W-E fatigant, la Pride, beaucoup de kilomètres et de manutention, je garde mon Tshirt orange plein de sueur en souvenir. Ptim a planté le défilé dès 15 heures pour aller dormir car il est de travail de nuit. Le dimanche je profite un peu de Marion avant qu'elle ne reprenne l'avion.
Aujourd'hui, lundi, je ne fais rien. J'appelle mon père qui est dans un état stationnaire puis je retourne au lit jusqu'à ce que je n'en puisse plus de dormir.
L’actualité à la télé, c’est comme les moutons qui font des petites crottes bien séparées sur les chemins de montagne. Un évènement gonfle, gonfle, puis explose comme une baudruche, bouffé par un autre événement. Qui se souvient encore du tsunami ? Du changement de pape ? Du festival de Cannes ? De Raffarin ? Combien de temps se souviendra-t-on de Villepin et de son plan pour l'emploi?
Quand l'été approche, c'est pire, l'absence d'événement politique rend les journaux télévisés encore plus ennuyeux. Je connais la une des JT des deux mois à venir, je peux débrancher le poste : Le bac, la canicule et la sécheresse, avec les incendies de forêts dans le Var et les jolis Canadair jaunes, le croisement des juillettistes et des aoûtiens sur les autoroutes, les reportages sur les campings bondés, sur les crèmes solaires, sur les denrées avariées...
Alors l'été, je ressors les livres que j'ai eu la paresse de lire pendant l'année. J'ai honte de l'avouer, mais je ne lis pratiquement plus que l'été. Il m'est souvent très difficile de m'y remettre, mes neurones engourdis luttent un peu au début. Je commence en général par quelque chose de facile, puis je me risque timidement à aborder des pavés un peu plus gros, progressivement, comme quelqu'un qui réapprend à marcher après une longue période d'alitement.
Fait chier... M-L vient de m’appeler du lycée, je lui avais promis que je l’accompagnerais visiter des élèves en stage cet après-midi, j’avais oublié. Pas envie d’y aller... Faire des civilités et des sourires aux tuteurs des stagiaires dans les entreprises. Les écouter déblatérer leurs conneries sur «les jeunes de maint’nant que c’est plus ce que c’était, qu’ils veulent plus rien faire, que rien les intéresse, blabla...»...
Bon, une promesse est une promesse, je vais me doucher et mettre une chemise propre.
8 Juin 2004, au matin. L’homme à la voix si douce pose l’urne et fait refermer la dalle.
Nous sommes épuisés, tout a duré longtemps, trop longtemps, deux interminables semaines à cause des complications administratives avec l’Italie.
La veille, l’homme nous avait expliqué que les autorisations nécessaires pour la crémation n’avaient pas été faites ni traduites correctement, qu’il ne pouvait rien promettre , que les certificats du médecin légiste et du magistrat étaient incomplets. Nous étions restés dans l’incertitude jusqu’à quelques heures avant la cérémonie, avant que la situation ne se débloque avec l’intervention de je ne sais plus qui, je ne sais plus où.
Je me souviens avoir pensé que c’était ridiculement petit une urne, petit comme un bébé, retour à la case départ.
Pas dans mon intention de déballer mes amants, juste parler du triptyque masculin sur lequel s’est (s’était) organisée ma vie : un père, un fils, un mari.
Un fils...
Mon père va bien, ils l’ont sorti de la réanimation hier soir pour l’installer en cardiologie, beaucoup moins de tuyauteries, et même une fenêtre par laquelle il peut apercevoir les arbres m’a t-on dit. Demain, il pourra avoir le téléphone et je l’appellerai.
J’aurais bien aimé avoir un frère. Je n’ai jamais eu de frère, et cela m’a manqué. Enfin, si, j’en ai eu un, quand j’avais cinq ans, mais il est mort peu de temps après sa naissance. Mes parents qui étaient à la fois très catholiques et très maladroits ne m’ont rien dit à l’époque. Ils m’ont dit qu’il était devenu un ange et qu’il était au ciel avec le bon dieu (sic). Je me souviens que je lui gardais mes jouets pour quand il redescendrait du ciel et que j’ai mis longtemps à comprendre la vérité. Je pense que cette période d’enfance est en partie à l’origine de mon anticléricalisme carnassier.
Je sais bien que je ne peux pas demander à Ptim de jouer le rôle de tous ces hommes qui me manquent ou m’ont manqué, je suis trop exigeant avec lui.
Plus de clopes. Je viens d'aller récupérer un vieux mégot dans la poubelle et je l'ai grillé jusqu'au filtre. A cause du fil du modem, mon portable est tombé par terre quand j'ai voulu me lever pour me servir un verre. Il semble fonctionner normalement. J'aurais dû quand même prendre le wifi.
Il y a un an vers 16 heures, je jetais un dernier regard à cette fumée noire en pressantant que je la verrais toute ma vie. Coïncidence, ce week-end, mon père a refait un infarctus, comme l’an dernier. Je regrette d’avoir écrit toutes ces conneries sur lui l’autre jour.
Aujourd’hui, j’ai surveillé une salle d’une centaine de candidats. Suis sorti de temps en temps de la salle d’examen pour fumer mes kleenex et me moucher dans mes Marlboro. Fumer tue.
Aujourd’hui devait être une journée pourrie, dans tous les cas. Je rentre chez moi, m’assois et ne fais rien. J’attends demain.
Je viens de faire un calcul à la con : Suis né grosso modo avec la cinquième république. En additionnant tout (y compris les cohabitations), j'ai vécu 32 ans sous des gouvernements de droite et 15 ans sous des gouvernements de "gauche" (on notera les guillemets). Heureusement que Villepin va me convaincre dans 94 jours.
Pas vieillir, pas grandir.
Venise, Lido di Jesolo, 25 mai 2004: Martin a voulu aller voir l'envers du décor.
Je ne saurai jamais pourquoi,
Ni comment c'est de l'autre côté....... ...... ...... ...... ......