la gay pride 2 : le retour de la vengeance (bientôt sur vos écrans)
Il y a un an, j’écrivai ça : [www]
(si-si, souvenez-vous, c’est ce qui a fait jaser le JDI pour quelques jours, et m’a officiellement converti en homophobe attitré de GA pour quelques mois).
Je ne réprouve pas mes propos d’alors. Je serais le premier à admettre qu’ils étaient le reflet d’une personnalité un peu problématique, entre désir de choquer, d’être reconnu, et revendication désordonnée, voire sans objet défini a priori. Ce qui serait faux, dans le même temps : tout était bien ordonné, dans ma tête, il me manquait juste des pieux pour étayer le tout.
Après un an à Paris, et un an très gay, je dois l’admettre (je dis bien Gay, pas Homo), ma position, sans se désavouer ni se convertir, a évolué.
Le propos, il y a un an, était de dénoncer une manifestation qui pour moi était devenue désuète, obsolète, voire perverse : il me semblait qu’elle nous desservait par sa forme même. Très marqué (et plutôt mal) par les images des GP revendicatrices des années 1996, j’ignorais exactement quel avait été le terreau de ces revendications, et pourquoi elles s’étaient affichées avec tant de… couleurs. En discutant avec mes aînés tout au long de l’année, même en affichant ouvertement mes positions, j’ai pu en apprendre plus long sur l’histoire récente de notre « communauté » (ceux qui ont écouté France Inter ce matin souriront avec moi)
Très frondeur, ou même irréfléchi, je pensais qu’il était nécessaire de rénover la GP, pour lui permettre de renaître dépouillée de ses excès visuels, souvent source d’incompréhensions auprès de la population. Un ami d’alors avait abordé le thème d’une manifestation qui avait déjà eu lieu en amérique, dans les années 60, un défilé en costumes gris, pour manifester au monde la fierté des gays d’être similaires aux hétéro. Pas structurellement différents. Je pense toujours que ce type de manifestation aurait son utilité.
Cela dit, même si je ne ferais pas la GP, et si je n’accepte toujours pas son folklore, dans lequel je ne me reconnais pas (et pourtant, les mots sling, poppers, jog, ssr, ff, bear sont loin de m’être inconnus), je n’irai pas dire qu’elle est inutile.
Quelle est la situation, aujourd’hui ? En 40 ans, la population a appris à nous connaître. Ou plutôt : elle a appris à supporter notre présence. Y en a-t-il beaucoup, parmi vous, qui se sont fait tabasser, ou insulter, au moment de leur coming-out, auprès d’amis ou de frères et sœurs ? Personnellement, je n’en connais aucun. Certes, les parents ne prennent toujours pas forcément avec calme la nouvelle, mais on aurait du mal à leur en vouloir : même le plus rationnel des parents verrait dans cette annonce la perte d’une descendance, celle de l’opportunité de reproduire le schéma parental au moment de la naissance de leurs enfants, voire le spectre d’une erreur dans les principes d’éducations adoptés au fil du temps.
Au travail, la situation est variable, mais cela reste toujours subordonné à la notion de CSP, de niveau d’éducation, de milieu d’origine, et de capacité de tolérance. Pourtant, ce ne sont pas forcément les classes sociales aux revenus et au niveau d’éducation les plus bas qui sont les plus intolérants, bizarrement, mais peut être les faibles diplômés, en proie au désir continuel de reconnaissance et à un complexe d’infériorité favorisé par des échelons hiérarchique très marqués.
Dans la rue, il est évident que la situation demeure difficile, mais elle ne l’est pas exclusivement à notre égard. Une amie s’est déjà entendue traiter de « sale juive » sans raison, un autre s’est fait tabasser sans aucune autre, mon ancienne ville connaissait son lot de vieux fous racistes qui poursuivaient les « minorités raciales » pour en finir avec eux (je pense notamment à la vieille du tram à la hachette, pour les orléanais qui me lisent)… la rue n’a pas besoin de prétextes, pour être agressive, intolérante, et exercer un droit indu de jugement et de condamnation. Pourquoi se priverait-elle de ceux qu’on lui offre ? Nous ne sommes toujours pas égaux face à la loi et aux institutions, il est normal –entendre logique- que nous ne le soyons pas aux yeux du peuple, et donc de la rue.
Tout ceci dit, peut-on établir des comparaisons entre le monde d’aujourd’hui et celui des années 60 ? A un moment où l’homosexualité était encore décrite par les manuels de médecine et de psychanalyse comme un dérèglement néfaste et dangereux, puisque prosélyte ? A un moment ou l’homosexualité était encore un délit ? Parlait-on alors de « coming out », d’acceptation ? pas vraiment : les seuls qui pouvaient encore bénéficier du statut d’inverti étaient les artistes, dont on aurait accepté n’importe quoi, puisqu’ils étaient « artistes ».
La Gp est née d’un ras-le-bol spontané, d’une réaction presque naturelle à un état de fait intolérable mais presque inscrit au statu quo. D’une intolérance élevée au rang de règle, de norme, et d’un discrédit total. Dans de sens, manifester de manière extravagante prenait tout son sens, la parade restait celle, naturelle, de l’animal en phase d’autodéfense, qui utilise les atouts que lui a donné la nature (souvent visuels), pour éloigner les prédateurs. Ni plus ni moins.
