Bonjour. Je suis Monsieur Népomucène et je n'existe pas.
Ceci n'est pas un blog.
This is not a blog.
"Je ne voyage sans livres ny en paix ny en guerre".
(Montaigne, "Essais", Livre III, chapitre III)
"Le paradis à n'en pas douter n'est qu'une immense bibliothèque".
(Gaston Bachelard)
J'écoute : les coups de marteau chez ma voisine du dessus Je regarde : mon écran Je joue : pas Je mange : trop de glucides Je bois : du café Je cite : "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer" Je pense : uniquement les jours pairs Je rêve : moins souvent qu'il y a quelques mois (mis à jour mercredi 11 juin 2008 à 21:57)
Une vie de singe
Post en trop de points de Monsieur Népomucène
1. L'opération régime se poursuit.
Deuxième objectif atteint.
2. C'est tout doux, les week-ends.
Surtout quand ils durent cinq jours.
3. C'est tout doux, les soldes. Surtout deux jours avant la fin. Plus aucune chance de trouver précisément à ma taille les deux costumes hors de prix qui me plaisaient.
Du coup, une semaine de culpabilisation évitée ! Youhou !
Une vie de singe
Post en trop de points de Monsieur Népomucène
1. Bloguer, bloguer, bloguer.
Ou pas.
2. Au bout de trois coupes de champagne, avoir la sagesse de s'arrêter, et ce même si c'est le moment que le chef choisit pour passer et dire que, si on en veut encore, il reste des bouteilles.
Mon esprit de sacrifice me perdra.
3. Lire, lire, lire.
Juste un peu plus de silence, please.
4. Je n'écris plus trop par ici, ni ailleurs, d'ailleurs. Il y en aurait, des choses, à dire, des choses à raconter, mais quoi, à qui, pourquoi. Tout le monde s'en fout, et tout le monde a bien raison, moi le premier.
De peu d’hommes, il est permis de dire qu’ils deviennent une silhouette coulée dans un ton, comme une caricature réussie de ce qu’on leur reprocha d’être et qui finit par faire, l’âge venu et le pouvoir disparu, sinon leur charme, du moins leur singularité. Ou plus exactement : leur discrète panoplie de liberté. Edouard Balladur appartient à cette espèce huronne. A 80 ans, il en fait dix de moins et semble installé dans sa spécificité, juste comme il faut : ni sur le bord du fauteuil ni tout au fond du trône. Ce pourrait être une pose, mais une certaine douceur fait que tout va de soi. L’emphase est retenue par la simplicité, et il n’y a guère que lui qui puisse dire avec naturel : «Je ne me juge pas par rapport aux autres.»
Lorsqu’on lui demande quel texte l’a ému plus que tout autre dans sa vie, il répond : «Les quelques phrases que Pascal portait sur lui à sa mort, écrites sur un morceau de tissu, et qui résumaient sa foi en Dieu plus qu’elles ne l’expliquaient. C’est la naissance du romantisme.» Le Mémorial est le fruit d’une extase mystique qui eut lieu dans la nuit du 23 novembre 1654, et qui livra Pascal à Dieu. Comme lui, Balladur est croyant et d’un orgueil sur la réserve. Mais il ajoute en souriant : «Chez Pascal, ce qu’il y a de beau, c’est la misère de l’homme sans Dieu. J’aime moins son bonheur de l’homme avec Dieu…»
Sa femme lui offre des livres d’Amélie Nothomb, qu’il évalue d’une moue. Il a beaucoup lu Rousseau à 15 ans, mais, avec Pascal, ses auteurs de chevet restent Rimbaud, «que je relis tous les deux ou trois ans», et Proust, qu’il évoque dans son livre sur ses deux années de cohabitation avec François Mitterrand. Livre si juste, et si révélateur de son auteur, que l’idée nous est venue d’aller le voir pour parler, comme on l’aura compris, de son plaisir et de lui-même en littérature. Rimbaud lui donna un «sentiment extraordinaire de nouveauté, d’imprévu, d’une beauté à laquelle on parvient par l’inattendu». Et il a, sur lui, ces phrases naïves et pertinentes : «Son génie extraordinaire et tellement précoce, je ne comprends pas pourquoi il l’a si vite étouffé. Je n’ai jamais rien lu qui explique ce suicide.» Proust, «je l’ai lu à 40 ans. J’étais secrétaire général adjoint du président Pompidou et j’avais des loisirs…». Dans l’Enfer de Matignon (Albin Michel), de Raphaëlle Bacqué, il est le seul ancien Premier ministre à ne pas dire sa fatigue. Ce n’est pas lui qu’on entendra se plaindre d’un travail accablant ou, comme la Verdurin, de ses migraines. Proust l’a d’abord déçu par son «pinaillage» : «Je trouvais la passion de Swann pour Odette ennuyeuse. Je suis alors directement allé au dernier tome, le Temps retrouvé, et soudain tout s’est expliqué. Puis, quoi de plus beau que M. de Charlus vieilli remontant avec Jupien les Champs-Elysées ?» De la duchesse de Guermantes, il n’aime pas la méchanceté, «qui est une forme rustique et élémentaire de l’esprit : en avoir quand on est gentil, c’est plus dur».
