Don't try to bring me down
Comme d'habitude, impossible de trouver un taxi en ce samedi. J'appelle le numero d'abonné et une berline me retrouve quinze minutes plus tard en bas de l'immeuble. Je m'engouffre dans la voiture et essaye d'esquiver la conversation avec le chauffeur en repondant a mon portable qui vibrait en permanence.
Mes "amis" appelaient sans cesse pour me localiser et je repondais en laissant mes yeux deriver sur le paysage parisien. J'avais l'impression une fois de plus de trainer dans un musée poussiereux , sans eclat. Il s'arrette devant le bar où ils m'attendent tous. Ils s'exclament de mon nouveau sac Chanel, je glisse des bises furtives et prend mon role d'amuseur. Entre les verres vides, je depose deux bouteilles de poppers et ma carte Premier ce qui entraine une mini euphorie. Je ne suis pas dans le trip mais j'accroche le sourire adequat.
Je paie plusieurs tournée, mon argent etant la seule chose interessante a offrir, ils s'enivrent , rient fort et me tiennent par la taille. La soirée s'ecoule comme d'habitude et mes idées noires font du forcing dans ma petite comedie. Je tiens le choc malgré tout et essaie de m'amuser , dumoins qu'ils y croient. Premier club, crepitement de carte dorée , allers retours au bar , quelques pas de danse , deux trois gossip, un smack a une connaissance dont je ne me rappelle pas le nom , on me propose deux ou trois fois des extas "No thanx..."
Ennuyé au possible j'emmene la petite bande dans un autre club , le videur nous laisse partir a regret et nous lance un "A la semaine prochaine? ..." alors que nous fendons la foule de ceux qui font la queue depuis une heure. On eclate d'un rire vulgaire et C. mon assistante lui envoie un baiser sonore tandis que tous nous regardent avec mepris et aigreur.
On titube jusqu'au prochain club , le tshirt trop echancré et l'haleine lourde , la robe de C. est plus que transparente mais on rit des ses talons aiguilles qui manquent de se briser sur les pavés parisiens. Devant l'etablissement , meme scenario , une file d'attente de trois cent metres. Ils sont tous avec leurs sacs et leur veste fermée jusqu'au dernier bouton alors que J. offre ses nouveaux muscles dans un mini debardeur. La patron nous voit, nous embrasse avec trop d'entrain et nous rentrons sans attendre sous les murmures des malheureux qui se gelaient depuis une heure.
A l'interieur , systematiquement les meme chansons , la meme odeur , les meme clients , la meme conversation futile. Encore le bar , encore le poppers , ca ne s'arrete jamais.
On danse de facon trop lascive ,on passe pour des putes. Je m'en tape. J'essaie de ne pas penser. Cerveau en mode off.
Plus tard, attablés devant une enieme consommation , un jeune garcon se joint a notre table , ils est plus que mignon et mefait de grand sourires. Je ne m'attends a rien avec lui mais je gouterais bien ses levres roses.
Ce que je comprends peu de temps apres , c'est que les sourires et les regards brillants ne sont pas pour moi mais pour J. Comme d'habitude.
C. essaie tant bien que mal de me remonter le moral qu'elle sent vacillant en me disant qu'un jour ca sera mon tour, mais mon sourire automatisé ne la bluffe pas. Il est presque six heures et on redecolle.
Sur le chemin du retour , je ne dis presque rien , j'allume cigarette sur cigarette et me repasse dans la tete les moments heureux de ma vie. N'y arrivant pas , je dresse une liste mentale des gens qui pleureraient sincerement a mon enterrement.
Et ca me detend , je me dis que je suis aimé. Pas comme je le voudrais , pas comme il faudrait , mais au moins je suis aimé.