31/03/2005Un troisième rendez-vous improvisé à la table minuscule d’un café retiré près du Châtelet.
M. baise mes mains, caresse ma joue, enfonce son regard, plus profond. Ma tête bourdonnante s’alourdit sur le mur de droite tandis que nos jambes glissent très doucement vers une même chaleur. Mon doigt humide détoure ses lèvres pleines qui s’ouvrent furtivement à la langue. M. a une tête ronde de petit garçon quand il délivre sa malice par le dessin de sa bouche. Ses yeux crépitent et il s’approche maintenant pour m’embrasser.
Dans le métro sur le chemin du retour, je me dis que j'ai eu raison d'autoriser cet imprévu de dix-huit heures trente. 30/03/2005En 1995, j’habitais un petit appartement au premier étage d’une maison, rue de la clef.
La nuit, les rideaux filtraient une lumière très douce qui diffusait de larges auréoles sur les murs clairs. Je regardais, depuis mon lit, la porte d’entrée s’envelopper d’une étrange ambiance de conte. J'imaginais le loup travesti montant à pas feutrés les escaliers un à un.
Je l'attendais. 28/03/2005Aujourd’hui je n’existe peut-être déjà presque plus dans ta tête. Juste une trace diffuse qui décline à mesure qu’elle se fond dans d’autres lueurs d’histoires plus récentes.
Chez moi cela demeure vivace. Et ces garçons dont tu lèches avidement le cul comme tu léchais le mien avec passion, je les imagine gémissant sous ta langue et cela m’excite encore autant que cela m’empoisonne.
J’ai rencontré celui du 7ème, brillant, dynamique et généreux même, fanfaronnant sur sa moto et son minuscule portable à la mode… Je l’ai écouté un moment, il fallait bien, puis je t’ai goûté profondément à travers lui pour la dernière fois.
La marque savoureuse de toi, sur mes lèvres imbibées. 27/03/2005Il est entré avec l’esquisse de ce sourire timide qu’il portait le premier jour sous la pluie. Je refusais de le voir depuis plusieurs semaines et, en cette minute de petites retrouvailles, mon cœur se mit à battre le rythme trop rapide d’une émotion à peine révélée. Je tentai de dissimuler le trouble derrière un calme de surface que je parvins à conserver, je crois. Il voulut voir mes photos : les premières têtes, les triptyques, les allongés et cet autoportrait nu et menaçant, en pied, la dernière image réalisée. Il vit aussi la boîte violette de "Peau d’âne", offert quelques semaines auparavant, et entonna alors la recette du cake d’amour avec Delphine Seyrig en écho peu après.
Je m’installai au piano deux ou trois chansons sous les doigts, puis ce prélude étudié à l’adolescence.
Une substance impalpable circulait entre nous. 26/03/2005À l’église, je les vis s’effondrer. Mon oncle et ses enfants, la sœur de ma grand-mère, son frère, une cousine lointaine depuis longtemps absente, et ma mère. De grosses bouffées de larmes sur de petits cris espacés s’échappaient par à coups d’un fond de plainte continue. Gilbert délivra avec gravité un discours bouleversant sur leur jeunesse, leur rencontre et les secrets espoirs de Lydia, ma grand-mère quant à l’amour qu’elle développait alors pour Eugène, mon grand-père.
La douleur se libérait bruyamment de toutes parts. Mon oncle s’écroula à genoux, le visage rougi caché dans ses mains, devenu en cet instant, un petit orphelin inconsolable.
Je regardai tour à tour les deux cercueils de chêne clair côte à côte et le Christ sur la croix. Mes yeux restaient secs.
Le caveau familial était ouvert. Mes grands-parents rejoignirent leur fils.
Je pensais à ces automobilistes ivres. Celui qui avait tué Alain, mon père au détour d’un virage, et celle qui avait projeté la voiture de mes grands-parents dans un fossé, en sortant de boîte, un samedi matin vers six heures.
