Tonton Pyram - De la fidélité
Un jour, quelqu'un m'a dit que les gays se déclinaient en deux types de maris (ou petit ami, compagnon, chouchou, quelque soit la façon dont vous aimez appeler votre moitié). D'un côté, il y a ceux qui trompent, et de l'autre ceux qui ne trompent pas. Et si l'envie vous prend d'être pointilleux, je vous le concède, ces derniers peuvent mê se classer en trois sous-groupes plus petits :
- Ceux qui techniquement ne vous trompent pas puisque vous n'êtes pas au courant,
- Ceux qui techniquement ne vous trompent pas puisqu'ils vous ont avoué vous avoir trompé après coup,
- Ceux qui vraiment ne vous trompent pas (les perles ou éternels cocus, selon le point de vue que vous prenez).
Je dois le confesser : il y a quelques années de cela, alors que je découvrais tardivement les plaisirs de la vie gay (âgé de vingt ans, j'étais déjà vieux, c'est affreux !), j'étais du côté de ceux qui trompent. Oui, je l'avoue, à l'époque, j'étais un vrai connard, vilain garçon infidèle que j'étais. Mais voilà, vous comme moi savons que le merveilleux pays de l'homosexualité est beaucoup trop attirant et tentant pour le jeune nouveau venu pour ne pas fauter et fatalement, tromper son petit copain du moment.
Si je compte bien, je mène une vie homosexuelle depuis neuf ans et je suppose que comme beaucoup d'entre vous, j'ai appris les petites ficelles de la vie gay à la dure, après une longue série d'essais et d'erreurs (dont notamment le fait que techniquement je sois très lontemps resté bisexuel pendant ces premières années - oui, j'avoue, j'ai aussi aimé des femmes, quelle horreur). En fait, j'ai découvert la sexualité homosexuelle sur le tas avant même de connaître des détails fondamentaux de la vie gay comme un minimum de bon goût vestimentaire ou les paroles du dernier tube de Madonna - enfin, ce n'est pas non plus comme si j'avais une connaissance objective de ce qu'est être gay non plus, je vous rassure. Mais je suppose qu'à un moment donné, j'ai intégré l'idée que tromper son petit copain relevait peu ou prou de la norme et que l'on ne devait pas être surpris de découvrir qu'à notre tour, la faveur nous avait été rendue.
En fait, patience, pardon et tolérance étaient les maîtres mots à l'époque, et je me disais pouvoir les assumer à mon tour s'il advenait que mon petit ami m'avait à son tour trompé (enfin, après sa nécessaire castration bien entendu).
Et donc, c'était avec ce fringant idéalisme, fort naïf je le concède, que j'affrontais ma première relation homosexuelle stable, et qui dura 38 semaines (je trouve que cela sonne mieux que 9 mois et demi). Les six premiers mois furent un bonheur de débauche, encombré de déclarations romantiques et passionnées. Au septième mois, les choses devinrent un peu plus ennuyeuses nous avions un peu fait le tour l'un de l'autre, du moins, au niveau purement sexuel pensions-nous. Puis vint la fin, semée de scandales dont j'étais le principal responsable, là encore je l'avoue. Je pense avoir beaucoup blessé mon copain de l'époque et pour cela, je mériterais effectivement d'être crucifié à la Mylène Farmer (avec moins de sunlights, c'est mauvais pour mon teint).
En considérant le passé, j'avoue que j'ai fini par trompé mon copain surtout parce que je commençais à me lasser de notre vie sexuelle, ou plutôt, de faire l'amour avec la même personne encore et encore. Non pas que ce copain fut un mauvais coup - loin de là, je serais même prêt à lui écrire une lettre de recommandation des plus élogieuses. C'est juste que j'avais envie de variété. Un peu comme si vous adoriez la blanquette de veau, votre plat préféré, et que l'on vous forçait soudain à en manger à tous les repas, encore et encore et encore, du lundi au dimanche. Le fait que j'apprécie une sexualité basée sur le bon usage de deux membres phalliques (le mien et celui de mon partenaire) ne devait pas signifier que ces deux mêmes phallus devaient tout le temps appartenir aux mêmes gars.