Il reçoit au secrétariat d’Etat aux Anciens, dans un bureau attribué au Comité pour la réforme des collectivités locales, à la présidence duquel Nicolas Sarkozy l’a nommé. En 1993-1995, du temps qu’il était Premier ministre, on disait qu’il éprouvait pour le futur président une tendresse fascinée. «Fascination ? C’est un terme un peu fort… en tout cas de ma part. Admiration, plutôt, pour son extraordinaire vitalité. Ce qu’il y a, c’est qu’il bouge, Sarkozy. Il s’adapte. J’ai déjeuné avec lui voilà huit jours… Vous savez, c’est un phénomène de la nature !» C’est le seul moment où l’émotion semble, de manière imperceptible, le dominer. Le reste du temps, tout est emprunt de courtoisie, d’ironie, d’une ingénuité armée. La litote est la figure favorite d’un homme qui craint toujours de s’abaisser à trop en dire.
Du temps qu’il lisait Proust, il aimait Pompidou : «Il était l’exemple le plus parfait de ce qu’avait dit Malraux, lorsqu’il définissait l’intelligence comme la capacité à détruire la comédie. C’était un destructeur de comédie et je n’aime pas la comédie.» Il rappelle volontiers que Pompidou est mort jeune, et que, «pour juger un homme, il faut savoir à quel âge il est mort : qu’aurait-on dit de Victor Hugo s’il était mort à 50 ans ?» Rien ne montre mieux le regard qu’il veut porter sur lui-même, ni l’étoffe de son livre, que la manière dont il en définit les limites : «Je suis allé aussi loin dans les révélations qu’il me semble que ma nature et mes principes me le permettent.» Et il demande, inquiet de l’image vindicative qu’il pourrait donner : «J’ai veillé du mieux que j’aie pu à être équitable envers Mitterrand. Croyez-vous que cela se sente ?»
Oui, mais sans pitié ni complaisance, et dans un perpétuel vernis de grandeur d’âme. Fixé par quelques médaillons qui sentent son moraliste, en particulier lorsqu’il étrille Chirac, son journal d’une cohabitation acceptée, comme de convenance, est écrit d’après les notes qu’il dictait. Il a attendu que le mort soit bien mort, et - il sourit - «qu’il soit temps pour moi de le faire». On découvre un Mitterrand trop humain : amateur féroce et enjoué de manipulation, semeur de zizanie, vieillard aux aguets qui, approchant la mort, ne s’éloigne ni de ses défauts ni de la vie. Edouard Balladur le voit renaître d’entre les morts en avalant des huîtres, blêmir d’émotion devant le corps de Pierre Bérégovoy, à l’hôpital, où lui-même a l’élégance des gens qui partent juste avant d’être de trop. En résumé, «il séduisait et manipulait pour dominer. Je crois qu’il ne concevait pas l’égalité. Ce n’était pas un homme doué pour la reconnaissance ni la sérénité. La fin de sa vie a été plus pathétique que pour un autre».