Je devais être dans cette voiture ce jour-là, sur la route des vacances. J’avais renoncé par ennui la veille. Mes yeux restaient secs. 24/03/2005Ma mère décrocha et j’entendis peu après des saccades irrésistibles d’un rire désordonné depuis ma chambre. Je souris. Cela prenait une ampleur communicative et aussi une tonalité essoufflée que je ne connaissais pas. Je la rejoignais près du téléphone source et la découvris suffocante dans ses larmes. À chaque inspiration, elle poussait de petits cris, que j’avais pris pour un fou rire en cascade. "C’est papi et mamie…" Je n’ai pu pleurer. 23/03/2005Au cours de la séance, vos jambes se sont rapprochées. Vous avez une image très floue d’un profil qui vous semble agréable et une impression qu’on vous frôle l’air de rien, sans le vouloir et de manière presque imperceptible, de telle sorte que vous vous demandez si lui en a seulement conscience. Mais vous n’éloignez pas votre jambe, et vous notez qu’aucun geste de retrait n’est observé non plus chez votre voisin. Votre attention est à présent totalement dirigée sur le contact incertain des toiles. Vous attendez tous deux que l’autre appuie un peu plus sur le pantalon. Au moindre signe, vous déplacerez votre jambe dans un mouvement latéral et la croiserez avec la sienne. Peut-être même porterez-vous la main à sa cuisse d’ici quelques minutes.
À l’issue du film, votre amie d’enfance n’aura rien remarqué. Vous regarderez votre voisin silencieusement, et vous partirez avec votre secret, en vous retournant une dernière fois.
Je m’arrêterai sous la vague déferlante pour ressentir la mutation de la peau. L’eau y fera son travail progressif de transparence. La chair s’assouplira pour mêler sa structure moléculaire en désagrégation. Les atomes se disperseront dans la texture charnelle, et le corps s’allègera un peu plus à chaque instant.
Les yeux mi-clos, je me laisserai enfin porter, attentif seulement à la ligne précise de chaque respiration. Mes doigts agiles deviendront liquides. La densité bleue s’épaissira, le large prendra place. Je me dissoudrai simplement par étapes, selon un lent processus fusionnel dans la matière diluvienne.
À la fin, il ne restera plus que mes pensées, claires et insistantes, pour voler en charme irisé à ton oreille.
22/03/2005Cet après-midi-là, je rentrai un peu plus tôt qu’à l’ordinaire. Je n’avais pas attendu S., avec qui je partageais habituellement les multiples allers-retours entre le collège et la résidence. Je préférais être seul, c’était l’automne, j’avais treize ans.
Sérieux et travailleur, je décidai cependant de ne pas m’installer devant mon bureau tout de suite. Personne dans la maison n'était présent pour me le reprocher, j’allumai la télé.
Je vis alors un homme entamer sur une musique langoureuse, une danse ondulante très progressive et suggestive de strip-tease. Cela me fit un effet d’une évidence profonde, comme si l’on me révélait enfin, après des années de dissimulation, une vérité majeure qu’il devenait impossible de retenir plus longtemps.
Le geste irrésistible de caresse déboucha sur une jouissance intense et essentielle, le premier orgasme véritable.
Les fantasmes formés auparavant sur des corps féminins s'estompèrent totalement.
Le plaisir pénétrait par une porte dérobée dans ma vie. 21/03/2005J’étais arrivé devant la grande façade depuis quinze heures trente. D’abord étonné par l’étroitesse de l’entrée d’un si prestigieux lycée, je pensai ensuite qu’il serait ainsi plus aisé de t’apercevoir, quand tu sortirais. Ode était restée un peu plus d’une heure adossée avec moi contre le mur en face.
Nous étions au café quand je décidai de provoquer cette douloureuse confrontation. Tu me verrais, en chair, debout, de front. J'attendrais et ce serait mon ultime élan vers toi.
À dix-huit heures dix, je demandai à un jeune homme à la mine sympathique qui traversait, s’il avait une idée des derniers horaires de cours, c’est alors que tu parus.
