30/06/2004Me suis replongé dans la foule hier, traditionnel pot de fin d'année au lycée, l'occasion de revoir les collègues, "fêter" les départs à la retraite, le départ du proviseur.
Chez nous les proviseurs arrivent en fin de carrière, restent quelques années puis s'en vont cultiver définitivement leur jardin, ça donne en général des petits monsieurs courtois et gentils, plus décoratifs qu'efficcaces, mais intelligents, et ça me convient très bien. Sans ambition puisqu'en fin de carrière, ils aspirent avant tout à la quiétude pour leurs dernières années de service. Alors, tout en faisant semblant de "gouverner" pour la forme, ils nous laissent gérer la "boutique" à notre guise, à partir du moment où le travail est fait correctement. C'est nettement plus vivable qu'un jeune con autoritaire qui cherche à faire ses preuves en fourrant son gros nez partout.
J'ai pas encore vu la tronche du nouveau puisque j'ai été absent du lycée ces temps-ci mais il paraît qu'il a lui aussi pas mal de kilométrage, tant mieux.
Il y avait aussi une demi-douzaine de mères (l'enseignement est un métier très féminisé) venues présenter leur bébé né dans l'année, c'est la coutume, elles exhibent le petit être dodu et en échange reçoivent sous les applaudissements une charmante petite salopette taille un an avec des schtroumfs brodés dessus.
Cette année ça m'a fait mal d'assister à ça, merde si je peux même plus regarder un bébé, ça devient grave. 29/06/2004L'air de la ville ne me vaut rien, me voilà de nouveau à passer la nuit sur le clavier.
28/06/2004Mon pôpa ma mômanA mon âge avancé j'ai encore mes deux parents, beaucoup n'ont pas cette chance... Je vais monter les voir près de Paris, ils ont pris un coup de vieux, la mort de Martin les a affectés. Je vais les voir... séparément. Il y a vingt ans mon père a craqué pour une petite jeune (qui a vieilli depuis...) et s'est installé avec elle. Depuis, mes parents ne se sont plus jamais adressé la parole, sauf par lettre pour les questions financières... ils habitent à deux pas l'un de l'autre et baissent la tête lorsqu'ils se croisent par hasard dans la rue.
J'avais pensé que compte tenu des récentes circonstances, ils auraient fait un effort, ben non... Je trouve cet enfantillage ridicule, un caprice de vieillards. Bon, c'est leur vie après tout... Je vais repasser au lycée je l'ai promis, faut organiser la rentrée, j'éviterai la salle des profs sauf aux heures creuses. Je dois aussi faire mes comptes d'urgence, heureusement que ma banquière est adorable, j'aurais jamais dit çà d'un banquier, mais elle, vraiment ... Faut que je lui offre des fleurs.
Deux jours au calme avec Domi, Cathy et Ptimari, c'était bien. 25/06/2004Marion ne m'avait pas appelé depuis trois jours, elle avait donné des nouvelles à sa mère, je me sentais connement jaloux. Je viens de l'appeler moi, je vais mieux, j'ai hâte qu'elle revienne, mais je veux pas lui mettre la pression, elle doit être bien là-bas avec ses potes, j'ai envie de la voir, vite. Je vais peut-être aller chez elle quelques jours, j'en ai besoin. Je ne lui ai peut-être pas assez montré combien je l'aime ces derniers temps, je ne dois pas recommencer la même connerie qu'avec Martin.
. Je regarde le petit sac à dos, pas besoin de l'ouvrir, je sais exactement ce qu'il y a dedans, le poncho, les sandales, le couteau, la carte du monde, les lunettes cassées, les billets de train, la flûte, les enveloppes et les timbres non utilisés, le crayon, les trois photos, la carte de crédit, quelques dizaines d'euros. Aucun vêtement, quand on part pour longtemps, on prend des fringues, non ?
Bagages, je dois les faire sinon Ptimari va faire sa moue quand il va sortir du boulot, je ne sais plus, on met quoi dans une valise déjà, je ne sais même plus faire une valise, la montagne, j'ai pas envie de marcher, pourvu qu'il pleuve. Aujourd'hui est une journée comme les autres. Aujourd'hui doit être une journée comme les autres. Les dates n'ont aucune importance, ce sont de simples nombres à deux chiffres, une pure création mathématique liée au découpage de l'année en mois. Merde, je l'ai dit. Le mot. Mois. mois, mois. Un mois. Je ne dois pas y penser, sinon ça recommencera à chaque fois. Jusqu'à quand, pendant combien de temps... C'est gagné, je sens venir le sommeil, je dois absolument me faire un joli rêve, mais il ne me vient rien à l'esprit pour le moment. Je vais essayer de me concentrer sur le sourire charmeur du beau Zoé, en général ça marche toujours. 24/06/2004Me suis finalement décidé, appelé le psi de MC qui m'a orienté vers un psychiatre vers Gambetta, j'élimine d'office CB que je connais un peu, ça serait pas assez neutre, j'oserais rien lui dire, j'attends encore l'appel de Josy qui doit me filer les coordonnées de son pote à la Bastide. Il est urgent que je commence à vider mon sac, les blogs sont pas vraiment faits pour ça même si ça fait un bien immense de causer.
