Bande-son d’une feuille d’érable en feu. (Godspeed You Arcade Fire!)
“Hey. The streetlights all burnt out.”
Manchester, 1999. “Une année sans lumière. Je monte un cheval qui porte des oeillères.” Adolescent encore, j’ai demandé à un camarade de corridor de me faire découvrir de la musique. Il avait sept étagères de CDs et cela me fascinait. Il ne savait pas choisir alors je lui ai dit : « the sadest thing you have. » Il a réfléchi, pas longtemps, souri : « Oh! This is really really sad. And really scary as well… » C’est à ce moment que j’ai commencé à aimer le groupe Godspeed You Black Emperor!
Cela venait de Montréal. J’ai vécu les années suivantes au rythme des productions de ce groupe et de ses dérivés : A Silver Mt Zion, Set Fire to Flames… Au rythme niqué de leurs morceaux de vingt minutes aux titres à rallonge. Je ne sais pas parler de musique, je ne sais que raconter : sans paroles souvent, ça parlait du quotidien des apocalypses, de fantômes de chats écorchés qui rôdent dans des champs de rails en friche qui n’ont jamais été que des cul-de-sac, de projets immobiliers qui rasent tout et surtout ce que nous ne serons plus, de fièvre, d’Amérique.
C’est sombre. C’est sombre et pourtant, au fond de l’océan, où l’on ne voit rien, où l’on sait que l’on ne remontera pas, où le sable balayé par nos pas s’agite en de petites tempêtes, des animaux fabuleux surgissent, mythologiques, immémoriaux, produisent de la lumière avec leur corps et passent. “Hey, my eyes are shooting sparks. La nuit, mes yeux t’éclairent.” C’est la force de cette musique. C’est ce que je viens de retrouver dans un autre groupe canadien découvert cette fois grâce à un inconnu de l’Internet : The Arcade Fire. Une étape est franchie dans mon évolution musicale et The Arcade Fire arrive avec à-propos après 2004 et son lot pour moi d’électro/rock : il opère une sorte de synthèse entre, d’un côté, la vision de Godspeed, les pas sourds et fatigués d’une émeute déglinguée aux rêves intacts, et de l’autre, l’énergie et la naïveté des groupes pop/punk/rock que j’entends en ce moment. Une synthèse qui ne m’épargne rien : ni le pathos, ni la mélodie, ni les « whoo! », ni l’accordéon, ni le titre de l’album : « The funeral ».
“Ne dis pas à ton père qu’il porte des œillères. Hey, your old man should know, if you see a shadow, there’s something there.”
(The Arcade Fire, Une année sans lumière.)
09/01/05 - 17:09
Ton article m'a donné envie d'écouter du baroque, merci
sorty