Shining
Shining - Stanley Kubrick
Jack Torrance (Jack Nicholson ), un écrivain en panne d'inspiration, accepte un emploi de gardien d'un hôtel situé dans le Colorado. Cet hôtel, l'Overlook, situé sur un ancien cimetière indien, est fermé et coupé du monde durant l'hiver pour des raisons climatiques.
Faisant fi du massacre survenu dans ce même hôtel un an auparavant, Jack, voyant là une opportunité formidable de pouvoir écrire un roman (et surtout trouver un début d'idée), accepte cette place et part avec sa femme Winifred "Wendy"( Shelley Duval) et son fils Danny ( Danny Lloyd) pour le Colorado ... (*)
Fin des années 70. Stanley Kubrick cherche, dans son bureau, un sujet pour son prochain film.Un livre, puis un autre.A intervalles réguliers, sa secrétaire entend le bruit d'un bouquin que l'on balance contre le mur. Aprés un long moment de silence, la secrétaire ose déranger le maître et le découvre ... plongé dans le best seller de S. King : The Shining.
Légende ou pas ? peu importe : Kubrick vient de finir le roman et décide que son prochain film sera "Shining".
En compagnie de Diane Johnson, il retaille le livre de King selon ses propres désirs.
En fait, lorsque le cinéaste achète les droits du roman, il dépossède du même coup son auteur : pourtant, Stephen King essaie de s'immiscer dans le projet par l'intermédiaire d'un scénario qu'il met un an à écrire, mais malgré les critiques de l'écrivain et un contrat qui lui assure un droit de regard sur l'histoire, S. Kubrick ne jette même pas un oeil sur cette adaptation de "Shining" par son propre créateur.
Le Shining kubrickien coupe immédiatement le cordon ombilical avec le roman : Ce n'est plus Danny le protagoniste principale, mais son père, Jack Torrence, écrivain frustré servant, un hiver durant, de gardien dans un gigantesque hôtel isolé par les intempéries.
Brève analyse (non exhaustive donc).
Le titre évoque le don de télépathie que possèdent à divers degrés les personnages du film, mais plus particulièrement Danny, le fils de Jack Torrence, et Dick Hallorann (Scatman Croters ), le cuisinier de l'hôtel.
Shining est un long métrage dans lequel règne une ambiance froide et morbide, soulignée par une musique inquitétante ( utilisation notament d'un morceau du répertoire classique, Musique pour cordes, percussion et célesta, de Béla Bartok).
L'esthétique particulière du film tient en partie à l'utilisation par le réalisateur d'objectifs de courte focale, ainsi qu'à l'utilisation de la steadycam, une caméra qui donne l'impression d'une présence qui se déplace lentement, qui flotte à la manière d'un fantôme, au dessus des collines du Colorado, mais surtout dans l'immense labyrinthe qu'est l'hôtel Overlook, aux couloirs sans fin, aux géométries maladives.
A propos du cimetière indien.
"A la lecture de l’ouvrage de Carlo Ginzburg, « Le sabbat des sorcières » le film de Stanley Kubrick, adapté du roman de Stephen King, m’est apparu soudainement plus clair.
L’hôtel Overlook, lieu dans lequel se déroule l’histoire, a été construit sur un ancien cimetière indien. La culture de ce peuple est imprégnée de la tradition chamanique, le voyage extatique dans le monde des morts en étant la caractéristique essentielle. Ce rite initiatique de communication avec le monde de l’au-delà est accompagné d’un certain nombre de phénomènes qui s’apparentent à la magie et que nous considérons comme surnaturels.
Les sorcières condamnées par l’inquisition subissaient l’influence de cette culture populaire transmise oralement depuis des siècles, venant de régions lointaines (l’Ukraine entre autres) et remontant même, selon l’historien, aux civilisations indo-européennes. Elles racontaient au cours de leur procès ce qu’elles avaient, pensaient-elles, réellement vécu dans un état d’envoûtement, d’extase pour être plus précis. Elles arrivaient à passer au travers de portes closes, à voler, pour rejoindre en pleine forêt le sabbat (Kubrick n’a pas choisi par hasard le thème du “Songe d’une nuit de sabbat” - qui est en fait celui du “Dies Irae” - extrait de la Symphonie Fantastique de Berlioz) auquel allaient participer le diable et la foule des morts. Au cours de la cérémonie, elles se métamorphosaient en animaux. Ces rassemblements nocturnes étaient suivis de banquets et d’orgies sexuelles. Le sacrifice d’enfants était chose courante.