Une seconde cruciale, immobile, les yeux fixes…
Tu dévalas la rue Saint-Jacques sans me rejoindre. 20/03/2005Alors d’une impuissance insoutenable, j’ai détruit jusqu’à la dernière trace matérielle ou virtuelle de toi dans ma vie. La longue déclaration sur papier jaune en morceaux minuscules, tes gentils messages et tes textos empressés.
Il y a aussi ce disque de Perry Blake qui me perlait aux yeux. Une image de toi allongé, nu, de dos pour m’échauffer et cette autre avec ce sourire coquin à en craqueler de toutes parts avant de serrer ton petit corps dans les bras.
Je n’ai conservé que ces mp3 réintroduits depuis peu sur ma liste et mes souvenirs. Une nuit, ton départ pour Cuba le lendemain, une chanson, ton silence, et ma détresse pour y faire face.
18/03/2005Le 17 mars 2005 - Un cambriolageJe sors de l'ascenseur et découvre les jetons laqués rouges et noirs de backgamon dispersés sur le tapis derrière la porte d'entrée ouverte, la lumière allumée. Plus loin, des boules de pulls au bas de l'armoire et des boites ouvertes mélées de dossiers et de paperasse en amoncellement. Les voleurs ont achevé leur pénétration emportant avec eux une autre boule blanche, à pomme, avec un écran mobile au-dessus.
Ma machine à écrire ma recherche. Ma machine à écrire mes histoires. Ma machine virtuelle.
En ce moment dans un cyber-café, je modère mon impatience à lire les réponses des mails que j'envoie, je lis, j'écris.
L'écriture sera plus forte. 16/03/20052004En sortant de la voiture, je le vis debout devant la porte cochère, pieds nus, qui me regardait. Je vins à lui et de près, je crois que je puis dire qu’il était heureux.
Les deux petites cours intérieures furent traversées à pas rapides et légers avant d'emprunter l'escalier. "Chut, tu vas réveiller tout le monde !"
Il tourna la clef et très délicatement me prit la main : "Je te guide." Pour accéder à sa chambre, il fallait traverser une première pièce où dormait son père. Dans le noir très dense, il avait ses repères. Je me laissai faire.
Il retira son jean, son T-shirt, son caleçon. "Vite, j'éteins la lumière."
De sa joue, de ses doigts, de ses lèvres, pendant toute cette nuit de juin je goûtai le délice de ses caresses effleurées. Je puis dire que j’étais heureux. 15/03/2005À dix-huit ans, je répondis à une annonce parue dans la presse gratuite. Un jeune homme voulait faire une « vraie » rencontre avec un autre jeune homme. Peut-être avais-je lu « véritable » au lieu de « vraie » je ne me souviens plus, mais c’est précisément cet argument qui me décida et me fit croire. Je rédigeai avec application mon désir d’amour en phrases aux contours ciselés pour atteindre le cœur, et peu de temps après, je reçus une réponse enthousiaste qui m’invitait à appeler. Le grain de sa voix lointaine en ligne me parut terne et fade, mais ma vocation à l’amour était totale et mes préjugés bien vite négligés. Je lui proposai de nous rencontrer chez moi.
Fin octobre, un dimanche en début de soirée, j’écoutais du piano. Quand il arriva, il portait un triste blouson de couleur sombre et un jean bleu passe-partout. Visiblement intimidé, il ne parla que très peu. Je restai souriant et lui présentai mes projets, quelques idées de photos et mes livres. Je tentai ainsi d’ouvrir vainement un échange de surface car il ne me plaisait pas. Il évoqua rapidement sa vie chez ses parents et son ennui. Il sourit un peu.
Après son départ, je repris mes expressions austères de l’époque. Je restai vierge de toute sexualité adulte encore quelques semaines. J'ai retrouvé B. au premier étage de ce café faussement cossu du centre de Paris. Installé à une de ces tables pour quatre trop éloignée des fenêtres pour être agréable, il me fit un signe de tête en bougeant la main. La malice restée intacte de son sourire jouait d'une gradation supplémentaire sur le contraste avec la fatigue uniforme de fond, le visage. Il avait repris contact avec moi peu de temps après le cauchemar des effets secondaires. L'humeur encore instable, il était rentré chez lui par étapes successives. La période accordée pour la rééducation s'achevait et sur un ton très doux, il m'expliqua qu'il n'avait plus d'envie ni de motivation mais qu'il était content de reprendre son travail le lundi suivant.