Lui demande-t-on de quel personnage historique il se sent le plus proche, il a cette réponse, nouveau symptôme de son orgueilleuse délicatesse : «Je n’aime pas ce terme, "proche", car il me semble prétentieux. Mais ce que j’admire le plus, au fond, c’est la capacité à résister au conformisme. Le 18 Juin 40, qui dit mieux ?» Du livre, comme de l’entretien, il ressort un point commun entre Chirac et Mitterrand : «Pour faire quelque chose qu’on croit utile de son pouvoir, il faut être prêt à le perdre. Or, ni l’un ni l’autre n’ont jamais rien mis en jeu. La présence au pouvoir, pour eux, était plus importante que ce qu’on en fait.» Et c’est encore une façon, pour Balladur, de se définir tel qu’il se voit. Il affirme dans le livre qu’il n’a pas été au fait des manœuvres que des hommes tels que Pasqua organisaient autour de lui. Les malins ricaneront, ce n’est pas improbable : son intelligence ne semble pas vouloir descendre jusqu’où sa vie l’a mené. Que croit-il qu’il lui ait manqué pour séduire les Français ? «Leur parler le langage du cœur. J’ai négligé le côté sentimental de la politique.» Il va écrire un autre livre, Le libéralisme a-t-il un avenir ? La réponse est «oui, mais à certaines conditions». L’Etat, selon lui, n’a pas utilisé les moyens dont il disposait pour contrôler le marché. Ensuite, livre écrit, «j’irai marcher, et je lirai. Que faire d’autre ?»
Une vie de singe
Post en trop de points de Monsieur Népomucène
1. Je fais la part entre le romancier d'hier et le ministre d'aujourd'hui, même si je répète que ce qu'il a écrit dans son livre m'est totalement insupportable et est pour moi sur un plan moral et peut-être même politique tout à fait inacceptable.
C'est de Patrick Bloche. Comment peut-on un seul instant accorder la moindre attention à l'avis qu'un individu prétend pouvoir donner sur un livre dont il méconnaît jusqu'au genre littéraire ? On écoute pourtant, très sérieusement, ce genre d'âne proférer ce genre d'ânerie (et je ne parle pas de la perfidie et de la bassesse de la formule, qui permet à son énonciateur de se la jouer grand seigneur tout en se répandant en insinuations). Allez, c'est ça, jetez des cailloux aux auteurs de livres que vous ne pouvez manifestement pas comprendre et que vous n'avez pas pas lus, jetez-leur des cailloux au motif qu'ils auraient commis des faits qu'ils n'ont pas commis, par exemple, justifier, à l'abri d'un récit littéraire, le tourisme sexuel, nous dit ce grand penseur qu'est Benoît Hamon - Frédéric Mitterrand ne justifie rien du tout, il raconte et, écrivant son autobiographie, ne se croit pas investi de la mission de dire le Bien et le Mal, lui ; apprends à lire sans moraline, idiot ! -, ou abuser d'enfants, comme le dit le subtil Jean-Paul Huchon, autre grand penseur, probablement mandaté par la police judiciaire pour nous livrer les conclusions d'une enquête approfondie en Thaïlande, et élu le plus honnête d'Ile-de-France, ce qui lui donne toute légitimité pour éclairer nos consciences. Oui, c'est ça, des enfants qui, avant de faire quoi que ce soit, bandent en prenant leur douche avec Frédéric Mitterrand, des enfants qui sodomisent Frédéric Mitterrand. Des enfants, oui !
Naguère, dans ce pays, avant que ne leur succède ce ramassis de demeurés, de porcs, de crétins et d'illettrés, il y avait une gauche, ainsi que des gens qui lisaient et savaient lire. Parfois, on pouvait même croiser des gens appartenant à la fois à ces deux catégories.
2. La semaine dernière était celle de mes adieux à ce travail que j'ai tant aimé et à mes collègues qui m'aiment bien et que j'aime trop. Même si je les quitte pour des raisons qui ne sont, elles, nullement désagréables, même si je sais bien qu'il ne s'agissait en fait que de leur dire au revoir et non adieu, ces journées ne furent pas forcément "évidentes", mais j'aurai quand même réussi à ne pas verser une seule larme devant eux, ni après avoir annoncé mon départ, ni lors du pot que j'ai organisé, ni à aucun autre moment ; ce n'était pas gagné. Je n'ai pas envie de raconter tout cela, du moins pas ici, du moins pas pour l'instant.
