Où le Narrateur, bien qu'il ait conscience qu'un tel étalage de sentiment nuise considérablement à son image d'être cynique et désabusé, persiste à raconter sa non-histoire, avec supplément de guimauve rosâtre en topping.
« Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage » a dit le prophète -ou alors était-ce « Tiens salut comment vas tu yau de poêle », le prophète est taquin-, toujours est il que Nikko n'est pas homme à aller à l'encontre des préceptes de la foi.
Et puis des fois qu'il me reste une chance de ne pas rôtir sur les berges du Styx, on ne sait jamais . J'écrirai ton nom, Collabo!
Cent fois, donc.
Je te vois d'ici frémir, Ami Lecteur, mais point n'est besoin de faire ainsi trembloter ton collagène, je n'irai pas jusque là, je suis quelqu'un de Lucide et qui sait reconnaître quand la partie est perdue...
Si malgré toutes mes attentions, il n'est toujours pas tombé éperdument amoureux de mÔa avant le retour du printemps, s'il ne m'a pas supplié de le laisser passer sa vie à mes côtés en menaçant de s'immoler si je refuse avant Noël, si demain je n'ai pas son coeur à mes pieds, je réagirai en adulte, je garderai la tête haute et je ferai ce qui s'impose.... Je le violerai.
Mais avant d'en arriver à ces coupables (mais un peu bandantes quand même quand on connaît le cher ange) extrémités, assieds toi au coin du feu, et laisse moi te conter la suite rien moins qu'exaltante de ces aventures pathétiques au cours desquelles je persiste à m'enfoncer dans un bourbier sentimentaliste propre à faire passer « Roméo et Juliette » pour la référence suprême du Happy Ending...
Je te laissai donc cette fois ci sur une note amère, au sortir d'une soirée à l'issue si calamiteuse qu'on eut pu la croire fustigée par une colère Divine, telle la Tour de Babel, mais sans les métèques.
Soirée après laquelle, en homme fier et digne que je suis, je décidai d'exercer un droit de retrait -et de retraite- nécessaire à la sauvegarde de ce moral d'acier qui fait ma réputation dans les dîners courus. C'est donc avec une volonté d'airain que je décrétai que je ferai désormais le mort, je m'isolerai pour panser les blessures de mon coeur meurtri, je m'éloignerai pour pleurer cet amour avec toi le frère que je n'ai jamais eu, a qui la fauuuuuuuteuh, pas-a-mon-père-pas-à-ma-mère....
Je resterai inflexible, je ne lui écrirai plus jamais, je vais tourner la page.
C'est donc tout naturellement qu'une semaine plus tard (je vous emmerde), j'envoyai un texto expliquant les raisons de mon silence soudain, avec la pudeur qui honore les grandes détresses.
Bon, autant vous le dire tout de suite, il n'a pas crié, supplié, réclamé, n'a pas blêmi devant cette absence annoncée après ces maints (euuh bon d'accord, deux) rendez vous qui nous avaient tant habitués l'un à l'autre, mais apparemment donc l'un plus que l'autre.
« Ok, pas de problèmes, prends ton temps.... bises ».
Non mais oh, ça t'arracherait la chatte de faire un peu semblant d'en être attristé??!!
A moins que....Mais oui, bien sur.... ce ne peut être que ça. Le cher Ange est fou de douleur mais ne veut pas m'embarrasser avec ses émotions.
Je le vois, pâle, défaillant devant l'écran de son téléphone, sentant un bloc de glace enserrer son petit coeur, et une froideur stérile parcourir ses veines. Je le vois, pensant déjà au suicide, je ressens sa détresse devant le vide qui s'étale à ses pieds, mais je ne peux pas le laisser ainsi, que faire, que faire, Seigneur, éclaire moi!!!!
« Non mais tu crois pas que J'ai autre chose à branler non? tu crois réellement que tu es le seul à m'implorer? Alors t'est gentil, tu prends un ticket comme tout le monde, tu t'assois derrière les moines Birmans, tu lis Gala et tu attends ton tour, ou tu vas voir ailleurs si J'y suis!! »
Eh bien soit, livré à moi même, je ne peux me résoudre à causer un tel trouble chez mon prochain, je ne suis qu'abnégation, don de moi, je passerai outre ma douleur, je resterai présent, petit Q, n'aie crainte.
Et du coup nous repartîmes dans la valse des textos, enfin de MES textos et de ses réponses.
Et puis ça dura jusqu'à l'approche de Noël, finalement il me proposa à nouveau d'aller prendre un café un de ces quatre.
J'en profite pour souligner le fait que certes, c'est toujours moi qui écris, mais pour le coup, en tout cas, c'est toujours lui qui invite.
Peut être est-ce pour me voler mon portable, et effacer son numéro de mon répertoire, ceci dit.
M'en fous j'ai son mail.