Tout indique que ce film ne peut se réduire à la description de la folie d’un homme contraint à l’enfermement et en manque d’inspiration, mais développe en revanche une mise en scène géniale et actualisée du rite chamanique du voyage dans le monde des morts dont Jack serait à la fin le meneur (la photo finale le montre comme tel, tous les gens présents sur scène étant en fait déjà morts). Il faut préciser que le sorcier qui conduisait la foule des morts avait une particularité liée à la déambulation, il boitait. La claudication apparaît dans un rite Tereno (population indienne d’Amazonie) mais aussi dans un grand nombre de mythes et surtout de rites attestés, selon Levi-Strauss, dans les Amériques, en Chine, en Europe continentale et dans le Bassin méditerranéen (Achille, Oedipe, Thésée, en seraient les dignes héritiers, le monosadalisme, de Cendrillon par exemple, étant apparenté à cette malformation).
Ainsi, si on regarde le film sous cet angle, les aspects surnaturels nous deviennent dès lors compréhensibles :
* le passage à travers la porte de la remise (on peut même dire que le début de l’extase chamanique de Jack commence à prtir de ce moment),
* La présence diabolique (voix qu’entend Jack qui n’est autre que celle de son prédécesseur),
* Le contact apparemment réel de Jack avec les morts
* L’infanticide (thème récurrent dans le film),
* La claudication de Jack, qui quoique expliquée par la blessure, rappelle la particularité des participants aux rites chamaniques,
* Les réjouissances sexuelles (suggérées par la rencontre de la femme dans la salle de bain qui se transforme en un cadavre en décomposition) .
Autres particularités qu’il faut souligner, la soif inextinguible de Jack (c’est une caractéristique importante des morts dans les rites sorciers du Frioul, les benandanti, par exemple, qui montaient à califourchon sur des tonneaux de vin et en buvaient avec une pipette), le personnage inconnu à la tête d’ours (dans la grande fête chinoise Ta No, rite saisonnier, un personnage enveloppé dans une peau d’ours conduisait un groupe d’enfants ; la physionomie chamanique de ce personnage déguisé en ours a été souligné à plusieurs reprises),
pour finir, il faut signaler que ce rite avait comme but de favoriser la fertilité de la terre nourricière, c’est pourquoi il se déroulait en plein hiver (au mois de janvier, février)."
( SOURCE : Shining et le rite shamanique, par
Gilbert Dubois).
Le tournage
L'hôtel Overlook, se trouve en réalité dans l'Orégon. Le tournage débute en juin 1978, et va durer prés d'un an, comme tous les films de Kubrick.
L'équipe tourne tout d'abord les extérieurs aux Etats-Unis, entre le Yosemite National Park en Californie et le Glacier National Park dans le Montana. Pour les intérieurs, tout est intégralement reconstruit en studio en Grande-Bretagne, à Pinewood et Elstree.
Long et coûteux pour l'époque, le tournage s'effectue pour certains, dans la douleur.
Kubrick est un perfectionniste, un obsessionel : certaines scènes, comme celle de l'ascenseur deversant des flots de sang, demande plusieurs jours de préparation, sur plusieurs mois : A chaque fois que les portes s'ouvrent, Kubrick coupe tout d'une seule phrase "ça ne ressemble pas à du sang". Et les spécialiste des effets spéciaux repartent au travail ...
Si Kubrick reste trés précautionneux avec le jeune Danny Lloyd ( le gamin n'apprend qu'a la sortie publique du film qu'il a joué dans un film d'horreur), trés amical avec Jack Nicholson (il lui permet des improvisations comme la séquence de jeu avec la balle, scène absente du script original), il n'en est pas de même avec Shelley Duvall.