Je te revois B. il y a treize ans, et je souris le corps vibrant. 13/03/2005En première, je m'étais entiché d'un terminale anorexique au teint blême tirant sur le gris par endroits. Il fumait beaucoup et de son visage émacié empreint des expressions tourmentées de l'adolescence se dégageait une profonde inspiration. Je m'étais rapproché de lui par l'intermédiaire de A. qui fréquentait le même cours de théâtre et peu de temps après je m'inscrivais.
J'avais choisi une scène de Sud (de Green) où le héros torturé par un sentiment inavouable ouvrait son coeur à l’objet de son amour. Je lui demandai de me donner la réplique...
Plus tard, je lui remis un projet d'écriture en forme de synopsis.
"C'est pour toi, ça te sera dédié. Dis-moi ce que tu en penses, et si ça ne te plait pas fais-en ce que tu veux."
Il parcourut les pages, lisant quelques passages. Un non de la tête fut son verdict. Je répétai : "Fais-en ce que tu veux".
Un peu plus loin il jeta le texte dans la première corbeille au coin d’une rue. Ne serait-ce que cette poussière dans le ciel une nuit d'été de retour de promenade.
Nos mains seraient prises l’une en l’autre en écrin.
Notre secret s’y dissimulerait. 12/03/20051989La sonnette retentit comme un avertissement et me réveilla. Mon beau-père avait l'habitude de prolonger ses dîners de travail jusqu'au milieu de la nuit laissant régulièrement ma mère seule. Ce soir-là elle avait tourné la clef de telle sorte qu'il devenait impossible d'ouvrir. Mon réveil à écran rouge indiquait une heure passée. Plusieurs signaux saccadés et nerveux se succédèrent et bientôt j'entendis un violent coup sur la porte. Ma mère ne réagissait pas. Quatre ou cinq coups encore plus agressifs suivirent, il cria... Je restai attentif, j'avais peur.
Plus tard, le cumul acharné de la sonnette, des coups et des cris devînt si insupportable que ma mère, à vif de colère, se leva et ouvrit.
Il avait trop bu. Elle ne le supportait plus. Une crise, la nuit.
Mon beau-père ivre : "Et ton pédé de fils et son regard, tu crois que je le supporte ?" Hier en début de soirée B. appelle : "J'ai lu ton journal. j'ai vu qu’il y a deux ans, tu avais eu quelque chose..."
Ce matin Olivier appelle : "Je suis allé sur ton blog, j'ai lu plein de choses que je ne connaissais pas."
Avec une certaine inquiétude il précisa : "Ça met une distance…" 11/03/2005À quinze ans au collège pendant les heures de sport D. me provoquait. Les premiers temps, il se contentait de quelques regards complices auxquels je n’entendais rien mais très vite il devint plus explicite. Je me souviens par exemple que lors d’une séance de volley, il était venu me donner ce curieux conseil pour améliorer mes services : « Tu vois, tu fais comme si c’était le cul d’un mec. Tu frappes comme ça. » Et il mimait le geste. Une autre fois, sur le terrain d’athlétisme, passant près de moi : « Tu sais, j’ai le barreau là. » Ces remarques provoquaient en moi un mépris effarouché, masque grossier d’une vive excitation d'en entendre et en voir plus…
Un soir, j’étais le dernier à quitter le vestiaire, Il m’attendait. « Si tu veux, je te montre. Regarde… Allez, je sais que t’en as envie. » Très vite il se déculotta, se tourna, se retourna... Je partis en trombe, le trouvant définitivement stupide. 10/03/2005Mon père est cette abstraction que je dois m'approprier. Insérer, avaler et enfin occuper la place vide à l'intérieur. Il conviendra de rappeler les souvenirs, qu'ils soient vrais ou fantasmés peu importe. La réalité psychique est tout ce qui compte.
