Le bruit
(…) Je ne me souviens pas comment je me suis endormi hier et encore moins comment je me suis réveillé ce matin.
Une journée entière à l’arrière du train, la tête couchée sur l’une des banquettes du dernier wagon, le corps assis à côté. Il n’y a pas eu d’annonce quand il a démarré. Pas de signal, de précaution. Il s’est mis à rouler et je n’ai rien eu à faire d’autre que de poser la main sur ma tête par moments.
Les rails étaient irréguliers, posés à même le pavé. Tata tatoum, tata tatoum, tata tatatoum, tatatatoum… Variations de vibrations. Les heures défilent à travers les fenêtres comme une encre de chine soufflée à la paille. Et ma tête qui se balance pour chaque pavé qui dépasse du niveau des autres.
En plein voyage, déstructuré, je m’allonge au milieu de la voie et songe à un minimum de tracé. Alors, je pense qu’aujourd’hui, après la Tâche, j’irai me faire couper les cheveux. Et acheter des aliments, et sortir les poubelles, et ranger le frigo, et et et…
Je n’avance plus que pour ça : pour la porte du coiffeur, celle du magasin, celle du container a ordures, celle du frigo. Alors on les ouvre toutes, on y rentre et on en sort. La main, la tête, parfois le reste.
La porte s’ouvre et se ferme, on sort du frigo, les vieux aliments, les souvenirs un peu pourris. Y’ a des tomates moisies, des confitures périmées, du fromage trépassé. La lumière clignote et ça devient beau. Ca se vide, ça se nettoie au milieu de quatre bras. (…)