Mais nous n’avons plus de prédateurs. Au pire, des détracteurs (cf i-deo), mais nous n’avons plus à nous défendre et à nous affirmer, les gens SAVENT qu’on est là, qu’on est de nature variée, et qu’on ne pourra rien faire contre nous. De toute façon, nous ne gênons plus beaucoup de monde (vous savez, madame Michu, tant que c’est pas mon fils, moi je m’en moque, je les trouve marrant). La seule chose, aujourd’hui, c’est qu’on a encore du chemin à faire au niveau de l’égalité.
« c’est une dose de pédé, ça ! » ; « t’es une tapette ou quoi ? soulève-moi ça ! » ; « je vais pas mettre du rose, je suis pas pédé ! »… aujourd’hui, même si on est relativement accepté, on reste sous le coup de clichés. On pourrait mettre en cause des films comme La Cage aux folles, mais ce serait tenir là un bien mauvais procès, puisque c’est peut être le premier film qui a offert une réelle visibilité à notre « communauté ». en tout cas, auprès d’un public large. Les conceptions courantes, même innocemment, nous placent toujours dans une case dépréciative. Au même titre que toutes les autres minorités, cela va sans dire (« travail d’arabe », « manger en juif », « femmelette »…), mais c’est peut être à ce niveau précis qu’il faut changer les choses. Et c’est peut être à ce sens qu’il serait probablement préférable d’organiser une GP sans plumes ni paillettes, en costume de travail (costar, vêtements de ville, tablier, …), pour n’offrir aucune aspérité à nos détracteurs pour nous conspuer, mais seulement le spectacle de la plus belle des batailles : la réfutation par la preuve.
Je dis ça, je dis ça… et on ne voit plus très bien pourquoi j’ai commencé en disant que j’avais changé d’opinions sur le sujet, non ? la différence, elle est là : ma génération n’ayant jamais connu de difficultés pour s’insérer et s’accepter (enfin pas trop : dans mon petit village, « sale pédé », c’était la meilleure façon de commencer une vendetta…), elle n’arrive que dans un terrain déminé et ne PEUT comprendre pourquoi la recette du combat n’a pas changé alors que le champ de bataille n’est plus le même… De l’autre côté, les génération précédentes ont connu des ségrégations tellement fortes qu’ils peinent à voir à quel point la situation a changé.
Lorsque je dis qu’il faudrait une GP « normalisante » (comme elle se fait dans d’autres villes, par exemple ; Saint-Jacques de Compostelle en connaît une digne d’une manif étudiante), je suis à la fois dans le vrai et dans le faux. Une telle manif permettrait de montrer au monde à quel point il n’a pas à nous hair, à nous croire différents, « anormaux » ; mais dans le même temps, qui nous dit que le message serait assez fort, qui nous dit que la manifestation ne finirait pas par s’essouffler ? au final, au bout de dix ans, les homos seraient devenus tellement « normaux qu’on les oublierait ? jusqu’à ce que les mentalités changent de nouveau, et que l’intolérance se réinstalle, faute de visibilité et de fierté ? c’est l’âne de Buriden, cette histoire. Ou le choix à la Corneille.
A moins que les avancées dans le champs audio-visuel et la culture de masse, obtenus entre autres grâce aux revendications successives des dernières décennies, permettent une visibilité et une acceptation auprès du public suffisante. Dans tous les cas, comment aujourd’hui agir efficacement pour que la « fierté » d’être gay permette à tous de se sentir fier non pas d’être gay (je ne vois pas pourquoi il faudrait s’en enorgueillir tout particulièrement), mais d’être vivant, en bonne santé (enfin… pas tous ;) ), et heureux d’être là. ?
J’ai peut-être une solution à proposer. Cette année, si on faisait de la GP un acte réellement pragmatique, un objet de fierté et de revendication ? Et si on faisait de la GP une manifestation ? quel jour pourrait être plus idéal que celui-ci pour défiler, tous ensembles, avec banderoles et slogans réalistes, pour réclamer au gouvernements des changements, des rénovations, des statuts enfin égalitaires ? pourquoi ne pas profiter d l’occasion pour faire une marche de la dignité gay, et réclamer enfin le droit d’être reconnus et égaux ?
J’irai à la GP le jour ou tout le monde fera corps pour demander aux gouvernants le droit de se marier, d’adopter (choses que je serais bien le dernier à faire, par ailleurs), et de figurer socialement au même rang que les autres. L’homosexualité a été dépénalisée, qu’on pousse enfin l’acte jusqu’au bout, 25 ans après, et qu’on permette enfin aux homos de ne plus être hors la loi, différents, rejetés : le jour ou les homos profiteront de la tribune que leur offre la GP pour demander à être reconnus et acceptés, et non plus pour revendiquer des fiertés pas toujours compréhensibles, ce jour-là je serai en tête de cortège, avec un porte-voix, le bras sur les épaules de mon voisin.
Surtout à l’heure ou l’on retire sa nationalité française à un homo qui se marie ailleurs, sans la refuser lui-même.