29/01/2007

29/01/07 - 18:08

Trajectoires

Ce matin je refuse de prendre le premier bus qui passe au profit du second. J’imagine changer le cours de ma journée par cette simple abstention. Prêt à relever les défis, je descends un arrêt plus tôt que l’habituel. Sur les quelques mètres à parcourir en plus, je monte les cataclysmes, joue des crocs en jambes aux coups du sort… Oh c’est grand et c’est beau. Je suis hors de toute trajectoire, je double mon pas ici, hausse les sourcils à cet endroit et remet les morceaux qui passe entre mes oreilles à son début. Je suis une bulle à la surface de l’eau, un centimètre carré de papier carbonisé qui vole comme un flocon de neige. Je regarde ailleurs et entre dans les appartements, verse le café et la crème.

Rez-de-chaussée, premier étage, second étage. Je me retrouve assis sur une chaise derrière une table sans vraiment en saisir toute la gravité qui me tire cette fois par le bas. Elle choppe le bout de mes lacets, se tire, gluante, du carrelage froid et lance des fils paresseux à mon assaut.

23/01/2007

23/01/07 - 21:57

Les notes


2.50 à gauche, 3.50 à droite. Une paire jetable, mensuelle, de lentilles souples. Le mois passé, je perds la gauche, neuve et encore emballée. Ce matin, je perds la gauche, encore, au moment de l’application. Il ne m’en reste plus qu’une, la droite, évidemment.
Je ne veux pas sortir avec mes lunettes, je n’ai pas le choix et applique mi-résolu mi-anxieux le même traitement à mes deux yeux. Pour confondre régulièrement l’un et l’autre, je sais à quoi m’attendre. Et c’est ce qui se passe…
Toute la matinée, je circulerai autour de cette idée. Je suis attentif, en mouvement, productif mais tenu en laisse par ce point précis de ma journée. Je m’imagine et ressent en même temps un étirement de la cornée vers l’avant. Comme une inspiration, une aspiration mais de l’intérieur. Je m’imagine et voit l’œil se déformer, traversé par un prolongement aqueux parcouru d’une lueur bleutée. Je m’imagine et me prends l’espace de quelques heures pour Donnie Darko comme parfois pour ce garçon dans American Beauty qui filmait les sacs plastiques tourbillonnants dans le vent.

Je pense à tout ça et j’en suis fier, fier au point de les noter dans l’instant. J’écris à la suite de l’image d’hier soir, celle ou je suis allongé sur le lit en noir et blanc et lignes de fuites. La tête en premier plan. Un escadron de cinq gants de toilettes en formation au plafond. C’est parfois désuet au moment de le réécrire ici, souvent même. Encore plus quand je me prends à me relire mais je m’amuse. Je m’amuse des petites choses qui dépassent de ma vie, les montent en épingles ludiques et construit mes pensées autour. Comme une porte de sortie, une aspiration…

15/01/2007

15/01/07 - 10:52

Je me fais plus rare.

Je prends des photos d’aliments, aligne quelques notes sur des papiers perdus dans l’appartement. Une idée m’amuse un instant, quelques jours tout au plus et c’est déjà pas mal.

Sans plus trouver à chaque fois le chemin qui m’y a conduit, je relie les phrases du genre :
- C’est insignifiant une vie de calamar. Il peut juste devenir légende s’il devient très grand.
- Comme l’attente dans un couloir, ça j’ai connu.
- Pour mettre des mots dessus.
Rien n’est exceptionnel, rien ne se révèle mais tout au moins, j’ai écrit ces mots et ce n’était pas il y a longtemps.

04/01/2007

04/01/07 - 16:05

De l'ordre

Je rangeai les bics et les crayons dans le pot prévu à cet effet, sur l’autre table. Une envie de partir, de quitter le bureau où j’étais seul depuis trois jours. Clore le dernier jour de travail de l’année avait été mon objectif principal de cette semaine. Il n’était alors que 10h16.
J’écoutais Pulp à travers les petits haut-parleurs de l’ordinateur portable sur lequel j’écrivais. Ensuite, il m’avait fallut imprimer le texte sur une ex-page blanche pour le retranscrire plus tard à la maison. Je me disais que je penserais probablement que ça n’en valait pas la peine, qu’il n’y avait rien de fondamental ici. Comme les photos ratées, j’aurais des difficultés à l’effacer, comme les lettres envoyées, j’aurais du mal à l’abandonner.

Je pose les mains l’une sur l’autre et regarde un instant les quelques poils qui poussent sur mes phalanges comme il y a quelques jours ceux sur mon ventre. Si l’adulte que je suis aujourd’hui ne vit pas dans ma tête, il se répand au moins sur ma peau : en cheveux blancs, en ridules. J’ai trente-deux ans, oui. Plus vingt huit ou quinze. Quand je regarde mon parcours, je me dit que tout est cohérent et puis à certains moments tellement étranger.

En me frottant les yeux, je me souviens que cette nuit, j’ai rêvé avoir maquillé un meurtre et tremblé jusqu’à la dernière seconde que la police me découvre.

Le soldat rose : Albin de la Simone - Comme les pièces d'un puzzle