Penser qu'il s'est peut-être enfui un matin refaire sa vie à l'étranger, fonder un autre amour, un autre foyer, un autre fils.
Rappeler la photo de tôles compressées par endroits et prendre le temps mais t'intégrer jusqu'au bout et tu vivras en forme de souvenirs tenaces dans ma tête. 09/03/2005Depuis quelques mètres j'avais remarqué sa silhouette de dos, un peu voûtée, la démarche fragile. Elle portait une robe noire dont la texture dentelée se précisait à mesure que j'avançais. Toute l'allure était datée et poussiéreuse jusqu'à cette coiffure rehaussée prise dans un filet. Mais peut-être était-ce cette coiffe improbable qui s'était prise à la chevelure ? Une représentation arachnéenne à double faces adhérentes.
J'empruntai derrière elle un escalier pour la station "Strasbourg Saint-Denis". Il y avait du monde et j'étais pressé. Dans le couloir, la densité augmenta dangereusement et arrivant à sa hauteur, je ne pus éviter un frôlement.
Je sentis tout à coup une pression très désagréable à l'épaule droite, un pincement. Je me retournai et vis de son visage outrageusement fardé et attaqué de toute part vomir sur moi une pluie acide d'insultes hurlantes.
Pétrifié un bref instant, je m’éloignai rapidement ensuite.
Le pincement persista presque une heure. Tout le monde a ce désir de vouloir donner de soi une certaine image, mais c'en est une tout autre qui apparaît, et c'est cela que les gens remarquent. Vous voyez quelqu'un dans la rue et ce que vous remarquez essentiellement chez lui, c'est la faille. C'est déjà extraordinaire que nous possédions chacun nos particularités. Et non contents de celles qui nous ont été données, nous en créons d'autres. Toute notre attitude est comme un signal donné au monde pour qu'il nous considère d'une certaine façon, mais il y a un monde entre ce que vous voulez que les gens pensent de vous et ce que vous ne pouvez pas les empêcher de penser. Et cela a un rapport que j'ai toujours appelé le point de rupture entre l'intention et l'effet. Je veux dire que si vous observez la réalité d'assez près, si d'une façon ou d'une autre vous la découvrez vraiment, la réalité devient fantastique. Vous savez, c'est réellement fantastique que nous ressemblions à ce à quoi nous ressemblons et c'est cela qui ressort parfois très clairement dans une photographie. Il y a quelque chose d'ironique dans la vie et cela vient du fait que l'effet que vous voulez créer ne ressort jamais comme vous l'auriez désiré.
Ce que j'essaie de décrire, c’est l’impossibilité de sortir de votre peau pour entrer dans celle d’un autre. Et c’est ce que tout cela tend à dire. Que la tragédie des autres n’est pas la même que la vôtre.
Diane Arbus – Photographe
08/03/2005Maman s'est installée près de moi. J'étais décidé à lui parler. Depuis quelques semaines, j'entretenais une relation que je croyais solide avec H. et cela m'avait donné confiance. Elle était arrivée deux jours auparavant et j'avais déjà évoqué plusieurs fois H. pour la sensibiliser afin de rendre l'aveu plus facile. Il suffirait juste d'assembler les morceaux en lui donnant enfin la clef.
Je n'avais pas conscience que révéler la nature exacte de mon intérêt pour H. allait inévitablement jeter un brusque éclairage rétrospectif.
Avec une voix encore moins bien placée qu'à l'habitude, debout, la tête droite, je parlai.
Son regard s'inclina. Il y eu un silence.
Ma mère, un peu perdue, retenant un sanglot : "J'ai vraiment tout raté dans ma vie."
06/03/2005un projetIl importe que ce soit en un même lieu, deux à trois fois par semaine et à heures fixes. Il viendrait, se déshabillerait, et je serais alors autorisé à enregistrer librement sur support sensible les contours instables de son humeur et l'association libre de ses gestes. Au-delà du cadre ainsi déterminé, il n'y aurait pas d'autres règles. La lumière évoluerait selon les moments de la journée et les saisons. Et il en résulterait un long dégradé émotionnel fixé sur de grandes feuilles de papier baryté.
