L'ére de rien
Comme souvent le lundi, je prends le chemin qui me mène à la place. J'ai toujours un peu de mal à quitter l'appartement. La veste sur le dos, je me mets alors à chercher, la cigarette déjà à la bouche mais pas encore allumée, le téléphone égaré, le briquet paumé, l'agenda oublié.
Une fois sur deux, la batterie de mon lecteur est chargée. Je cherche alors quel sera le morceau qui commencera le déroulement aléatoire.
Aujourd'hui était le tour de Brigitte Fontaine - "Belle abandonnée" - bande-son pile-poil pour une déambulation rectiligne dans la brume cotonneuse.
Un peu plus tard, enfreignant les régles du hasard, je bifurque vers Patrick Wolf au moment de monter dans le bus. Je pense aux albums que j'ai à la maison, petits objets souvenirs pleins d'histoires et puis aux autres, auxquels il manque ce petit supplément d'âme, ce bonus track personnel. Il y a enfin ceux qui n'existent presque pas, qui me passent entre les oreilles mais que j'ai peur de laisser partir. Je me dis que peut-être, ainsi, je suis en train de passer à côté de quelque chose. L'absence de support amène-t-elle à la peur du vide ?