2221 - Un peu de moi
[À écouter -en boucle- tout en lisant]
Premiers (vrais) mots ici depuis longtemps.
Plus d'un mois sans avoir donné de mes nouvelles, sans avoir donné un peu de moi sur ce blog, autel de tous les sacrifices.
J'en aurai des choses à dire et j'en ai tout autant à ne pas dire.
Plus d'un mois sans rien dire parce que pas envie, pas le temps, parce que trop de choses à raconter, parce que trop fatigué et trop crevé, parce que pas envie d'écrire, parce que, parce que et puis aussi parce et encore parce que.
En un mois, j'ai vu une douzaine de spectacles, je suis allé aux sports d'hiver (ça fait toujours suranné cette expression, c'est dingue...), je me suis remis à la natation, j'ai faitpas mal de choses quoi, et j'ai même eu le temps d'être surmené.
Pour les sports d'hiver, c'est la première fois que je partais skier dans les Alpes (mes parents habitent une station de ski dans les Pyrénées donc on n'a jamais pensé aller skier ailleurs), c'est la première fois que je partais aussi longtemps avec un garçon, c'est la première fois que j'allais skier avec un garçon avec qui je ne partage pas quelques millions de globules rouges et des rhésus positifs (bref, pour être clair, avec qui je ne suis pas parent).
Au dernier moment, peu avant le départ, j'ai eu peur : peur que ça casse tout, peur que cette semaine l'un sur l'autre soit un désastre, peur que qu'on se bouffe le nez au bout de deux jours, peur que je tombe et qu'ON se fasse mal.
Au final, ce fut le bonheur. Au lieu de mal se passer, ça s'est super-bien passé, au lieu de tomber, on a skié comme des dieux, au lieu de se faire mal, on s'est guéris des dernières semaines qui nous avaient éprouvé et au lieu de se bouffer le nez, on s'est bouffé...ce dont vous vous doutez ! ;-)
Je n'avais jamais rêvé que ça se passerait aussi bien.
Un grand et chouette appart' pour 2, la neige, la tranquillité, le soleil et un ciel bleu permanent, le ciel étoilé le soir, tout était vraiment parfait. On se réveillait tard, on se levait encore plus tard. Pendant qu'il dormait, comme je n'avais rien à faire, j'allais chercher le pain et de quoi nous préparer un bon p'tit dèj' tranquilous. On skiait l'aprem', sans trop forcer, en cherchant juste, uniquement, à nous faire plaisir. On rentrait. On prenait un bain ou bien on allait au sauna. Des fois, on allait nager nus dans la piscine déserte. On mangeait. On se matait un dévédé, allongés l'un contre l'autre, comme de gros légumes (lol). On se couchait tard. On s'endormait encore plus tard. On a fait deux petites balades en forêt. Le sol était froid, alors j'ai posé mon blouson par terre, sur la neige. On s'estassis, tous les deux, en se serrant, seuls entourés des arbres. On était bien.
Pas de téléphone, pas de bruit de voitures, pas de cris, de stress, d'énervements, de contraintes ou d'obligations.
Ça s'est si bien passé que ça nous a encouragé à remettre ça, sous peu, on repart pour cinq jours sur une île pas si lointaine.
En un mois, j'ai vu quelques opéras (qui m'ont un peu déçu), quelques ballets aussi oui, évidemment.
Des choses à dire, je pourrai en extirper de moi-même de quoi remplir plusieurs écrans.
Mais, c'est comme en ski, je slalome et je navigue entre deux sujets sur lesquels j'évite de me livrer : le travail et Celui-avec-qui-je-passe-du-temps.
Pour le travail, étant donné que je traite des dossiers...comment dire ?....oh pas confidentiels non ! n'exagérons pas ! mais ...quand même assez..."sensibles", qui touchent à la vie de plusieurs fonctionnaires, je me dois de faire preuve de réserve et de discrétion. J'ai appris ces jours-ci que les téléphones de mon service sont mis systématiquement sur écoute d'ailleurs et que nos mails sont lus. Ça m'encourage à rester muet sur le sujet...
Pour Celui-avec-qui-je-dors, j'ai pas très envie de raconter en détail, l'épaisseur de temps, de chair et d'envies qui se love entre lui et moi. D'abord parce que ça ne regarde que lui et moi, ensuite parce que j'ai souvent, sur les lèvres une expression qui est : "arrêtez de m'éclabousser avec votre bonheur !" qui ne contient pas
forcément l'aigreur que l'on croit. J'aime pas me faire éclabousser par le bonheur impudent, le bonheur sans pudeur, de ceux qui affichent un bonheur égoïste et oublieux des autres, de ceux qui justement, ne connaissent pas cette joie-là. Le bonheur est comme toute chose sur terre, il est furtif, glissant et sitôt que vous parviendrez à le saisir, il vous glissera des mains comme le poisson arraché à la rivière qui frétille, se tortille, gigote entre vos doigts. Et à peine, vous l'avez attrapé dans le courant, qu'il vous a déjà échappé et qu'il est retourné dans le torrent. Je sais à quel point le bonheur est fugace et j'ai pas envie d'éclabousser les autres de mon " " "bonheur" " " (avec plein de guillemets, hein !) parce que je sais très bien, que s'il faut, dans quelques jours, qulques semaines, quelques mois, quelques années, peut-être que c'est moi qui serai de l'autre côté de la barrière à être contraint de devoir supporter le bonheur parfois arrogant et aveugle des autres. Parce que je pense à moi demain, je pense aussi aux autres aujourd'hui. Enfin, si je ne parle pas trop de Lui en rentrant dans les détails, c'est aussi parce que je suis persuadé que "pour vivre heureux, vivons cachés".