J'irai pas au concert d'Anna c'est trop morbide, je descends demain vers Oloron avec Ptimari pour m'aérer le WE jusqu'à dimanche soir. Je me patcherai dès le matin, j'en suis à quarante clopes par jour et Domi m'a dit que j'aurai une canule dans la gorge si je continuais comme ça. . . .Il fait clair... Ptimari est parti bosser avec la moue des mauvais jours et son petit sourire "je dis rien mais j'en pense pas moins" que j'aie pu passer toute la nuit sur l'ordinateur.
" Il est l'homme le plus agressivement gentil que j'aie jamais rencontré "; (Stephen. Mc Cauley), ça lui va comme un gant, cette description, ce don qu'il a de m'énerver quand il cherche à bien faire. ...Je me suis fait bêtement du mal à fouiller dans mon carton, je sais qu'il ne faut pas mais c'est plus fort que moi. J'ai besoin de toucher ces objets. Une vie dans un carton, un concentré de court bonheur. J'ai pas encore sommeil. Ptimari ronfle, trop tard pour dormir, il se lève dans une heure, il va aboyer si je me couche même avec mille précautions. Je m'aperçois que je n'ai personne que je puisse réveiller au téléphone à 4h20 du matin, et puis pour dire quoi ? Que le temps est long ? Et si j'attendais simplement que le jour se lève ? . . .J'ai peur d'aller me coucher, la nuit mes défenses faiblissent et je me mets à penser exactement à tout ce que j'ai soigneusement évité dans la journée. L'idéal serait de dormir debout la lumière allumée mais c'est pas très confortable. Je vais attendre de tomber de sommeil. 23/06/2004Un mois d'amnésieCe qui me fait le plus prendre conscience du vide c'est de voir comme le monde a continué de tourner, je n'ai pas vu passer la gay pride ni le mariage de Bègles, paraît que Bush est venu en France et que Reagan est mort. Je recommence à regarder mon agenda, c'est bon signe, je vais faire des projets mais lesquels ? J'ai peur de l'été qui arrive, où aller ? Loin d'ici, c'est sur. . . .Ce soir je bouffe chez Pierre, demain je vais voir "La Chambre du Fils" à l'Utopia, c'est peut-être un peu tôt mais MC tient absolument à écouter le débat après le film. Et puis y'a le concert d'Anna à la Bastide, elle va le dédier à la mémoire de Martin et nous a refilé des invites, je crois qu'on va pas pouvoir y couper.
J'ai passé une partie de la nuit à chatter sur des sites de cul, Ptimari ronflait, j'arrivais pas à me coucher, comment il peut arriver à dormir comme ça, bon OK il taffe à 5 heures du mat, mais c'est pas une excuse, je crois que je lui en veux un peu quand même d'arriver à s'endormir comme ça...Bon c'était sinistre cette nuit, pourquoi veulent-ils tous connaître la taille de ma queue ?
13 heures 30, résolution n° 1 : Je me lave et je me rase, je dois faire peur à voir.
. . .Je dois m'occuper de Ptimari. Son toubib lui a dit que j'allais sûrement bientôt le jeter, que ça arrive après les grands chocs, on fait le ménage. Son toubib est un con. . . .
Bordeaux, le 23 Mai 2004
Ne t'inquiète pas : Je vais bien. J'en avais simplement marre de ma vie de merde qui se réduisait aux intégrales et aux espaces vectoriels. Alors là, c'est dimanche soir, je suis à la gare Saint-Jean (je t'ai menti en te disant que j'allais à l'internat).
Je prends un train pour Nice à 0 h 59. C'est tout ce qu'il y avait de libre. Et je ne compte pas m'arrêter là-bas.
Donc je pars en vadrouille, je ne sais pas où.
Et je reviendrai un jour... Je ne sais pas quand ...
Je suis conscient que je fous ma grande carrière d'ingénieur informaticien en l'air, mais il valait mieux cà. Je dirais même plus, il le fallait parce que j'étais au bord du suicide (j'ai fait deux "petites" tentatives ce week-end et puis je me suis dit : pourquoi arrêter de vivre alors que je peux recommencer une autre vie ?)
Donc je pars, muni de mon pipeau, du poncho de Véro, d'un couteau suisse et d'une carte du monde.
J'ai également piqué une photo de la famille dans les albums avant de partir car je vous aime mais il faut que je parte.
Je me débrouillerai.