Kubrick ne montre aucune patience avec elle, allant jusqu'a lui demander de refaire 127 fois la même prise. Pleures, abattement de la part de l'actrice, crises d'hystérie.
Scatman Crothers (70 ans lors du tournage ) fait aussi les frais d'une telle recherche de perfection : Kubrick lui demande de refaire la scène ou il entre en contact avec les esprits seulement ... 120 fois.
(pour info, lors du tournage de son dernier film Eyes Wide Shut, Harvey Keitel et Jennifer Jason Leigh quittent le plateau, exaspéré par ce "monstre" qu'est Kubrick, et sont remplaçés par Sydney Pollack et Marie Richardson).
Quelques anecdotes
- Durant le tournage du film, Kubrick n'hésite pas à reveiller Stephen King en pleine nuit pour lui demander brutalement : "Croyez vous en Dieu ?"
- La phrase unique tapé des centaines de fois par Nicholson sur sa machine à écrire a été traduite dans plusieurs langues étrangères par Kubrick lui-même.Lequel a poussé le vice jusqu'à filmer le même plan avec chacune de ces versions.
- Stephen King déclare à la sortie de Shining : " L'épouvante est un genre difficile qui requiert une certaine chaleur émotionelle, et Kubrick est un homme trés froid. Shining est un film réalisé par un cinéaste qui réfléchit beaucoup et ne ressent que de manière superficielle les choses. Jamais il ne vous saisit à la gorge et c'est pourtant ce que l'horreur demande. Shining ? C'est une superbe voiture, mais dépourvue de moteur"
- Pour préparer ses comédiens à l'esprit du film, Kubrick leur projette Eraserhead, le film de David Lynch. Pour Danny Lloyd et Shelley Duval, c'est Un été 42, de Robert Mulligan.
- Durant la séquence de poursuite au cours de laquelle le personnage de Jack tente de tuer son épouse, Nicholson doit défoncer une porte à la hache. Nicholson frappe comme un dingue et brise du premier coup la fausse porte. Une vraie porte en bois est donc finalement utilisée.
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La rumeur prétend que la première version publique de Shining comportait une fin différente de celle que l'on connait, le plan fixe sur la photo de 1921.
La scène supplémentaire concernée montre Wendy et Danny dans un hôpital. Un homme les avertit que le corps de Jack n'a pas été retrouvé. L'homme donne ensuite à Danny le ballon rouge, et l'enfant commence à avoir de nouvelles visions.
Cette scène fut, paraît il, ôtée de toutes les copies par Kubrick une semaine aprés la sortie commerciale américaine.
Un extrait, un extrait !!!
Quoi, vous ne connaissez pas Shining ? impossible !
bon, un petit extrait.
Je trouve saisissante cette scène ou l'on voit, sur le visage d'un Scatman Crothers proche de l'endormissement, la surprise, la peur, et enfin la terreur indicible des visions qui lui déforment les traits . ( Mais je me demande si finalement ce ne sont pas les exigences démentes de Kubrick qui figèrent l'acteur dans la terreur :)
la bande annonce du film : www.dailymotion.com/swf/7oNOn8AH5Sawd7CmQ
(*) n.b : L'une des sources de cet article provient de Wikipédia. Cependant, je tiens à signaler que je ne suis pas d'accord avec certaines affirmations lançées, notament celle çi :
"Notons que Shining a été réalisé suite à l'échec commercial de Barry Lyndon, le genre trhiller-horreur et l'adaptation de Stephen King étant une garantie de succés commercial".
Kubrick n'a jamais choisi les thèmes de ces films pour leur éventuelle rentabilité commerciale !!! Pour Shining, Kubrick à dépouillé le roman de King (tout comme il l'avait fait avec le roman d' Arthur.C.Clarke pour 2001, l'Odyssée de l'espace). Tourné pour un budget de 19 millions de dollars, le film à rapporté 65 millions lors de sa sortie, ce qui en a fait un succès correct mais qui n'a rien de triomphal.
L'homme aux années de tournage, aux kilomètres de rushes, aux mois de montages, aux plateaux quittés par les comédiens écoeurés par les énièmes reprise et par les exigences démentes du Maître, cet homme ne faisait pas de films pour le fric !!!