Ces deux sujets-là mis de côté, il ne me reste plus grand chose à dire, étant donnée la place qu'ils occupent aujourd'hui dans ma vie.
Depuis un mois, j'ai fait une demi-douzaine d'inaugurations de métro, des milliers de photos. Depuis un mois, j'ai battu des centaines de montres dans Diablo II et construit des villes entières dans SimCity.
Je crois surtout que depuis un mois, j'ai erré.
Je crois même que je n'ai fait que ça. Le surmenage au travail m'a mis K.O. C'était un surmenage intellectuel, mental, une sorte d'épuisement mental. Comme si je courrais le long d'une route qui court vers l'horizon et dont je ne vois pas la fin. Un épuisement, un éreintement intellectuel qui m'a mené jusqu'à une aridité mentale. Comme un désert de la pensée. Le Sahara et des dunes à perte de vue.
Ce soir, c'est le premier soir depuis des semaines et des semaines, que j'ai du temps pour moi. Pas de linge à faire (je l'ai fait hier soir), pas d'obligations mondaines, pas de contraintes, pas de rendez-vous. Le temps d'avoir du temps. Prendre le temps de réfléchir à soi, de revenir à soi, d'être soi-même la mesure de son changement, de jeter un coup d'oeil sur le chemin qu'on a parcouru finalement, sans s'en rendre compte. S'arrêter quelques instants, et voir qui est encore là, pas très loin : on a couru mais qui a pu, qui a voulu, qui a réussi à nous suivre ?
Justement, en ce moment, je ne me reconnais pas. En bien, comme en mal.
En profondeur, si je puis dire, je me sens bien. Non, mieux que ça :
serein. Oui, serein est le mot le plus juste, le plus proche de la réalité. Je me sens bien comme je ne l'ai jamais été, j'en suis certain. Je me sens "serein" parce que je sens un caractère long, permanent, pérenne dans cette sensation. Ce n'est pas qu'un état provisoire ou passager. Non, c'est quelque chose de durable.
C'est étrange de prendre parfois, le temps de se regarder, juste quelques instants, et de voir tout ce qu'on laissé derrière soi. Comme si on marchait vers la caméra, le regard fixe, la tête droite, et qu'au fur et à mesure de nos pas, sans s'arrêter de marcher, on enlevait une veste, un pull, un tee-shirt, un pantalon (note à moi-même :
pourquoi est-ce que je pense à un pantalon en lin blanc ??), un slip ou un boxer et au final, on se retrouve comme le roi. Nu.
On a abandonné derrière soi, une bonne partie de soi, une bonne partie d'oripeaux inutiles. On a laissé tomber à terre des fringues qui puent le pire de soi-même, des fringues qu'on trouve
après coup, a posteriori honteux d'avoir porté. Mais Dieu que le chemin fut long, les efforts nombreux et les épreuves douloureuses pour imposer la nécessité de se foutre à poil !
Bref, en ce moment, je me sens bien. Serein.
Je ne me suis jamais senti aussi profondément tranquille. C'est tellement nouveau et tellement profond que ça en est presque troublant, destabilisant. J'suis pas habitué moi !
Jusqu'à maintenant, c'était plutôt du genre "je souffre donc j'existe !" ;-)
Aujourd'hui, tout va bien. Celui-avec-qui-je-dors est toujours aussi adorable. On a un projet en sommeil (sur lequel je continue de réfléchir...mais bon, c'est l'affaire de demie-heure), un autre en cours, tout aussi stimulant et que j'espère qu'on mènera à bout.
En surface, je sans une mer plus ridée que prévu. Des pensées pas très droites, des réflexions un peu tortueuses et des regards qui me surprennent moi-même. Je sens que quelque chose me travaille à l'intérieur...
Si je savais quoi !
J'ai toujours eu une très grande vie intérieure, très riche, très active, bouillonnante même.
En ce moment, je sens l'amorce d'un petit virage.
Je cherche, je farfouille au fond de moi, l'idée qui me travaille, l'idée qui me...turlupine et qui ne me plaît pas trop parce qu'elle n'est pas...certifiée
conforme au sens administratif du terme.
Je sens que j'ai des idées
de travers en ce moment.
Je sens qu'il va falloir appeler Christian, un de ces osirs, pour qu'il me remette les idées en place...
Les idées...
à l'endroit.
J'ai écrit tout ça d'un jet, comme ça me venait, sans trop de retours en arrière.
Je ne me relis pas mais je sais qu'il y a pléthore de "je", de "moi", de "moi-même" et puis encore de "je". C'est la règle du jeu, la règle du blog. Ce soir, j'ai donné, un peu, beaucoup de moi. Je vous ai donné quelques gouttes de mon sang, de mes larmes de ces derniers jours, quelques gouttes de moi-même.
Quelques-uns, des charognards ou des bonnes âmes emplies d'une compassion sincère (je veux croire qu'il y en a encore quelques-unes qui traînent dans le coin), s'en repaîtront (verbe défectif).
Le blog est toujours une bête qu'il faut nourrir d'un peu de soi, d'un peu des autres.
Ce soir, j'ai donné pour deux.
À Dieu vat !