Sitôt ces émouvantes retrouvailles planifiées, je me mis en quête d'un présent à amener lors de ce charmant goûter que nous devions faire. Ben quoi, c'est toujours très impoli d'arriver les mains vides, m'a enseigné la Reine Mère. Et si pourri soit il jusqu'à la moelle, jamais l'enfant Nikko ne couvrira de honte le front géniteur.
Je passais depuis quelques jours devant une pub pour un coffret Almodovar, en prenant le RER à Rueil pour rentrer après ma dure journée de participation à la construction du grand Capital Accronien, et c'est ainsi que me revint en mémoire une remarque qu'il avait faîte au sortir du « Labyrinthe de Pan » (Film de merde), disant que en tout cas ça lui avait fait plaisir de revoir un film en espagnol, ça faisait longtemps, ça lui avait manqué.
Tu t'en doutes, il ne m'en fallut pas plus pour filer tout droit au magasin de la vierge le plus proche, et ainsi faire l'acquisition de cette perle de la culture Ibère post franquiste. Las, d'autres que moi avaient eu cette idée avant, et de Pédro, point ne restait. Puis déambulant comme une âme en peine ( ou en panne de cadeaux en tout cas) le long des rayons enguirlandés, o surprise, me voilà face à un coffret reprenant l'intégrale d'Alejandro Aménabar.
Avant que tu ne files sur Wikipédia, laisse moi éclairer ta lanterne, Ami Lecteur, et te conter la vie de l'Artiste.
Alejandro Aménabar est un réalisateur espagnol, connu de toute la gent sodomite depuis «Les Autres» parce qu'y avait Nicole -«elleestbeeeleuuuh»- Kidman dedans, mais qui avait quand même eu une vie avant, et pas une vie moche en plus. "Tésis", et le plus connu "Abre los Ojos" sont deux perles que je te conseille vivement d'exposer à tes jolies mirettes, par contre tu pourras zapper sans remords Vanilla Sky, bouse immonde et reprise raté de "Abre....", qui prouve une fois de plus s'il en est besoin que Tom Cruise producteur, ben c'est comme la drogue. C'est de la merde.
Enfin je suis un peu malhonnête (mais depuis quand est ce un scoop), ce coffret ne reprenait pas entièrement l'intégrale d'Aménabar, puisqu'il y manquait le très émouvant « Mar Adentro ».
Sitôt remarqué, sitôt acheté, et l'agonie paralytique de Javier Bardem finit sa course avec ses petits copains, à la caisse.
Cadeau en main, me voici filant tout droit à la papeterie la plus proche aussi, pour y trouver un papier cadeau sobre et élégant, sans rennes ou autres petits lutins imprimés, ainsi qu'une carte accompagnant le tout -lorsque je trouvai une vue de la cour carrée, je dis que c'était là un signe-, et enfin un stylo neuf, afin de couvrir ladite carte de mon écriture harmonieuse et veloutée.
La veille du jour dit, alors que je me faisais une joie de le revoir (mais uniquement pour lui, hein, pour ne pas le plonger dans la détresse en disparaissant de sa vie, parce que moi vous savez, je serais resté dans l'ombre, loin, et j'aurais souffert en silence, mais qui suis-je pour faire passer mon bien être avant le bonheur d'une créature de Dieu); une joie, donc, et lorsque je le relançai, inquiet de ne pas avoir plus de détails sur le « Où et Quand » du rendez vous, je reçus un message me disant qu ' « il ne se sentait pas très bien, et préférait rester au chaud, et me demandait si cela ne me gênait pas de remettre cela à mon retour de chez la Reine Mère où je descendais passer les fêtes.
Soit, répondis-je, prends soin de toi, ne t'en fais pas ce n'est pas grave. Mais je dois avouer que les paquets que je portais pesèrent soudain un tout petit peu plus lourd au bout de mon bras.
Je ne saurais dire pourquoi -et une fois n'est pas coutume, je parle là sérieusement- mais j'ai soudain eu le pressentiment que son coup de pompe ne tenait que du moral et non malgré les apparences du physique, ou du petit coup de froid. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en étais sur. Cela dit, opportunisme quand tu nous tiens, j'en profitais veulement pour asseoir un peu plus mon image de mec gentil et concerné au moyens de divers textos, m'enquérant de son état, ou alors lui souhaitant d'aller mieux très vite.
Certains esprits chagrins diront que loin de moi tout altruisme, et que je ne souhaitais ce rapide rétablissement que pour avoir l'occasion de le revoir plus vite A ceux là je répondrai: « Oui, et alors?? »
Je vous passe également -car est il besoin de le préciser- LE texto du 31 au soir, puis 2007 se leva sur une reprise que l'on pourra qualifier de régulière de cette sympathique correspondance, et j'oserai même dire qu'elle avait une certaine tendance à se réchauffer un peu.
