Posthere
Hier. Petites heures pâles et blanches. Un bloc note a fleuri sur la table de nuit. Je suis couché quand une question se met à ramper sur le plafond de mes paupières. Je me relève, allume la lumière et la note en pensant qu’il y aura toujours bien moyen d’en faire quelque chose le moment venu.
- Et si on changeait les images accrochées aux murs, serions nous différents ? -
Je me recoucherai et me relèverai ainsi quatre ou cinq fois, un effet stroboscopique paresseux déformant un peu plus chaque nouvelle phrase gribouillée.
Je pense aux images, cadres et posters qui m’ont entouré depuis quelques années. Mon « un pièce » d’étudiant fauché me revient à l’esprit avec une aisance insoupçonnée et étonnante.
Plan serré sur l’affiche encadrée de « Naked Lunch » posée contre un mur, zoom arrière et lent avec balayage progressif de l’espace. Les repères se donnent comme autant de fleurs de nénuphars. Plus qu’un jeu aux cartes abattues c’est un souvenir en trois dimensions qui se déploie dans un mouvement qui l’embellit. Dominique A en concert époque « Si je connais Harry » sur la porte coté intérieur succédant à Noir désir façon « Tostaky », l’affiche format XL d’ « Eraserhead », un calendrier de Escher, des photos d’ami(es) punaisées face à la table sur tréteaux… La moquette brune, le coin cuisine, la minuscule salle de bain. Un tout en un que j’ai tant arpenté.
Mon souvenir ne s’arrête pas là et continue à se répandre. De fins filaments s’échappent par le trou de la serrure, entre vapeur et électricité de synthèse. Il se mettent à dessiner la cage d’escalier et coulent sur ce qui en devient la rampe et se perdent un peu plus tard dans le grand extérieur.
Ce soir, sur la route, je croise le corps d’un homme dont j’imagine la vie qui s’envole. Et tout le reste avec.
17/06/06 - 10:41
...voit passer des jours terribles,
qu'il ne
comprend pas.
sicklysweet