, j’ai enlevé ma grosse écharpe de 2,40m de long. Je laisse l’air doux effleurer mon cou. C’est agréable.

commentaires

17/01/07 - 08:58

Wahou ! Quel aventurier^^
Moi, je me plaignais déjà quand on faisait des voyages organisés par Nouvelles Frontiers ou le Clubmed. J'imagine même pas ce que tu endures :s

Mais je pense que ça vaut le coup ;)

17/01/07 - 13:51

Le rêve... Ça donne envie :D:D:D

17/01/07 - 22:52

Tu commences à apprécier le chinois qui mollarde n'importe où et avec délectation !

Ah les goûts et les odeurs ! vive la différence.

24/01/07 - 01:23

Merci Jé pour ce dépaysement. Je t'envie tout en me disant que j'en suis incapable. Je trouve tes petits récits super intéressants et joliment écrits.

Merci encore.

24/01/07 - 18:49

quelles horribles fautes commises as-tu à racheter pour t'imposer des épreuves pareilles ?? :o)

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