Juste une scène. Nous sommes jeudi 8 octobre, il est environ 22 heures, et, cette fois, ça y est, c'est fini, c'est complètement fini. J'ai beau rester assis devant mon ordinateur, j'ai terminé mon travail, non pas mon travail de la journée, mais mon travail tout court, il n'y aura plus de travail pour moi dans ce service ni dans cette maison. C'est fini, certainement pour la vie. J'ai beau rester assis devant mon ordinateur, il va bien falloir que je me lève, que je remette ce que je viens de terminer à mes chefs et que je leur dise au revoir, ainsi qu'aux collègues, mais, voilà, j'en suis incapable et, plus les secondes passent, moins j'en suis capable. Je songe un moment à laisser ce que je viens de terminer à la place d'un collègue qui vient de s'absenter, avec un petit mot : Peux-tu dire Au revoir aux autres de ma part ? Je ne peux pas, je n'y arriverai pas. Finalement, je vais m'isoler dans notre petite cuisine dans l'espoir de me détendre un peu et retrouver un peu de courage. Raté. Voyant que je suis totalement incapable de me détendre le moins du monde et de trouver en moi-même le moindre courage pour leur dire au revoir sans fondre en larmes dans l'instant, je me sers une bonne rasade d'une des bouteilles de vin qui traînent dans notre petite cuisine, auxquelles presque personne ne touche jamais et dont je n'avais pas bu la moindre goutte jusqu'à présent. Je bois mon verre d'un trait, prends deux pastilles à la menthe pour que mon haleine ne me trahisse pas, et je vais rendre mon travail à nos chefs. Après les avoir salués dans leur bureau, je reviens dans le nôtre et j'embrasse chacune de mes collègues féminines encore présentes, serre la main de chaque collègue masculin qui n'est pas encore parti, chacun ayant pour moi un petit mot gentil, un sourire, etc. Au moment de pousser la porte, je fais un dernier salut de la main et lance un dernier Au revoir !
Franchissant le seuil, j'entends que me sont lancés, en réponse, une dizaine de Au revoir !
3. Le prix Nobel de littérature a encore été non-attribué à Philip Roth, né le 19 mars 1933. Grmpf.
Grouillez-vous, bordel.
4. Au fond, cette atmosphère de lynchage, ce populisme tous azimuts, ces pathétiques calculs politiciens devraient suffire à conforter au gouvernement Frédéric Mitterrand.
Une vie de singe
Post en trop de points de Monsieur Népomucène
1. Hier, te revoir, au bout de près de deux mois. Te revoir, même si ce n'est que pour un déjeuner que je sais ne pas pouvoir se prolonger. Te revoir, enfin !
Hier, au restaurant, et ce matin, cette sensation de bienveillance, que j'éprouve à ton endroit et que rien n'entame.
2. Lectures désordonnées.
Continuer.
3. Depuis mon studio clapier, je m'informe sur toutes sortes d'appartements, à portée de clic. Enfin, à portée de clic... Tous les logements que je ne peux ni louer ni acheter.
explorimmo.fr ou le masochisme à l'état pur.
4. Bon, une semaine à rien fout', du moins à titre professionnel.
Suivront heureusement deux semaines à bosser, bosser, bosser.
Une vie de singe
Post en trop de points de Monsieur Népomucène
1. L'autre jour, au bureau, cette note sur la porte du service : Après minuit, le travail sera effectué sur papier et à la lumière des chandelles qui seront distribuées.
Mon service, un service qu'il est toujours plus mieux moderne chaque jour.
2. Double pincement au coeur il y a deux ou trois semaines. Je découvre que celui que je surnomme Louis de Funès indique, sur sa page Facebook, In a relationship. Quelques jours plus tard, je le croise dans un couloir, là où nous travaillions, où il ne travaille plus et ne fait que passer.
Je ne lui enverrai pas le petit mot gentil que je pensais peut-être lui envoyer un jour, dans l'un des films que je me fais parfois.
3. Retrouvé mes collègues, avec un certain plaisir.
Je crois qu'ils m'aiment bien.
4. Je n'écris plus trop, sur ce (non-)blog.
J'aimerais parfois en dire davantage, mais, ici, je ne peux pas, je ne peux plus, et puis, à quoi bon ?
Récit Moi, Mustapha Kessous, journaliste au "Monde" et victime du racisme
LE MONDE | 23.09.09 | 14h46 • Mis à jour le 23.09.09 | 19h13
Brice Hortefeux a trop d'humour. Je le sais, il m'a fait une blague un jour. Jeudi 24 avril 2008. Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale doit me recevoir dans son majestueux bureau. Un rendez-vous pour parler des grèves de sans-papiers dans des entreprises. Je ne l'avais jamais rencontré. Je patiente avec ma collègue Laetitia Van Eeckhout dans cet hôtel particulier de la République. Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers ?"
