LibéralismeS
Il y a des analyses auxquelles je ne peux m'empêcher de réagir.
C'est le cas aujourd'hui avec cette tribune d'un jeune philosophe parue dans Libé.
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Notre homme fait un parallèle douteux entre la luttre contre le libéralisme économique qui s'est exprimée à travers le rejet de la constitution européenne l'an dernier et l'abandon du libéralisme politique qui caractériserait la campagne présidentielle à venir.
Il semble tout simplement oublier que ceux qu'il accuse aujourd'hui de confisquer le libéralisme politique (Nicolas Sarkozy et Ségolène Royale) sont précisément ceux qui hier défendait le libéralisme économique incarné dans la constitution européenne, celui qui a doté l'UMP d'un programme économique le plus libéral depuis des années, et celle qui est l'une des seules au sein du PS à oser affirmer son admiration pour Tony Blair.
Il serait plus utile de combattre frontalement l'idéologie liberticide de Sarkozy et parfois aussi de Ségolène Royale, plutôt que d'imputer la responsabilité de son développement à ceux qui l'an dernier se sont battus contre l'inscription des dogmes du libéralisme économique dans la constitution européenne. On dirait qu'il n'arrive pas à concevoir qu'on puisse combattre le libéralisme économique tout en étant partisan du libéralisme politique. Si l'on suit son raisonnement toute lutte contre le libéralisme économique serait à bannir car elle serait quelque part récupérable par les adversaires du libéralisme politique. Mettre sur le même plan le patriotisme économique et le l'immigration choisie révèle bien sa difficulté à dissocier libéralisme économique et libéralisme politique. En quoi la défense d'une politique industrielle nationale (à defaut pour l'instant d'une politique industrielle européenne) porterait-elle atteinte aux libertés publiques ? Le terme de patriotisme économique est peut-être mal choisi. Mais il s'agit de la question de l'intervention de le puissance publique dans l'économie et je ne vois pas quel rapport cela peut avoir avec la défense des libertés publiques.
Encore une fois, il serait plus utile de dénoncer la façon dont les partisans du libéralisme économique tentent de récupérer le rejet d'un retrait contrôle de l'Etat en matière économique qui a été formulé l'an dernier, en proposant de renforcer son contrôle dans d'autres domaines.
A l'inverse de ce philosophe, je pense que c'est précisément en combattant le libéralisme économique que l'on pourra combattre à long terme le recul des libertés publiques. Avec l'abandon progressif du rôle de l'Etat en matière économique, les questions économiques sont hélas reléguées au second plan des élections, les électeurs étant convaincus que gauche et droite se valent en matière économique. Par conséquent les élections se jouent sur les domaines qui restent de la compétence de l'Etat : sécurité des biens et des personnes, contrôle de l'immigration ... Et on assiste à une surrecnhère dans les propositions de renforcement du contrôle de l'Etat dans ces domaines.
Tant que la gauche ne sera pas capable d'incarner un projet de société solidaire qui passe par un recul du libéralisme économique, une réappropriation par l'Etat d'outils d'intervention économique, nous risquons d'être condamnés à cette dérive sécuritaire et liberticide.
Tout ça pour dire que ce n'est pas ce genre de texte qui va me réconcilier avec les philosophes. Si c'est ça l'avenir de la philosophie française, je trouve que c'est bien médiocre.