Puis un jour, je me suis dit : si mes propres parents ont pu vivre mariés et heureux pendant 25 longues années avec à peine un ou deux nuages de temps en temps, comment se fait-il que la relation homosexuelle de base peine à dépasser l'année, voire au mieux deux-trois ans ? Après tout, l'amour que je peux ressentir pour mon compagnon est tout aussi pur et universel que celui qui lie un homme à une femme, alors pourquoi les homosexuels ont-ils tant de mal à garder leur bite dans leur caleçon ?
Mais peut-être que la vraie question n'est pas celle-là mais plutôt : que vient faire l'amour dans tout ça ?
Je vais être franc : en fait, j'ai toujours pensé que l'amour entre garçons était semé de beaucoup plus d'épreuves et d'embûches que l'amour hétérosexuel. Car non seulement vous devez vous battre pour vous faire accepter de l'opinion publique, mais trop souvent, vous devez aussi vous battre pour vous faire accepter au sein même de votre propre communauté. Combien de fois avons-nous entendu et proféré des commérages sur ce beau mec maqué avec ce type vraiment trop trop moche ("comment peut-il supporter ses cheveux ?" etc.), sur ce petit minet aux bras d'un vieux
sugar daddy ("quel vieux pervers !"), sur la dernière tenue de la diva locale ("Non mais t'as vu comme c'est moche ?"). Alors voilà, lorsque l'on fait la somme de tout ça, on se dit finalement que l'inconstance n'est peut-être qu'un moyen facile de faire face à la pression sociale, et de se protéger.
Et puis bon, qui parmi nous est vraiment innocent ? Nous faisons tous l'effort de bien paraître, dans la vie comme sur Internet : notre image doit être un culte pour autrui et pour cela certains fréquentent les salles de gym, d'autres font du shopping chic, d'autres encore se pomponnent avec les derniers masques de beauté - c'est une suite sans fin de rituels divers et variés mais tous destinés à magnifier notre beauté qui, avant d'être intérieure, doit d'abord se voir à l'extérieur, et cela, pas seulement pour notre seul petit copain, non, mais aussi pour le prochain beau mec qui traverse la rue, et plus largement, le monde entier. Ok, peut-être que je ne parle que de mon expérience personnelle. Mais voilà, mon observation des gens et des choses m'a amené à penser que même les types les plus fidèles finissent par flirter ailleurs. Alors quoi, est-ce que les hommes sont réellement incapables de projeter leur semence un peu partout ? Est-ce qu'un couple de deux hommes homosexuels signifie en réalité deux fois plus de problèmes et de tromperies ?
Eh bien, depuis neuf ans que je me promène sur la route colorée et semée de paillettes de la vie gay, je suppose que j'ai eu suffisamment droit à ma part de tromperie et de relations ratées pour repérer un bon deal quand j'en vois un. Mon mari actuel (je ne vous dirai pas combien il y en a eu exactement avant lui) est de nature fidèle, et si je ne peux jurer que cela sera pour toujours le cas, au moins il l'est maintenant. Et bizarrement, moi aussi. Ok, c'est vrai, l'envie de mater les beaux mecs dans la rue et de fricoter avec est toujours là, quelque part, mais je crois que j'ai finalement trouvé le plat qui me convenait - son goût change et me surprend à chaque fois que j'y goûte.
Et pour l'instant, je crois que c'est toute la variété dont j'ai besoin.
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Et pour vous, chers lecteurs, qu'y a-t-il à retenir de tout ce laïus dissimulant une mièvreuse déclaration d'amour pour mon homme ?
- D'abord, jouez franc jeu avec votre partenaire. Soyez clairs sur la nature de votre relation et sur la fidélité ou non entre vous. Cela ne vous évitera pas les éventuelles crises de jalousie, mais au moins, on ne vous taxera pas de menteur.
- Ne vous sentez pas obligé à être fidèle si votre coeur ne s'y sent pas prêt. Peut-être que, comme dans mon cas, la fidélité viendra avec l'âge et l'expérience des choses. Ne limitez pas vos expériences, surtout si vous êtes encore jeune. Il faut bien essayer un peu de tout avant de savoir ce que l'on préfère. Mais respectez toujours mon conseil précédent. Cela vous épargnera bien de la peine.