Trois mois plus tard, lundi 7 juillet, jour de mes 29 ans. Je couvre le Tour de France. Je prépare un article sur ces gens qui peuplent le bord des routes. Sur le bitume mouillé près de Blain (Loire-Atlantique), je m'approche d'une famille surexcitée par le passage de la caravane, pour bavarder. "Je te parle pas, à toi", me jette un jeune homme, la vingtaine. A côté de moi, mon collègue Benoît Hopquin n'a aucun souci à discuter avec cette "France profonde". Il m'avouera plus tard que, lorsque nous nous sommes accrédités, une employée de l'organisation l'a appelé pour savoir si j'étais bien son... chauffeur.
Je pensais que ma "qualité" de journaliste au Monde allait enfin me préserver de mes principaux "défauts" : être un Arabe, avoir la peau trop basanée, être un musulman. Je croyais que ma carte de presse allait me protéger des "crochets" balancés par des gens obsédés par les origines et les apparences. Mais quels que soient le sujet, l'endroit, la population, les préjugés sont poisseux.
J'en parle souvent à mes collègues : ils peinent à me croire lorsque je leur décris cet "apartheid mental", lorsque je leur détaille les petites humiliations éprouvées quand je suis en reportage, ou dans la vie ordinaire. A quoi bon me présenter comme journaliste au Monde, on ne me croit pas. Certains n'hésitent pas à appeler le siège pour signaler qu'"un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde !"
Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom lorsque je me présente au téléphone : c'est toujours "M. Kessous". Depuis 2001, depuis que je suis journaliste, à la rédaction de Lyon Capitale puis à celle du Monde, "M. Kessous", ça passe mieux : on n'imagine pas que le reporter est "rebeu". Le grand rabbin de Lyon, Richard Wertenschlag, m'avait avoué, en souriant : "Je croyais que vous étiez de notre communauté."
J'ai dû amputer une partie de mon identité, j'ai dû effacer ce prénom arabe de mes conversations. Dire Mustapha, c'est prendre le risque de voir votre interlocuteur refuser de vous parler. Je me dis parfois que je suis parano, que je me trompe. Mais ça s'est si souvent produit...
A mon arrivée au journal, en juillet 2004, je pars pour l'île de la Barthelasse, près d'Avignon, couvrir un fait divers. Un gamin a été assassiné à la hachette par un Marocain. Je me retrouve devant la maison où s'est déroulé le drame, je frappe à la porte, et le cousin, la cinquantaine, qui a tenté de réanimer l'enfant en sang, me regarde froidement en me lançant : "J'aime pas les Arabes." Finalement, il me reçoit chez lui.
On pensait que le meurtrier s'était enfui de l'hôpital psychiatrique de l'endroit : j'appelle la direction, j'ai en ligne la responsable : "Bonjour, je suis M. Kessous du journal Le Monde..." Elle me dit être contente de me recevoir. Une fois sur place, la secrétaire lui signale ma présence. Une femme avec des béquilles me passe devant, je lui ouvre la porte, elle me dévisage sans me dire bonjour ni merci. "Il est où le journaliste du Monde ?", lance-t-elle. Juste derrière vous, Madame : je me présente. J'ai alors cru que cette directrice allait s'évanouir. Toujours pas de bonjour. "Vous avez votre carte de presse ?, me demande-t-elle. Vous avez une carte d'identité ?" "La prochaine fois, Madame, demandez qu'on vous faxe l'état civil, on gagnera du temps", riposté-je. Je suis parti, évidemment énervé, forcément désarmé, avant de me faire arrêter plus loin par la police qui croyait avoir... trouvé le suspect.
Quand le journal me demande de couvrir la révolte des banlieues en 2005, un membre du club Averroès, censé promouvoir la diversité, accuse Le Monde d'embaucher des fixeurs, ces guides que les journalistes paient dans les zones de guerre. Je suis seulement l'alibi d'un titre "donneur de leçons". L'Arabe de service, comme je l'ai si souvent entendu dire. Sur la Toile, des sites d'extrême droite pestent contre "l'immonde" quotidien de référence qui a recruté un "bougnoule " pour parler des cités.
