Tentative de description d’un rêve "Sur les pas de Scarlet"

J’étais dans une soirée, samedi soir de fête, avec David, mon ami qui aime les souris ; c’était une grande fête, luxueuse, avec de grandes banquises, sur lesquels trônaient des milliers de verres de cristal, remplis de liquide rouge : du campari, du martini rouge ; une odeur de bonbon alentour titillait mes narines, et cette sensation de frais comme irréelle, terriblement douce. David disparut très vite : lorsque je me suis retourné, un verre de campari à la main, il s’était volatilisé.
Je l’ai donc cherché, mais très vite, j’ai renoncé, pour m’asseoir à une table, sirotant tranquillement mon verre lorsque deux femmes m’ont proposé de se joindre à moi et j’ai accepté ; tout cela, déjà, me semble fort improbable. La première, mutine, avait la candeur, le charme de l’enfance, un air malicieux et sage, de long cheveux blonds, elle était modestement vêtue, mais avec élégance ; la seconde, en tailleur, stricte, avait des cheveux noirs, sculptés méticuleusement, façon Marilyn., le visage empourpré d’un maquillage sombre, aux teintes chaudes. Malgré son amabilité, quelque chose de mauvais autour d’elle, une aura envahissante ou sombre ; les stigmates de la méchanceté, au coin des yeux, au coin des lèvres. Il était impossible de lui donner d’âge : trente ans, peut-être.
Nous discutâmes.
Les heures défilaient (étrangeté temporelle des rêves), une réelle complicité se créant, comme parfois des liens se tissent en peu de temps, du domaine de la magie. Nous décidâmes de rentrer et je proposai donc aux deux femmes de les ramener dans ma voiture (plus étrange : moi, possédant une voiture ; surréaliste même : moi, conduisant.). Je déposai la brune, au visage plus noir que jamais, sombre, traversé de ténèbres, devant une forêt et, quand nous démarrâmes, la blonde me dit que son amie aurait aimé sortir avec moi.
Première coupure.
La blonde conduisait à présent ; la conversation, devenue intime, s’orientait précisément vers nous, vers nous en tant que nous, non en tant qu’individualités séparées. Je lui ai dit : je pensais que tu ne t’intéressais pas à moi. Elle souriait et moi je fondais dans son sourire, délicieux, je me sentais bien, si bien, à ses côtés. Elle me dit qu’elle non plus : elle pensait que je n’avais d’yeux que pour son amie. Tout le monde, ajouta-t-elle ensuite, n’avait d’yeux que pour la brune. Soulagée, elle inspira une grande goulée d’air et posa sa main sur mes genoux. Je la sentis chaude, tout contre mon pantalon en velours. J’étais apaisé, mes yeux portés sur la route, mais en même temps, je discernais très bien ces mille petites lueurs, qui pétillaient dans ses grands yeux.
Seconde coupure.
Nous étions arrêtés dans un village, pour une raison dont je ne me souviens plus, loin d’être évidente, ce me semble. J’avais garé la voiture, devant une Eglise, qui existe réellement, quelque part en Bourgogne. Un homme est monté avec nous : la blonde, dont j’ignore le nom, est monté derrière, remplacé par l’homme, d’une cinquantaine d’années, très maigre, au teint blafard, la peau sur les os, qu’il avait saillants. Son cuir noir était sale, son haleine empestait la vinasse. Il semblait ignorer qu’une femme se tenait derrière nous et me parlait de choses et d’autres avec une vulgarité déconcertante. J’opinai, vaguement, fixant la route, et le rétroviseur. Je la voyais me sourire, j’étais heureux. L’homme n’était plus là, en ces instants, mais, arrêté à un feu rouge, il me demanda de le regarder. Ce que je fis. Il me parlait, mais j’ignorai de quoi, car son discours ne me semblait plus cohérent, ni même construit ; les phrases n’étaient qu’une succession de mots, de sons, un véritable brouillard linguistique, quand il pointa enfin de son majeur mon entrejambe. Puis, il y enfonça en vociférant son doigt, dans mes testicules, et j’avais mal, j’avais mal. Pétrifié, je ne pouvais plus bouger.
Troisième coupure.
Je lui tenais la main : nous étions dans un grand musée, afin de voir une exposition sur Tori Amos intitulé « Sur les Pas de Scarlet ». On connaît toutes les étapes de son périple, à travers les Etats-Unis, un voyage à la fois physique mais aussi spirituel : du concret aux souvenirs, du factuel aux idées, jusqu’à la découverte des racines, l’appartenance, l’origine. On ne sait pas avec qui Scarlet dormait (elle-même le précisait), à chacune de ces étapes, que retraçaient une à une les salles, véritables et improbables reconstructions. Elles n’avaient rien à voir avec le périple de Scarlet : dedans s’entassaient de grandes et strictes statues d’hommes et de femmes, blanches, monumentales et nues. Nous entrâmes dans une pièce. La blonde entonnait du bout des lèvres, Wampum Prayer, mais se tut, lorsque j’ouvris la porte, découvrant quatre personnes : trois jeunes hommes et une jeune femme, séparés en deux groupes : la jeune femme et le jeune homme, d’assez petites tailles, semblaient être venus ensemble, et les deux mecs en débardeurs, blancs, dont l’un faisait ma taille, l’autre plus d’un mètre quatre-vingt-quinze, probablement homosexuels. Ils se retournèrent tous les quatre devant nous et ce fut moi qui entonnais à présent Wampum Prayer. Nous étions tous en face d’une statue, en trois petits groupes de deux distincts, les yeux levés au ciel. La statue captivait tout le monde, sauf moi : un peu comme Fourvière, l’air d’une meringue. C’était une femme, de plus de trois mètres, hanches dantesques et poitrine opulente, comme deux astres géants, lunaires, sous la voûte éclairée d’un néon puissant. Pour ma part, j’attendais que la fille dont je ne me souviens pas le nom ne soit plus captivée par cette vision, alors je me suis mis en face d’elle, à côté de la statue. Je pouvais voir ainsi ces grands yeux briller de mille feux : cette vision-là me suffisait à me sentir bien, apaisé, heureux. De la statue, un doigt immense sortit brusquement, du haut de sa cuisse, pointant en ma direction, et, avec une précision que n’aurait daigné un chirurgien, perfora d’un coup sec mon cerveau.
Réveil.
Toute personne capable d'interprêter ce rêve aura ma gratitude éternelle :)
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Extrait de mon blog principal et journal, Querelle :
