Le journal de C. - Mai 1976
Je vis une vie que je ne désire plus vivre. Dans la voiture ce matin, au moment où j’accélérai, j’aurais pu fermer les yeux et vider ma tête de ses pensées. Ne plus hésiter, et pour une seule fois, avancer tout droit. Il y aurait de longues exclamations de klaxons et des grincements saturés de freins avant un grand fracas que je n’entendrais peut-être pas jusqu’au bout.
Dans mon corps cassé, enfin empli de silence et insensible, son absence ne laisserait plus aucune trace. Les rides profondes que je grave, patiemment, jour après jour, s’effaceraient avec mes tourments, et la maison s’habillerait de sombre et de recueillement pour mes dernières heures passées en son enceinte. On viendrait de loin et devant mon corps peut-être visible, on me découvrirait belle à nouveau. Quelques-uns souligneraient la justesse de leur pronostic à mon égard suite aux obsèques de A.. On comprendrait mon geste mais on blâmerait mon peu de courage et surtout mon égoïsme en l’abandon de J. désormais orphelin.
J. ne sait toujours rien. Je me force à lui sourire. J'ai parfois l'impression qu'il comprend tout. Il s'est collé contre ma cuisse ce matin juste après mon retour.
03/07/05 - 01:25
On dit que les enfants devinent tout. Je le crois, moi aussi.
hugoindigo