Et pourtant, s'ils savaient à quel point la banlieue m'était étrangère. J'ai grandi dans un vétuste appartement au coeur des beaux quartiers de Lyon. En 1977, débarquant d'Algérie, ma mère avait eu l'intuition qu'il fallait vivre au centre-ville et non pas à l'extérieur pour espérer s'en sortir : nous étions parmi les rares Maghrébins du quartier Ainay. Pour que la réussite soit de mon côté, j'ai demandé à être éduqué dans une école catholique : j'ai vécu l'enfer ! "Retourne dans ton pays", "T'es pas chez toi ici", étaient les phrases chéries de certains professeurs et élèves.
Le 21 décembre 2007, je termine une session de perfectionnement dans une école de journalisme. Lors de l'oral qui clôt cette formation, le jury, composé de professionnels, me pose de drôles de questions : "Etes-vous musulman ? Que pensez-vous de la nomination d'Harry Roselmack ? Si vous êtes au Monde, c'est parce qu'il leur fallait un Arabe ?"
A plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander : "Vous êtes le prévenu ?" par l'huissier ou le gendarme en faction devant la porte du tribunal.
Le quotidien du journaliste ressemble tant à celui du citoyen. Depuis plusieurs mois, je cherche un appartement. Ces jours derniers, je contacte un propriétaire et tombe sur une dame à la voix pétillante : "Je m'appelle Françoise et vous ?" "Je suis M. Kessous ", lui répondis-je en usant de mon esquive habituelle. "Et votre prénom ?", enchaîne-t-elle. Je crois qu'elle n'a pas dû faire attention à mon silence. Je n'ai pas osé le lui fournir. Je me suis dit que, si je le lui donnais, ça serait foutu, qu'elle me dirait que l'appartement avait déjà été pris. C'est arrivé si souvent. Je n'ai pas le choix. J'hésite, je bégaye : "Euhhhhh... Mus... Mustapha."
Au départ, je me rendais seul dans les agences immobilières. Et pour moi - comme par hasard - il n'y avait pas grand-chose de disponible. Quand des propriétaires me donnent un rendez-vous pour visiter leur appartement, quelle surprise en voyant "M. Kessous" ! Certains m'ont à peine fait visiter les lieux, arguant qu'ils étaient soudainement pressés. J'ai demandé de l'aide à une amie, une grande et belle blonde. Claire se présente comme ma compagne depuis cet été et fait les visites avec moi : nous racontons que nous allons prendre l'appartement à deux. Visiblement, ça rassure.
En tout cas plus que ces vigiles qui se sentent obligés de me suivre dès que je pose un pied dans une boutique ou que ce vendeur d'une grande marque qui ne m'a pas ouvert la porte du magasin. A Marseille, avec deux amis (un Blanc et un Arabe) - producteurs du groupe de rap IAM -, un employé d'un restaurant a refusé de nous servir...
La nuit, l'exclusion est encore plus humiliante et enrageante, surtout quand ce sont des Noirs et des Arabes qui vous refoulent à l'entrée d'une boîte ou d'un bar. Il y a quatre mois, j'ai voulu amener ma soeur fêter ses 40 ans dans un lieu parisien "tendance". Le videur nous a interdit l'entrée : "Je te connais pas !" Il aurait pourtant pu se souvenir de ma tête : j'étais déjà venu plusieurs fois ces dernières semaines, mais avec Dida Diafat, un acteur - dont je faisais le portrait pour Le Monde - et son ami, le chanteur Pascal Obispo.
Fin 2003, je porte plainte contre une discothèque lyonnaise pour discrimination. Je me présente avec une amie, une "Française". Le portier nous assène le rituel "Désolé, y a trop de monde." Deux minutes plus tard, un groupe de quinze personnes - que des Blancs - entre. Je veux des explications. "Dégage !", m'expédie le videur. La plainte sera classée sans suite. J'appellerai Xavier Richaud, le procureur de la République de Lyon, qui me racontera qu'il n'y avait pas assez d'"éléments suffisants".
Que dire des taxis qui après minuit passent sans s'arrêter ? Que dire de la police ? Combien de fois m'a-t-elle contrôlé - y compris avec ma mère, qui a plus de 60 ans -, plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes, ceinturé lors d'une vente aux enchères, menotté à une manifestation ? Je ne compte plus les fois où des agents ont exigé mes papiers, mais pas ceux de la fille qui m'accompagnait : elle était blonde.
