Violence graphique
Depuis quelques semaines, nous pouvons voir dans les rues de toute la Suisse, l'affiche ci-dessus, impunément placardée, dans toute légalité car le symbole du mouton noir est issu d'une expression populaire et son utilisation ne peut donc, en aucun cas, être taxée de raciste.
Personnellement, j'ai dû passer une bonne vingtaine de fois devant cette illustration sans jamais la remarquer. Il faut dire que je ne suis pas spécialement intéressé par la politique. Par contre, ce week-end j'ai pu constater, sur certains de mes amis étrangers ou de couleur (pour reprendre le vocabulaire et la symbolique de l'affiche en question), à quel point ce type de propagande peut perturber ou blesser profondément les personnes concernées.
Le pire de tout, c'est que de par ma situation dans ce pays, je suis directement concerné, et sans le savoir, par le projet de loi que l'UDC (Union Démocrate Chrétienne) tente de faire passer, à savoir de pouvoir renvoyer dans leur pays tout ressortissant étranger qui commétrait un délit grave en Suisse.
Le fond, à la limite, je veux bien en discuter et tenter de le comprendre. La forme, elle, me parait totalement inacceptable tout en m'apparaissant, malheureusement, des plus adroites et efficaces. En effet, comme toute propagande de "tout à droite", elle joue sur des clichés facilement compréhensibles et sur nos bonnes vieilles peurs. De plus, en poussant, par sa violence, les personnes concernées à réagir avec agressivité, elle ne fait que conforter les adhérents de ce parti dans leur sensation qu'il est grand temps d'agir contre cette menace que représente le mouton noir en colère.
Nous étions une dizaine de personnes sur ma terrasse samedi. Et nous avons parlé de cette affiche. Les esprits se sont enflammés et le ton est vite devenu passionné. Il faut dire que mes amis sont aussi merveilleux que différents les uns des autres. J'avais, dans quelques mètres carrés et ensoleillés, une Suisse en miniature, avec ses ressortissants, bons bourgeois bien établis ou endettés jusqu'aux dents, ses étrangers avec ou sans autoristation de séjour et ses étrangers récemment naturalisés. Parmi ces personnes, certaines votent à gauche, d'autres à droite, pour l'UDC même "parce qu'il n'y a pas plus à droite", sinon ils voteraient encore plus à tribord.
Plus tard, on m'a demandé pourquoi, étant chez moi et responsable de ce qui s'y passait, je n'étais pas intervenu envers ces "extrêmistes" parce qu'ils manquaient stupidement de respect envers certains autres présents. J'ai réfléchi et j'ai réalisé que je ne peux être responsable que de mon point de vue ou de mes opinions, en aucun cas de celles d'autrui. Chez moi ou pas, je n'ai aucun droit d'imposer mon point de vue et je ne vais en aucun cas trier mes amis en fonction de leur convictions politiques. Je n'ai pas pris en compte ce critère lorsque j'ai décidé de leur accorder mon amitié ou ma confiance, je ne vais pas commencer maintenant.
Quant à moi, je n'ai jamais reculé à l'heure de tendre la main à mon prochain, ne regardant pas à sa situation, ses origines ou ses intentions, je n'ai jamais hésité lorsqu'il a fallu enfreindre ou contourner certaines lois pour le bien de l'autre, et je me suis toujous entouré de gens divers et variés, y puisant la richesse de ma vie et de mes expériences. Curieusement, ai-je fini par constater en réponse au reproche qui m'était adressé, ces personnes si extrêmes dans leur vote, ont pourtant été parmi les premières à me prêter main forte et bien plus, lorsque je me suis battu pour mon conjoint, étranger et dans une situation des plus délicates et difficiles.
Ce dernier point, j'y ai repensé ce matin en retombant sur ces affiches, dans la rue. J'ai souri à la vue des moutons. Parmi les 3 blancs, qui boutent le noir hors de la croix suisse, il y a de bons moutons, avec un coeur, des tripes et des reins solides, pour le bien des moutons noirs, pour mon bien à moi, aussi. Ils ont aussi des idéaux de bien-être personnel, social et économique ses moutons si blancs, pour eux-mêmes et pour leurs proches, que ces derniers soient blancs, noirs, gris, moutons, loups ou bergers.
Tenter de réduire des franges de la population à une simple image, cherchant à résumer les idées et les opinions de celles-ci par des clichés bêtes et violents, est selon moi le véritable mal ainsi que le piège dans lequel nous ne devons pas tomber !