Je trouverai un boulot, ou je ferai la manche, ou au pire je crèverai dans un caniveau de Sarajevo mais je serais mort de toute façon en restant ici.
Je te promets 4 choses :
- Je ne me laisserai pas enrôler dans les réseaux de prostitution albanais.
- Je mangerai à ma faim.
- Je me laverai (dans la mesure du possible).
- Je t'écrirai régulièrement pour t'assurer que je vais bien.
J'estime que c'est l'essentiel.
Comme tu t'en rendras compte, je n'ai pas pris mon portable, je vais retirer des sous jusqu'à ce que je sois arrivé à destination (que je n'ai pas encore choisie). puis là, je trouverai un truc, un boulot, un hébergement, ou un trottoir... et je détruirai ma carte de crédit dès que je serai un minimum sur de "survivre". Mais je te tiendrai au courant de toute façon.
Je t'en prie, n'essaie pas de m'en empêcher.
Je sais que c'est de la folie, mais c'est mon choix. Je veux découvrir le monde maintenant, tout de suite, même si je dois le regretter pendant cinquante ans par la suite (mais honnêtement je suis sur que NON !)
Je sais que la vie qui m'attendait était nulle à chier, enfin c'était pas mon truc en tous cas... Devenir ingénieur comme C. , pour être dans le confort toute ma vie et partir en croisière à Cuba alors qu'il y a plus pauvre que moi, ça m'insupporterait.
Je sais que ça a l'air débile dit comme ça. Bon bref, j'arrive pas à l'exprimer mais je veux pas d'une vie commune de merde avec ma ptite femme (ou mon ptit mari, à voir ...), etc.
Et c'est murement réfléchi de toute façon, donc ne te dis pas que c'est une connerie, c'est en accord avec moi-même, voilà tout.
Bon je te fais des bisous le temps de poster ça avant de prendre mon train. Je t'aime tu vas me manquer.
A un de ces quatre ou un peu + tard ...
Martin.
(la dernière lettre de mon fils Martin il y a un mois, deux jours avant son suicide, le 25 mai 2004)
. . .J'ai repeint la bouilloire
Astiqué le tiroir
J'ai rangé le placard
Ciré l'armoire
J'ai fait hurler ma guitare
En éructant des sons bizarres
Puis j'ai marché au hasard...
Et tous ces gestes dérisoires
Pour oublier qu'il est trop tard
Tous ces gestes dérisoires
Pour ne pas penser au trou noir 22/06/2004Envie de meurtreHier j'ai failli tuer le voisin, le jeune con du FN qui beuglait la Marseillaise devant sa télé pendant le match, ça m'a pris comme ça, j'ai ressenti comme une bouffée de haine, une profonde injustice qu'il soit vivant, lui...
J'avais sumonté la fête des pères, mais la fête de la musique, c'était trop, le bruit montait de la place de la Victoire malgré mes fenêtres fermées, j'ai pleuré pendant des heures, bêtement tout seul, envie de téléphoner à personne, Ptimari était monté se coucher parce qu'il est malade, il ne s'en remet pas, lui non plus.
Je ne peux plus regarder tes instruments ni tes partitions quand je passe chez ta mère, il faut les cacher, vite. Je vais le lui dire.
Je ne peux plus regarder les immeubles sans revoir la terrasse d'où tu as sauté, on ne peut pas cacher tous les immeubles, j'ai pas encore trouvé de solution pour ça.
Et pour le lycée, comment faire ? J'y suis repassé hier pour la première fois, mes élèves ont tous ton âge, définitivement. On ne peut pas cacher tous les élèves. 16/06/2004Rigole pas, je me soigne.Ils l'ont tous dit, avec leurs mots feutrés, que t'avais pas souffert, les flics, le procureur, l'interprète, la femme de l'hotel, tous, c'est ce qu'on dit dans ces cas-là et je m'y raccroche bêtement. Tes fringues me tiennent chaud, j'ai jeté les plus pourries, j'ai donné tes rollers à A., MC garde le reste. Je sais que c'est très con de te parler, surtout ici mais ça me prend comme ça.
T'as fait comme t'as voulu, c'est bien, t'as des couilles mon bébé, je n'en aurais jamais douté, je t'aime. 13/06/2004Sans titreTe dire que je suis apaisé serait un bien grand mot, mais j'ai décidé de revivre, la preuve, tu vois, j'ai rallumé mon ordinateur et tente de chasser les mauvaises images qui glacent mes réveils, chaque matin, quand je me souviens... après l'oubli de la nuit.
Je n'irai plus jamais à Venise.
Tous ces gens qui m'aiment et me le disent, toi aussi tu nous aimais, alors pourquoi. Je t'aime mon bébé, je ferai le tour du monde à ta place, et je te dirai la couleur des "caniveaux de Sarajevo".
 |