En 2004, une nuit à Lyon avec une amie, deux policiers nous croisent : "T'as vu le cul qu'elle a !", lance l'un d'eux. "C'est quoi votre problème ?" rétorqué-je. Un des agents sort sa matraque et me dit en la caressant : "Il veut quoi le garçon ?" Le lendemain, j'en ai parlé avec Yves Guillot, le préfet délégué à la police : il m'a demandé si j'avais noté la plaque de leur voiture. Non...
En 2007, la brigade anticriminalité, la BAC, m'arrête sur les quais du Rhône à Lyon : j'étais sur un Vélo'v. On me demande si j'ai le ticket, si je ne l'ai pas volé. L'autre jour, je me gare en scooter sur le trottoir devant Le Monde. Je vois débouler une voiture, phares allumés : des policiers, mains sur leurs armes, m'arrêtent. Je leur dis que je travaille là. Troublés, ils me demandent ma carte de presse, mais pas mon permis.
Des histoires comme celles-là, j'en aurais tant d'autres à raconter. On dit de moi que je suis d'origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un "beurgeois", un enfant issu de l'immigration... Mais jamais un Français, Français tout court.
« La basse cupidité fut l'âme de la civilisation, de son premier jour à nos jours, la richesse, encore la richesse, toujours la richesse, non pas la richesse de la société, mais celle de ce piètre individu isolé, son unique but déterminant. Si l'humanité a connu le développement croissant de la science et, en des périodes répétées, la plus splendide floraison de l'art, c'est uniquement parce que, sans eux, la pleine conquête des richesses de notre temps eût été impossible. »
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Le bandeau ci-dessus a été conçu par M. Gayberry.
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Lecture(s) en cours :
Je me permets de vous indiquer quelques blogs divers et variés qui présentent au moins pour point commun de tous m'intéresser, quoique ce soit parfois pour des raisons différentes.
[NB1: la liste des blogs n'est pas exhaustive]
[NB2: les descriptions que je donne ci-dessous doivent être lues comme l'expression d'une sensibilité qui m'est personnelle et non comme le reflet fidèle de la réalité objective de ce qui est décrit]
[NB3: si malgré l'avertissement précédent l'un ou l'autre des auteurs de blog ci-dessous évoqués considérait que mon propos, forcément trop synthétique et imparfait, donne une idée de son blog trop éloignée de sa réalité, qu'il n'hésite pas à me le faire savoir]
- le protocole, c'est le protocole:
Donc je place en haut de cette liste le blog de Samdech Norodom Sihanouk, ancien Roi du Cambodge. Pour l'anecdote, sachez que Samdech Norodom Sihanouk du Cambodge est favorable au mariage des homosexuels.
- catégorie plutôt culturelle/littéraire, ici et ailleurs:
Je recommande vivement le blog de Matoo , que je lis rarement mais de plus en plus souvent et toujours avec le plus grand intérêt. Des réflexions de son auteur sur ce qu'il peut lire ou voir. Toujours bien écrit et intelligent.
Je recommande autant qu'il est possible de recommander le blog de Waves, voire plus. De la vie, de l'intelligence, du talent. Du foutre aussi, ce qui ne gâche rien.
Le blog de Matthieux est bien écrit comme c'est pas permis.
Depuis peu est apparu le blog de Sixte , jeune "scribouillard" (dixit himself) qui, à mon humble avis, scribouille très bien.
Je peux aussi vous recommander le blog d'Olivier.
Mais à mon avis, vous feriez mieux d'aller voir directement son site personnel , d'une très grande richesse, très bien écrit, qui mêle étroitement création littéraire et journal personnel (je ne sais si "intime" serait approprié).
- blogs régulièrement lus sur ce site:
Le blog de MisterPatate, poétique, à sa manière peut-être, mais assurément poétique.
Le blog de Etasseureuh , sale gosse à l'humour décapant.
Le blog de Diabolito, sans doute ce qui se rapproche le plus d'un journal intime réussi (je ne dis pas par là qu'il est exhaustif; il me semble que la question de la qualité d'un "journal intime" et celle de son exhaustivité sont indépendantes l'une de l'autre), avec ce qu'il faut de finesse d'observation de l'existence humaine (je dis existence et non pas nature pour des raisons que je ne développe pas pour l'instant).
Le blog de Nico_Paris12, chez qui je retrouve parfois quelques traits de ma vie, mais perçus avec un peu d'humour.