À ce moment-là entre nous, l’acte photographique serait presque accessoire. 05/03/2005Entre "Pyramides" et "Châtelet" il quitta rapidement sa place et s'assit vis-à-vis de moi. H. à mes côtés, dans le détail de ses aventures de la veille, n'y prêta pas attention.
Un jeune visage grave. De sombres yeux insistants qui me défiaient à présent tandis que l'on entendait le crissement insupportable des freins se préciser un peu plus.
Je devais descendre.
Avant d'emprunter l'escalier, je me retournai furtivement. Ils me défiaient toujours. Elle arriva enfin avec les résultats de l'IRM.
Sous enveloppe, mon cerveau en tranches, rangé dans un emballage de plastique doré, révélait d'inquiétantes anomalies. "Il y a quelque chose" lança la radiologue en guise d'invitation pressante à retourner chez le spécialiste.
Je n'ai pu souffrir la décortication solitaire des images. Démyélinisation comme concept principal du bilan suffisait pour comprendre.
Le 2 janvier 2003 vint l'hospitalisation pour ponction lombaire. Le jeune neurologue chargé d'enfoncer la grosse aiguille dans le bas du dos me plut. Je n'eus presque pas mal devant lui, à peine un peu plus blême au bord de l'évanouissement.
Quelques jours plus tard, mon oeil gauche se troubla, phénomène classique en ces circonstances. Et le diagnostic s'aiguisait toujours un peu plus à chaque étape confirmant mes craintes à l'âge critique.
C'était il y a deux ans.
À ce jour, RAS. J'ai modifié mon alimentation selon une méthode en laquelle je crois et me porte beaucoup mieux.
À l'affût du moindre signe, je pense cependant tous les jours à ce que pourrait être ma vie dans un fauteuil. Qui verrait alors les étoiles plus loin au fond des pupilles ? 03/03/2005
En moyenne, à chaque séance quatre à cinq personnes quittaient la salle... La première fois, je les aurais presque suivies. Pourtant le lendemain, sur un coup de tête, j'y retournai. Et comme il fallait comprendre, trois fois encore.
Définitivement, je préfère ce cauchemar à Eraserhead. Quant à la série, vue par la suite, un vaste brouillon de chef-d'oeuvre.
Lynch comme rare exemple de schizophrénie "guérie" selon mon premier prof de psychopharmaco. 02/03/200501/03/2005Il y a quelques années, une lettreUne fin de soirée semblable aux autres. Je pense à vous. À cette étrange impression en moi lovée que nous nous connaissons. Quelque part, peut-être avons-nous pu nous croiser, nous effleurer.
Une rencontre, un regard complice, quelques conversations au téléphone... et dans l'irréalité de l'instant, comme un mirage.
Il y a certes ces allures de vous qui m'en remettent à cet autre mauvais garçon qui m'a fait basculer tour à tour dans l'exaltation et le désespoir. Mais je ne pense être un nostalgique et ces temps sont maintenant dans la spirale, derrière. J'avais envie de vous écrire, de vous l'écrire. De vous dire qu'il y a des fulgurances, des histoires pleines d'étincelles qui parfois se glissent impunément dans le fil des jours pour devenir de fabuleux mystères.
Sentiment de vous avoir touché et peut-être perçu comme un ange distrait, ivre, impudique, innocent.
Finir ces petites confessions en vous souhaitant mille et un tapages, le "sommeil des pommes" et surtout d'être "follement aimé".
Enfant je feuilletais ces gros albums reliés de carton rouge abandonnés au fond d'un placard dans la maison en province.
Je m'attardais sur ces images de toi avec moi si petit, à la recherche de ce fil aujourd'hui encore presque irréel. Je terminais toujours sur cette fin d'après-midi de l'hiver 76 où debout, un sourire doux, tu tenais mon ballon à la main, la voiture blanche un peu plus loin...
J'ai vu plus tard dans un tiroir une image sur papier journal, paquet blanchâtre de tôles froissées après l'extraction du corps...  |
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