Body Week-End

Your body, my body.
Dans le cadre urbain, j’écoute la chanson d’Ellen Alien « Your Body, My Body » que C. a postée. Je ne me rappelle pas les paroles qu’il a écrites, mais je les place sur la musique en me fiant à l’approximatif souvenir de leur longueur, de leur rythme. J’invente des syllabes ; à la dérobée, des mots. Mes lèvres suivent. La voix, peut-être : je ne l’entends pas. La foule se presse un peu partout. My body, their body. « L’amour comme un boomerang ».
A la discothèque, je mets en scène les enjeux dramatiques que je me suis inventé pour la nuit. Les personnages entrent, sortent. Peu de mots, quelques gestes, des regards surtout, ou pas. Celle qui était la meilleure amie de mon petit ami il y a des années, et dont je me dis chaque fois que je la croise qu’elle cherche à m’ignorer. Son frère. Je pensais qu’il s’appelait R. Je l’aborde. Il s’appelle S. mais j’ai trouvé le courage de parler à sa sœur. Un homme qui mange au même restaurant inter-entreprises que moi dans une ville de bureaux. Un ancien directeur de stage, assidu, torse nu, sourire d’ecstasy ; le stage avait pour motif la prévention de la toxicomanie. Un ancien d'ici, apprécié pour ses yeux et ses photos. Un autre ancien d'ici. Des garçons-cibles, vaguement. Des amis. Les beats. « Je sens des booms et des bangs. »
A la Marche, chaque catégorie s’absorbe de ses revendications catégorielles, chaque gogo d’occase de son corps, chaque passant s’arrête, se poste, parfois hors du parcours. Aux sirènes, on s'allonge sur le sol en silence. « Sida : cause toujours. » My body, your body. « Sache que ce coeur exsangue... »
A la soirée chez F., je porte un débardeur mauve pour avoir l’air accessible et sympa et je le fais savoir. Je me dis que j'ai envie de dire aux gens « Qui êtes-vous, exactement ? » pour m'amuser mais je me retiens et dis plutôt que je porte un débardeur mauve pour avoir l'air accessible et sympa. Cela fonctionne à n’en pas douter. Dans une pièce, on parle militantisme. Dans l’autre : « My milkshake brings all the boys to the yard. (…) Fils de bourge, fils de bourge, que des fils de bourge, putain de fils de bourge (…) You’re my lovely toy, I am your lovely boy ». Dans la chambre, les gens allongés comme toujours dans nos soirées.
Dans le métro au petit matin, un homme me demande ce qui est écrit sur l'étiquette du flacon qu'il me tend. Une préparation pour injection à base de chlorate de truc en -caïne. Il se demande s'il a bien fait de le voler. Il me raconte avoir traversé une vitre. « Maintenant, ils mettent des vitres sécurisées, c'est mieux ». Ses plaies sont visibles un peu partout - « Peu à peu je me déglingue » - sur la main qu'il me tend aussi. Je la serre, je sourie. My body, his body.
Au matin, my body, his body. La fenêtre grande ouverte, le ciel donne en plein sur le lit. « L’amour comme un boomerang ». A la messe au même moment, His body, sûrement.
A la piscine, un petit garçon et une petite fille, peut-être chinois, ont piqué dans le chariot réservé aux dames de l’aquagym des grandes tiges de couleur qui flottent. Encombrés de leurs tiges, planches et ceintures, ils ont entrepris de traverser le bassin comme de petits écureuils une autoroute. Les grands nageurs, les lignes de séparation sont autant d’obstacles ; ils sautillent, se faufilent. Arrivés à l’endroit où l’on peut jouer, ils se servent des tiges comme d’armes et les font claquer bruyamment sur la surface. Leurs planches sont leurs boucliers. Des samouraïs. Une petite fille a choisi comme autre stratégie de faire le tour du bassin en trottant, quatre ou cinq grandes tiges flottantes sous le bras, espiègle. Sous les douches pour hommes, « toi qui fais partie du gang », my body, their body.
27/06/05 - 11:05
Trop beau! On dirait du Nicolas Pages défoncé au Cacolac!
baloo65