L’Adagio d’Albinoni – junk critique
Je ne me souviens pas du nom complet. Je l’ai entendu des centaines de fois quand j’étais petit. Dimanche, ma mère hésitait à me prêter sa compilation d’adagios Herbert Von Karajan Deutsche Gramophone truc parce qu’elle pensait que ce n’était pas le moment que j’écoute des choses tristes.
Ce n’est pas si triste. Bien sûr, il y a des avalanches de violons, mais ce n’est jamais lourd comme dans les télémélos de l’après-midi, peut-être parce que les violons ne sont pas des synthés. Sa structure m’est familière car on la retrouve dans beaucoup de morceaux que j’aime : s’arrêter un peu cent fois, reprendre cent fois, ne jamais s’achever sauf une fois sans raison.
J’ai toujours envie de réaliser le film de ce que j’écoute ou de ce que je lis. Si je réalisais le vidéo-clip de l’Adagio d’Albinoni, il s’agirait de boulimie. Deux plans fixes et juxtaposés sur une même image montreraient une même jeune fille au ralenti à deux moments de sa vie. A gauche, de face et en gros plan, elle mangerait au ralenti des choses sucrées. Cent fois, on la sentirait rassasiée, mais cent fois elle prendrait autre chose. A droite, on la verrait de dos 3/4, au ralenti, vomir dans une cuvette de chiotte. 100 fois, elle éprouverait ce soulagement d’en avoir fini mêlé au besoin de ce que cela continue mêlé à la crainte de ce que cela ne s’arrête pas. Au bout des onze minutes et quelques, dans un silence qui suivrait artificiellement, on la verrait sur les deux plans passer le revers d’une main sur sa bouche.
27/12/04 - 19:26
Vous écrivez bien.
jeuneparisien1978