(depuis le 31 janvier 2005)
- Oui oui...
- Et ce sera très intime ?
- Bien sûr !!

05/07/2005

05/07/05 - 23:00

À l’heure du déjeuner, je m’assieds sur un siège rabattable du métro, ligne 4. Debout sur ma droite, un jeune homme au costume sombre à fines rayures se laisse prendre par ses écouteurs vissés aux oreilles. Le couple d'en face dessine un triangle de corps. Elle passe la main de dos sur sa joue, l’éphémère figure éclate et les amants se séparent à Montparnasse. En levant la tête, une femme lorgne sur le noir de mon brouillon au travers de ses lunettes. Appuyée contre la porte opposée, elle tient un lourd caddie quadrillé de motifs écossais.
Je cesse d’écrire, les yeux au sol. Bien présent et attentif à la scène, je sens cependant ma solitude grandir. La guirlande autocollante des stations s’épuise et quand je sors, je pleure presque. Je crois bien que dans mes regards, je vous cherchais.

03/07/2005

03/07/05 - 01:11

Le journal de C. - Mai 1976

Je vis une vie que je ne désire plus vivre. Dans la voiture ce matin, au moment où j’accélérai, j’aurais pu fermer les yeux et vider ma tête de ses pensées. Ne plus hésiter, et pour une seule fois, avancer tout droit. Il y aurait de longues exclamations de klaxons et des grincements saturés de freins avant un grand fracas que je n’entendrais peut-être pas jusqu’au bout.
Dans mon corps cassé, enfin empli de silence et insensible, son absence ne laisserait plus aucune trace. Les rides profondes que je grave, patiemment, jour après jour, s’effaceraient avec mes tourments, et la maison s’habillerait de sombre et de recueillement pour mes dernières heures passées en son enceinte. On viendrait de loin et devant mon corps peut-être visible, on me découvrirait belle à nouveau. Quelques-uns souligneraient la justesse de leur pronostic à mon égard suite aux obsèques de A.. On comprendrait mon geste mais on blâmerait mon peu de courage et surtout mon égoïsme en l’abandon de J. désormais orphelin.

J. ne sait toujours rien. Je me force à lui sourire. J'ai parfois l'impression qu'il comprend tout. Il s'est collé contre ma cuisse ce matin juste après mon retour.