Le temps que nous ne réussissions à trouver un créneau pour nous voir, j'étais re-devenu « adorable » quand je lui souhaitais « de beaux rêves », et que je lui disais que « je t'embrasse, je pense à toi ».
« Elle est bonne, mais on la refait », eut pu dire le Grand Cinéaste de la Vie.
Puis vint finalement un jour, vers la fin du mois de Janvier, où nous finîmes enfin par trouver un créneau, et nous donner rendez vous vers Auber, car j'avais repéré un café très sympa, et toujours original, dans lequel l'emmener.
Et c'est là, sacoche en main, que je profitai d'un rapide moment pendant lequel il s'absenta, pour déposer en vitesse devant lui mon paquet (les rieurs sont des mal élevés), et la carte, et reprendre rapidement ma place comme si de rien n'était, pour le voir revenir, et voir son visage s'éclairer de la joie de l'enfant qui se lève au matin de Noël.
Mais voilà... Il y eut un Mais. Non pas au niveau de la joie, car Joie il y eut, bien sur, mais au niveau de mÔa, et de ma légendaire timidité. Parce que du coup je n'osai pas le regarder quand il découvrit le tout, sans doutes autant par timidité que de peur de voir plus de malaise que de joie dans ce regard, ce qui -une fois la tête froide je le réalise- eut quand même été justifié, reconnaissons le.
Je fus encore une fois qualifié d' « adorable », et il était tout gêné de n'avoir, lui, rien à m'offrir. Ce que, et vous suivrez bien mon raisonnement j'en suis sur, je préférai. Parce que sinon, ça aurait quand même encore plus brouillé la situation, car ça aurait signifié que la baleine était toujours sous le gravillon. Seul l'amour avait motivé cette débauche de présents de ma part, mais lui, quelle aurait été son excuse s'il avait eu la même attention, vu que nous n'étions pas des amis de longue date ou intimes.
C'était le jour du lancement de Vista, je m'en souviens, car j'avais entendu le matin même à la radio qu'un feu d'artifice était prévu devant la grande Arche pour célébrer l'événement. Et que bien sur, j'avais dès lors décidé que je l'y emmènerai, émoustillé par l'idée d' y assister à ses cotés, emmitouflés côte à côte dans le froid.
Je lui souris donc énigmatiquement lorsqu'il me demanda ce que j'avais prévu pour la suite (il avait apparemment facilement pris le pli de me considérer comme l'organisateur des programmes de nos entrevues, ce qui ne me gênait pas puisque j'adorais ça.) et le traînai dans le RER A.
Arrivé là bas nous, devant la grande Arche, et capitulant devant ses questions répétées (alleeeez, dis le moiiii, on va faire quoiiiii?), je lui dévoilai mon idée, ce à quoi il me répondit « En tout cas toi, ya un truc qu'on peut pas te retirer, t'as toujours une idée originale, t'es toujours sur les bons coups »
(sauf que ce bon coup là, je ne pouvais pas être dessus. Enfin, bon coup, j'espère...)
Hélas, nous y apprîmes que le feu ne débuterait qu'à 21h00, ce qui nous faisait trop tard à tous les deux, puis après que j'aie décliné sa proposition d'aller se poser un moment au Starbucks attenant, nous reprîmes le chemin de la station de RER, afin de rentrer chacun chez soi. Il voulait rentrer en bus, aussi quand nous passâmes devant l'accès du métro que j'avais dans l'idée de prendre, je décidai de finalement prendre un bus moi aussi (pas le même forcément puisque nous allions dans des directions opposées -là aussi-), mais comme ça je l'accompagnerai jusqu'à son bus avant d'aller prendre le mien. « Je ne veux pas te retarder, tu sais » me dit il.
A ces mots, une toute petite ampoule s'est allumée au fin fond de ma masse cérébrale, et comme lors de son coup de pompe de Noël, j'eus la certitude que je ne le reverrais plus après cela. Encore une fois je ne peux pas dire pourquoi, j'en étais sur, c'est tout.
Le cadeau avait peut être été l'attention de trop...
Et puis au final, ben j'ai eu raison....
Son anniversaire tombait la semaine suivante je lui envoyai un texto, qui resta lettre morte un jour, une semaine, un mois....
* * *Il semblerait que je j'aie enfin fini ici de te soûler avec tout ce sirupeux récit à épisode qui je l'espère t'aura quand même un peu plu.
Tu es en tout cas bien urbain de l'avoir lu de bout en bout.
Sois en sur, Dieu te le rendra, après avoir fini avec les moines Birmans, tu n'as qu'à prendre Gala en attendant....
En vous r'merciant bonsoir.
Ps je dois spécifier que je ne suis pas tout à fait honnête sur la fin.
Nous avons récemment repris contact.
Et évidemment, devine qui a écrit en premier...
Mais nous devons aller bientôt prendre un café...
Et là, devine qui a invité en premier??? :o)
Elle est bonne, mais on la refait!!!!