Le blog de Ricroel, "drôle malgré lui" (J. Diabolito); Ricroel a écrit les scénarios et les dialogues de plusieurs films de Woody Allen.
Tant qu'à faire, vous pouvez aussi lire celui de Matth-dk, qui n'est pas sot non plus.
Le blog de Bamf, décalé, mi-déjanté mi-sarcastique mi-autodérision (je sais, ça fait trois moitiés, mais je n'ai pas fait maths sup', alors bon, hein).
- ailleurs:
Le blog de Ruxor, qui est très loin d'être sot et doué d'une grande aptitude à l'analyse de la vie (précision: ne pas interpréter ce que j'en dis comme un jugement, car ce n'en est pas un).
Je regroupe ensemble les blogs de Bradshaw, Dextropropoxyphèneet Paumé dont les univers me paraissent proches, et me fascinent.
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Une fournée de nouveaux liens vous menant en divers endroits de la blogosphère (désormais par ordre chronologique d'ajout à mes liens) :
- chez freakydoll, parce qu'il y a du foutre et que ça me plaît,
- chez Elizabethtessier, électeur de trèmovèzfoa mais pratiquant parfois un humour 2bongoo2bonaloi, quoiqu'un peu cruel,
- chez Romain, parce que je trouve qu'il fait preuve d'une grande sensibilité, dans le meilleur sens du terme, dans ses articles sur ses relations avec les garçons,
- chez Jipé, un cadre sensible et plein d'humour, lecteur du journal dans lequel écrit Alexandre Adler, ce qui n'est pas une mince affaire,
- chez Pascal Riché, le correspondant aux Etats-Unis de Libération, et pas seulement parce que son blog m'a appris qu'aux Etats-Unis, à la piscine, les hommes se douchent collectivement et généralement sans maillot,
- chez Sixte (bis), parce qu'il a ouvert un autre blog, ailleurs,
- chez Kevin Sites, journaliste indépendant, actuellement en Irak pour la chaîne américaine NBC (en anglais),
- chez Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre, professeur d'économie, etc., dont le blog avait été évoqué sur le sien par Nicolas,
- chez Glenn Reynolds, professeur de droit à l'université du Tennessee, qui s'intéresse notamment aux questions des nouvelles technologies, de la liberté individuelle et de leurs relations,
- chez Pierre Haski, correspondant de Libération en Chine.
- sur le blog A l'heure américaine, que Pascal Riché vient (janvier 2005) d'ouvrir avec son collègue Fabrice Rousselot, le précédent blog de Pascal Riché, consacré à l'élection présidentielle américaine de novembre 2005, n'ayant plus lieu d'être,
- chez Chapichapo dont le blog présente cette particularité qu'il est régulièrement mis à jour quoique définitivement fermé,
- chez Baptiste Coulmont, sociologue enseignant à l'université de Paris 8 - Vincennes,
- sur la république des livres, le blog de Pierre Assouline, journaliste et écrivain, ancien directeur de Lire, chroniqueur au Monde 2, critique au Nouvel Observateur,
- chez Anatole (prénom fictif), pour son humour, pour ses qualités d’écriture, pour ses séries (bonnes lectures dominicales, jeunes giscardiens, belles cartes postales, etc.), pour Bernard Menez,
- chez Cathogay, dont le blog contient des lectures et des réflexions, le tout étant très intéressant, sur le sujet "être gay et être catholique" (et on n'est pas obligé d'être gay ni d'être catholique pour apprécier, hein),
- chez Oli, où l'on trouve des lectures, du ciné et de l'actu,
- chez Mike qui écrit de bien jolis récits de rencontre,
- chez Alain Juppé, ancien Premier Ministre, ex-futur Président de la République,
- sur le kolkhoz-blog, centre de réflexion et de prospective sur le marxisme-léninisme,
- chez Gerboise, parce que, pour un vulgaire rat, il écrit bien tout de même (bon, en plus, il est beau, mais je ne vais pas vous dire un truc pareil, on va encore me trouver superficiel),
- chez Hugoindigo, parce qu'il fait bon s'y promener,
- chez Matthieux, qui a ouvert un nouveau blog, ailleurs,
- chez M'sieu Pheel, parce qu'il est complètement ouf'.
Bloc permanent de la bogossité
Le principe est simple : si vous êtes l'une des personnes figurant dans ce bloc permanent, vous êtes invité à m'écrire. Je crois que je vous lirai avec plaisir.