Les notes
2.50 à gauche, 3.50 à droite. Une paire jetable, mensuelle, de lentilles souples. Le mois passé, je perds la gauche, neuve et encore emballée. Ce matin, je perds la gauche, encore, au moment de l’application. Il ne m’en reste plus qu’une, la droite, évidemment.
Je ne veux pas sortir avec mes lunettes, je n’ai pas le choix et applique mi-résolu mi-anxieux le même traitement à mes deux yeux. Pour confondre régulièrement l’un et l’autre, je sais à quoi m’attendre. Et c’est ce qui se passe…
Toute la matinée, je circulerai autour de cette idée. Je suis attentif, en mouvement, productif mais tenu en laisse par ce point précis de ma journée. Je m’imagine et ressent en même temps un étirement de la cornée vers l’avant. Comme une inspiration, une aspiration mais de l’intérieur. Je m’imagine et voit l’œil se déformer, traversé par un prolongement aqueux parcouru d’une lueur bleutée. Je m’imagine et me prends l’espace de quelques heures pour Donnie Darko comme parfois pour ce garçon dans American Beauty qui filmait les sacs plastiques tourbillonnants dans le vent.
Je pense à tout ça et j’en suis fier, fier au point de les noter dans l’instant. J’écris à la suite de l’image d’hier soir, celle ou je suis allongé sur le lit en noir et blanc et lignes de fuites. La tête en premier plan. Un escadron de cinq gants de toilettes en formation au plafond. C’est parfois désuet au moment de le réécrire ici, souvent même. Encore plus quand je me prends à me relire mais je m’amuse. Je m’amuse des petites choses qui dépassent de ma vie, les montent en épingles ludiques et construit mes pensées autour. Comme une porte de sortie, une aspiration…