La vie avant Mai 1968 - 1 - L'enseignement.
Sarkozy a dit qu'il fallait "balayer l'héritage de Mai 68".
J'avais 20 ans en 1968.
Je vais vous raconter ce qu'était la vie avant 68, vous verrez ainsi, si cette vie vous fait envie ou si vous préférez celle qui découle des évènements de Mai 68. Celle que nous vivons.
Pour ma part, mon choix est fait, après 68, c'est tellement mieux.
Que ce soit le primaire ou le secondaire, toutes les écoles, collèges ou lycées n'étaient pas mixtes.
Je suis toujours allé dans des écoles , lycées ou collèges de garçons, pas de filles à l'horizon.
Quand je suis allé au CP, en 1954, nous habitions dans le 19ème rue de Flandre, au coin de la rue Corentin Cariou, le groupe d'immeubles a été détruit depuis.
Mon père, après avoir squatté tous les lundis après-midi l'office HLM rue du cardinal Lemoine avait quand même obtenu un deux pièces, cuisine.
Deux pièces de 10à 11m2 environ, une cuisine de 1.80m2 qui servait aussi de salle de bains, toilettes à la turc sur la palier.
Mon école primaire se situait à environ 7 à 800 mètres de mon domicile, et j'y allais au début accompagné par ma mère, puis les autres années seul avec des copains.
Il n'y avait presque pas de voitures dans les rue et nous jouions aux billes tout le long du chemin dans le caniveau.
Parfois on trouvait une pièce de 1 ou 2 francs (anciens) ce qui correspondait à 10 centimes.
Avec 1 franc on pouvait acheter un bonbon, un caramel.
L'école, pour vous faire une idée, il vous suffit de regarder des photos de Doisneau.

Photo Robert Doisneau.
La blouse était obligatoire, la plupart des fournitures étaient fournies par l'école, donc à part une trousse, un cartable et la blouse, les parents à cette époque n'avait pas grand chose à acheter.
La discipline était assez stricte, quand le directeur entrait dans la classe nous devions nous lever à coté de notre table.
Leçon de morale tous les matins.
C'était encore des tables en bois avec sièges faisant partie de celle-ci, le plateau était incliné avec sur le coté droit en haut , l'emplacement pour l'encrier en porcelaine remplit au début de chaque semaine.
Le stylo à bille n'existait pas et nous écrivions avec des portes-plumes, je me rappelle en avoir eu un rapporté de vacances avec au mileu une photos que l'on regardait à travers une petite loupe.
Ce n'était pas si facile d'écrire, on avait les doigts pleins d'encre, parfois la blouse aussi.
J'ai eu de la chance d'avoir de bons instituteurs ou institutrices.
Certains étaient assez sévères, et parfois certains de mes camarades, si ils n'allaient pas au piquet se prenaient une fessée, une gifle.
Il ne serait jamais venu à aucun des parents d'aller trouver l'instit et de lui en faire reproche.
Il n'y avait pas de télés, que la radio, et le savoir, c'était "l'Instit".
J'ai fait tout mon primaire dans le 19ème, et quand ma soeur a eu 5ans, mes parents ont obtenus un appartement dans le 17ème , là où vit ma mère actuellement, un trois pièces avec salle de bain et wc.
Le rêve, ma mère attendait depuis des années un vrai appartment avec de vrais wc.
Au début, nous étions un peu perdu, et nous nous appelions pour savoir dans quelle pièce nous étions.
Nous avons déménagé à la fin du premier trimestre, j'étais en 6ème.
Le 1er trimestre, j'allais au Lycée Jacques Decourt au métro Anvers, j'y allais seul.
C'était un lycée de garçon, immense, avec une cour pour les 6èmes, une pour les 5èmes, et ainsi de suite jusqu'à la terminale.
Quand nous sommes arrivés dans le 17ème, le lycée Honoré de Balzac ouvrait ses portes, mon père s'y est rendu pour m'y inscrire, mais il a reçu une fin de non-recevoir, au lycée Honoré de Balzac, on accueillait pas de fils d'ouvriers (mon père était toouneur outilleur). De médecins, d'avocats, oui, mais surtout pas d'ouvriers.
Comme mes parents ne voulaient pas que je continue à prendre le métro pour aller au lycée, ils m'ont inscrit dans un collège près de l'avenue de St Ouen.
Là encore, un grand bâtiment devant un square, coupé en deux, coté gauche les garçons, coté droit les filles.
Réglement, interdiction de parler à un fille dans un rayon de 800 mètres autour du collège, sinon 3 jours de mise à pied.
Le réglement était assez stricte, comme dans tous les lycées et collèges.
Interdiction de parler en classe, quand les cheveux commencaient à devenir un peu long, avertissement du prof principal, sinon 3 jours de mise à pied, et ainsi de suite.
Nous trouvions tout cela normal, nous ne savions pas que les choses pouvaient être autrement.
Les classes étaient déjà surchargées, 33 élèves par classe en moyenne.
Pas d'étrangers, que des français bien blanc. Une fois en 4ème un Alsacien est arrivé, pour nous c'était un étranger et il lui a fallut un peu de temps pour être accepté.
Il y avait une chorale, ça j'aimais beaucoup dirigé par notre prof de musique qui était à l'époque directeur des Jeunesses Musicales de France.
Cet homme m'a fait découvrir la musique classique, je me rappelle qu'il avait commencé par "Les tabeaux d'exposition" de Moussorsky.
Il nous fallait avoir un instrument, certains de mes copains avaient un Mélodica, mais c'était trop cher pour mes parents et je n'avais qu'un pipeau.
Nous avions atelier. Fer et bois. Autant les autes professeurs, même si parfois ils étaient sévéres, ils étaient généralement justes dans leurs punitions.
Mais les profs d'atelier étaient souvent d'anciens ouvriers, pas pédagogues pour un sou, et ils avaient la mains lestes, ils ne prenaient pas de gants.
Là non plus les parents ne se dérangeaient pas pour venir se plaindre d'un mauvais traitement.
J'ai terminé mes études secondaires fin 3ème, en juillet 1963, j'ai eu mon BEPC comme une lettre à la poste, mais après une très bonne 4ème, j'ai gandé en 3ème et bien sur raté mon entrée en seconde.
J'ai passé un concours pour entrer aux Arts Appliqués, ce que je ne savais pas, mes parents non plus, et les profs apparemment pas, c'est une école qui se prépare, nous étions 300, ils en prenaient 30 et je n'ai pas été dans ces 30. Cette année là, tous les concours pour aller dans un lycée ou ailleurs étaient le même jour, donc pas possible de postuler ailleurs.
Et comme durant ma 3ème, les quelques redoublants avaient foutu un peu "la merde", il a été décidé qu'il n'y aurait pas de redoublants l'année suivante.
Donc, la seule solution aller travailler.
Mais ça je vous en parlerai une autre fois.